Pulp, années sombres (1978-1992)

pulp1992Tout le monde n’est pas Supergrass ou Sex Pistols, à taper le cœur de cible dès la première flèche décochée. Voyez Pulp : leur impuissance à mettre dans le mille aurait découragé plus d’un apprenti Robin des Bois. Pourtant, malgré ce fabuleux contre-exemple que nous offre Coldplay à chaque nouvelle sortie d’album, l’obstination paie parfois. Du petit projet collégien aux Unes d’un NME qui noircissait encore le bout des doigts de la jeunesse rock made in Britain, quinze années se sont écoulées, vertes, noires, grises, jaunes, chancelantes, maudites, obsédées ; longs prolégomènes aux années de gloire, mais pas moins intéressants que les hymnes pop discoïdes que ces dernières ont vu éclore.

Il y a une chose intrigante avec Pulp. On ne sait jamais vraiment dans quel intercalaire les classer. Face à cette question, les exégètes de la pop tergiversent : faut-il les verser en première division ou parmi les seconds couteaux ? Leur problématique est la même que pour leurs compatriotes (et, à certains égards, prédécesseurs) de Roxy Music : trop classieux pour tolérer l’amalgame, trop populaires pour être exilés ; trop successfull pour être cultes, pas assez pour siéger à l’Olympe autoproclamée du rock.

Cette ambiguïté, Jarvis Cocker l’a, du reste, un peu cherchée. Poète du malaise et de la frustration, Jarvis, sitôt le colossal succès obtenu avec le rutilant Different Class, s’est empressé de s’en dégager à coups de singles arty (le symphonique « This is Hardcore »), de thématiques anti-cool (« Help the Aged », malgré tout n°8 aux charts UK) ou de collaborations prestigieuses mais peu susceptibles d’appâter l’auditrice de BBC Four (Scott Walker à la production de We Love Life). Une démarche que suivront Radiohead (le diptyque Kid A / Amnesiac après OK Computer) ou Blur (avec 13) ; des gens intelligents, donc pas ces traîne-patins d’Oasis, qui s’enferreront pitoyablement dans des recettes stériles et des ambitions gonflées de vent, jusqu’à l’agonie. Mais avant cette gestion des altitudes, il y a l’ascension. En tongs, à clochepied, par moins vingt.

Retournons en 1978. Sex Pistols vient de se dissoudre sous le soleil brésilien, Nottingham Forest est champion d’Angleterre et le Zaïre tente de construire une base spatiale. Un autre monde en somme, comme ne le chantait pas encore Téléphone (qui avait pourtant déjà entamé ses forfaits). A Sheffield, le petit Jarvis, orphelin de quinze ans (le père s’est barré en Australie en ponctionnant les tirelires de Jarvis et sa sœur), veut monter son groupe, histoire – le grand classique … – d’en remontrer aux filles. Alors que les frères Gallagher en sont encore à jouer aux billes, il fonde Arabacus Pulp, combo au nom affreux que Cocker réduira en Pulp l’année suivante. Lui qui traine régulièrement chez le disquaire Rare & Racy, institution locale aujourd’hui disparue, aspire désormais à donner de la voix sur les galettes de cire. Le groupe semble démarrer sous de bons auspices, puisqu’il enregistre une Peel Sessions en novembre 1981 (enregistrée le 7, diffusée le 18). Pour ceux qui ne le remettraient pas, John Peel fut, de 1967 à 2004, le grand selector de la musique indépendante britannique sur la BBC Radio 1. C’est donc sous cet auguste parrainage que Pulp fait ses premiers pas de « vrai » groupe. Le 20 janvier 1982, le NME leur consacre un petit article. Son titre est évocateur : « From Ecstasy to Suicide ».

