Critiques flash #1 (Boyarin, Heimat, Drame, White Virgins, Avenue Z, Bashung, DAF)

Le temps étant mon ennemi et les articles se faisant, pour des raisons diverses, de plus en plus espacés sur le blog, j’ai décidé d’aller au concis, au suc. Un nouveau format de billet apparait par conséquent, où il s’agira de partager sept morceaux qui squattent mes oreilles du moment, accompagnés chacun d’une petite formule (magique ?) ou d’un petit texte qui devraient, je l’espère, vous donner envie de cliquer sur lesdites chansons.

BOYARIN – Useless Lights (2016)

J’ai écrit, ailleurs, sur ce joli album qui ne fait pas parler la poudre à canon, mais celle de perlimpinpin. Sorti des mêmes ateliers raffinés que The Zombies (pour les plus anciens) ou Dorian Pimpernel (pour les plus jeunes), le premier disque de Boyarin comporte a minima un trésor, ce « Useless Lights » impeccable qui allie les comptines acidifiées de MGMT et la sarabande kawaï de la MitchiriNeko March. Le résultat est assez miraculeux. Dans cinquante ans, si l’espace humaine n’a pas disparu entre temps, on exhumera ça avec la même mélancolie magnifique que le « Pretty Ballerina » des Left Banke.

HEIMAT – Trocadero (2016)

Dans la catégorie des « Nouveaux Étranges », si Rien Virgule fait une belle course en tête (super concert mardi dernier à la Manufacture Atlantique), ses suivants n’en sont pas moins remarquables. Exemple, le duo Heimat. Inspiré par Nico (celle du Velvet et de Desertshore) et les groupes Saravah, le groupe a sorti en début d’année un album de pop audacieuse et étrange, sur lequel ce « Trocadero » est loin de faire du surplace. A la fois grave et délié, des psalmodies incantatoires sur un tapis pop ouvragé, couleur crépuscule. Pas mal.

DRAME – Amibes (2015)

Autour de Rubin Steiner, une belle bande de musiciens tourangeaux trompent l’ennui en tapant un bœuf sauce krautrock. Ça donne un des meilleurs albums de 2015 – deux vinyles blancs aussi réjouissants à l’oreille qu’à la vue (on dirait des galettes de chocolat blanc vanillé). Malgré l’insuccès royal qui accueille ce projet en ce pays ingrat qui préfère en faire des caisses sur PNL ou Feu! Chatterton, ne passez pas à côté de Drame ; vous ne savez pas ce que vous loupez. La révélation commence ici, avec un petit clic sur la vidéo ci-dessus. Ensuite, emparez-vous de l’album et checkez les dates de leur tournée qui fait du bien aux jambes et à la tête. C’est un ordre ? Quand la musique est si bien, oui, c’est un ordre.

WHITE VIRGINS – Turn off the Lights (2016)

Après quelques années de relative discrétion, le duo Soulwax est de retour aux joysticks de la pop d’outre-quiévrain : un label (DeeWee), un album (le très bon 2007, sous l’alias Die Verboten), un autre album en préparation (sous le nom de Soulwax, celui-là) et la B.O de Belgica, film très regardable même si trop centré sur les relations familiales entre les deux protagonistes. La B.O, en tout cas, est à tomber, virevoltant dans une pléthore de styles, du garage-rock à la folk-pop orientalisante en passant par l’electroclash ou la ballade R’n’B. Ici, les White Virgins donnent dans une électro-pop tellement énergisante qu’elle résoudrait la problématique des centrales nucléaires vieillissantes si on devait l’utiliser comme source d’énergie.

AVENUE Z – Machine à Rêves (2016)

Qu’est-ce qu’Avenue Z ? Un groupe qui fait le trottoir ? Un groupe ayant pignon sur rue ? Un groupe qui trace sur route ? Fi des jeux de mots daubés, le mieux est de s’en remettre à la page Facebook de ce groupe bordelais (encore un !) dérivé des Magnetix : « Lugubre ondulation synthétique et garage post-moderne, rayon de soleil brûleur de rétine et guitare-moog-fuzz-synthé roulant dans les catacombes de marbre ». Voilà. Pas mieux. Quoi que si, il y a mieux, en fait : écouter tout l’album. Une fois, puis deux, puis dix, jusqu’à devenir zinzin, jusqu’à la cure de désintox. Car la machine à rêves dada-punk ne vous laissera pas de repos. Come on, and twist again !

Alain BASHUNG – J’envisage (1982)

Sur le jalon Play Blessures (insuccès notoire, devenu culte ; un des meilleurs Bashung), après un « Lavabo » qui ne débouche sur rien, Bashung envisage le pire. De la new-wave belle et nauséeuse, composée à quatre mains avec Gainsbourg dont ce sera l’un des derniers faits d’armes artistiques. Loin, Gaby, les vertiges de l’amour et les jeux de mots de Bergman ; ici, s’avance l’équipée malaise.

DAF – Der Räuber und der Prinz (1981)

« Der Räuber und der Prinz » commence comme une chanson de rien : trois bouts de ficelles mélodiques et un synthé aigrelet. Puis, insidieusement, le morceau prend une autre tournure, du guet-apens à une homophonie, ludique et perverse. Petit à petit, le conte emprunte des chemins de traverse, glisse des clairières perraultiennes aux backrooms cuir et poppers. « Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants », dirait Pagnol (qui l’a écrit dans un autre contexte : la fin des Donjons Châteaux de ma mère). Tu n’étonnes, Marcel !