Pulp sera « le son des handicapés ». Celui des freaks, certes, mais celui du groupe lui-même, pas vraiment composé de virtuoses des instruments. « A nos débuts, dira Cocker en 2014, on nous a comparé au Velvet Underground. Mais c’était parce qu’on jouait faux ». Du Velvet, toutefois, ils tireront d’autres substances : un violon (qui demeurera dans la formation jusqu’à Separations), un soupçon de snobisme, un goût pour les déviances dissimulé sous des habits pop, une manière de mener son encrier sur d’autres territoires que celui des bluettes.

Arrive en 1983 le premier disque, It, avec sa belle pochette abstraite, vert franc et reflets pâles zébrée d’une strie rouge, coulée de sang dans l’aurore prairiale. Voilà un bon album indie, sans génie certes, mais avec de jolies tournures, comme le ravissant « Wishful Thinking », avec son chant touchant de malhabileté.

Moins belle gueule que Morrissey, et à dix mille parsecs de son charisme mid-nineties, même si sa voix épouse à plusieurs occasions la suavité de son compère mancunien (le délicieux single « My Lighthouse », « Joking Aside », « In Many Ways »), Jarvis Cocker reste dans l’ombre de Morrissey. Pire, Pulp ne capitalise pas sur ce premier essai et retombe dans l’anonymat. Jarvis Cocker continue de travailler comme petite main à la poissonnerie au Castle Market, dans un mélange crevettes-eau de Javel pas vraiment au top du glamour. Et rayon groupe, c’est tellement mieux. Les concerts sont rares ; l’un d’entre eux, donné au club de rugby de la Brunel University en février 84, tourne à la bagarre générale. De plus, le trombinoscope du groupe n’a rien d’un parangon de stabilité. Ainsi, hormis Jarvis, aucun musicien présent sur It ne participe à l’enregistrement de Freaks, trois ans plus tard, en 1986. Le guitariste Simon Hinckler est parti former The Mission avec des anciens de The Sisters of Mercy, d’autres ont basculé dans des sectes lysergiques.

Pendant ce temps-là, Jarvis Cocker est en fauteuil roulant – temporairement, ouf. Pas par envie d’imiter Robert Wyatt ou Donny Hathaway, mais parce qu’il s’est vautré du troisième étage en voulant impressionner une fille. Poignet, cheville et bassin fracturés. Si l’on y reprendra plus à vouloir singer Spiderman, Jarvis ne lâche pas la rampe et fait quelques concerts dans son fauteuil d’infortune.

En 1986, un deuxième album est enregistré (en une semaine – la maison de disques met la pression) dans ce climat d’incertitudes : Freaks. Le résultat dénote un radical changement d’ambiance par rapport à It. En dépit du titre de son morceau introductif, cela n’a rien d’un conte de fées et, à la naïveté indie-folk d’un Jarvis pas encore déniaisé, se substitue une noirceur cauchemardeuse, acerbe, âpre, pas vraiment conçue pour égayer la fête d’anniversaire du petit dernier. « Dix histoires à propos du pouvoir, de la claustrophobie, de la suffocation et des mains jointes », est-il annoncé sur la pochette d’un jaune sale (sans doute, esthétiquement, la moins réussie parmi les albums de Pulp). Ça a le mérite de la clarté, si l’on peut dire. Un Joy Division de foire (aux atrocités) coupé d’un peu de Lou Reed (« They Suffocate at Night », qui lorgne sur Berlin). Un mélange qui peut tourner au violent, comme sur « The Never-Ending Story », qui s’annonce telle une cavalerie lourde déferlant du haut de la crête jusqu’au champ de bataille, massive, emportée et furibarde.

Malgré tout, et malgré les louanges qui souvent le ceignent a posteriori de lauriers, Freaks est un album inégal, desservi par une production bâtarde qui nuit à l’ensemble. Un peu à l’image de leur dernier concert à Sheffield, du reste : « The Day That Never Happened », le 9 août 1988. Dans le remarquable documentaire que leur consacre Florian Habicht (Pulp : A Film About Life, Death and Supermarkets, 2014), les membres du groupe reviendront sur l’amateurisme de la performance, digne de Spinal Tap : le projecteur vidéo tombe en panne et est remplacé sur scène par une télé minuscule, la neige carbonique, prévue en masse, ne suffit même pas dans les faits à remplir un petit bol, et, clou de la débâcle, une pluie de confettis censée représenter de la neige qui voit les membres du groupe courir avec des sèche-cheveux pour tenter de créer un semblant d’effet. Raté.

A ce moment, Pulp n’est pas grand-chose. A part, déjà, mais clairement plus du côté des oubliettes que des portes dorées. Le groupe s’enlise, les disques encombrent les bacs à soldes, l’encéphalogramme du succès reste désespérément plat. Ça sentirait presque la fin. Le dernier titre du single « Master of the Universe » ? « Silence ». Alors, à quarante bornes d’une Manchester qui a vu les Smiths éclater en morceaux un an plus tôt, provoquant la détresse des adolescents pop britanniques, Pulp en fera-t-il de même, dans un semi-anonymat cafouilleux ? Pas de faux-suspense : avec le recul on sait tous très bien que non mais, dans la grisaille de 1988, la question se pose, insidieusement.

En septembre 1988, Jarvis Cocker pose ses maigres bagages à Londres, pour étudier le cinéma au Central Saint Martins College. La pire période de son existence, dira-t-il plus tard, celle où tout semble perdu, où les rêves s’éloignent, où Jarvis sent sa flamme intérieure s’étioler. Pourtant, alors que Lawrence Hayward, son alter ego rayon lose, sacrifie Felt au dernier gong des années 80, Pulp décolle enfin. En mars 1991, « My Legendary Girlfriend » aurait dû être le chant du cygne de Pulp. Seulement voilà : à l’inverse de ce que dira Debussy sur Wagner, ce coucher de soleil sera une aurore. Ses couplets aux susurrations languissantes, son refrain pointilliste un peu gauche, mais inoubliable avec le déluge d’aiguilles sonore qui semble y pleuvoir, et surtout son magnétisme clair-obscur plein d’obsessions haletantes et d’une exprimable tension latente, font mouche. Petite précision du chef de rayon,  ce morceau de sept minutes – du « Shaft » délavé, du Bowie qui joue les voyeurs au milieu des boîtes vides de nouilles chinoises – avait pour titre préparatoire « Barry White Beat ». Déviée par les Sheffieldois, cette pulsation est bombardée single de la semaine par le NME, qui y voit « un palpitant ferment d’esprit nightclub et d’opéra adolescent ». Enfin, la reconnaissance.

Enregistré fin 89, Separations sort enfin en juin 19…92 (!), Fire ne croyant plus guère dans Pulp. Separations est pourtant un album splendide, mon préféré du groupe, toutes périodes confondues ; oui, même devant l’incontournable Different Class. Pulp y touche pour la première fois à la formule magique. L’oreille rivée sur la house qui a déferlée sur l’île durant le Summer of Love de 1988, Jarvis Cocker en met un peu partout sur son disque. Deux morceaux en témoignent avec une acuité spécifique : l’extended version de « Countdown »[1], sensationnelle suite pop-house (malgré quelques sonorités écrabouillées, déjà dépassées en 92 d’ailleurs), et le méconnu « This House is Condemned », composé par Russell Senior. Voilà qui ouvre la voie à ce qui sera le son Pulp aux yeux du grand public, ce son luisant, discoïde. On pourrait même pousser l’avantage jusqu’à affirmer qu’ils ouvrent des voies à d’autres : plus difficile en effet d’imaginer le « Girls and Boys » de Blur sans cette ouverture pulpienne deux ans plus tôt, d’autant plus que les deux groupes ont partagé la même scène au festival des Inrockuptibles 91 et qu’Albarn s’est fait un grand louangeur de Cocker dans des contrées britanniques où il demeurait encore méconnu.

Une autre chanson sort du lot : « Love is Blind », l’ouverture amère et pourtant chantonnante de l’album, avec ses deux petites phrases piquantes de claviers qui se répondent. Une de mes préférées de l’album, de la discographie de Pulp, de la britpop, bien que je l’ai parfois trop épuisée à force d’écoutes répétées. Musique prenante, texte formidable (comme partout sur Separations, d’ailleurs). L’amour, ce boucher sous le couteau duquel on succombe, encore. Pour la personne ? Illusion. Pour l’amour lui-même, pour la pulsion égotiste, pour la puissance, « like it never should, the way it always can », avant les doutes, la chute, l’effondrement, et Sisyphe qui voit son rocher débarouler en bas de la montagne.

Separations sera peu ou prou la dernière escale maudite du groupe. Pulp délaissera Scott Walker pour Roxy Music (avant d’y revenir sur We Love Life), puis signant sur une major (Island), enfilera les tubes comme d’autres les perles. Ce sera « Razzmatazz », His’n’Hers, Different Class, les rotations radio, les passages à Top of the Pops, la lutte des classes à l’usage des teenagers pop, la marionnette à Spitting Images. Ce sera Jarvis le sex-symbol, le working class hero, l’idole pop sophistiquée. Ce sera une autre histoire.

Jarvis Cocker : « Je préfèrerai sucer la bite d’un chien plutôt qu’écouter l’un de mes propres disques ». Il ne sait pas ce qu’il rate.

Top 10 des chansons de Pulp 1978-1992

  1. « Love is Blind »
  2. « My Legendary Girlfriend »
  3. « Wishful Thinking »
  4. « Countdown » (extended version)
  5. « My Lighthouse »
  6. « The Never-Ending Story »
  7. « This House Is Condemned »
  8. « Don’t You Want Me Anymore »
  9. « Death II »
  10. « Down by the River »

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[1] La version originale présente sur l’album est médiocre ; à mon sens, le seul gros point noir de Separations.

PULP – This Is Hardcore (1998)

Il fallait une grande, une très grande chanson pour m’extirper du mutisme dans lequel diverses circonstances (la rentrée, le retour mi-figue mi-raison à la fac, de nouvelles occupations radiophoniques, une flemme exagérée) m’ont plongé. Deux mois sans écrire, c’est long, j’en conviens. J’ai failli renoncer à ce blog, le reléguer dans mon rétroviseur. Finalement, non. Pas encore, pas tout à fait. Qu’ai-je donc fait pendant deux mois ? Me faire cajoler à l’huile de monoï par des vahinés voluptueuses ? Pas vraiment. Mon lot a été plus banal : traîner à Bordeaux, bosser pour des exposés universitaires insignifiants, préparer mes émissions de radio, écouter des disques et des singles (on ne se refait pas). Parmi la foison de groupes et de morceaux qui ont transité plus nombreux que les bagnoles au péage de Saint-Arnoult un jour de chassé-croisé, un d’entre eux est revenu avec assiduité, œuvre d’un groupe qui, lui aussi, a failli jeter l’éponge prématurément ; une chanson psychodrame, belle comme la fin d’un monde. Ouais, Pulp. Et « This Is Hardcore ».

Pulp, c’est d’abord Jarvis Cocker. Celui qui a créé le groupe en 1978 (!), à 15 ans, l’a traîné durant les années de vaches maigres, de lose et d’obsessions avant de le porter vers la lumière au début des années 90, avec (par ordre chronologique et de succès croissant) « My Legendary Girlfriend », « Babies », « Razzmatazz » puis « Do You Remember The First Time ? » . Pour n’importe quel ado classe-moyenne fan de pop du milieu des années 90, il fut le modèle, l’exemple, la pop-star rêvée : le doux-dingue dégingandé qui emporte la mise, chantant des paroles fines et mordantes avec le charisme d’un prince de sang qui prendrait un ecstasy avec sa tassé de thé en écoutant Roxy Music. L’ancien grouillot du marché au poisson de Sheffield devenu sex-symbol étrange et pivot pop générationnel.

Parmi tous les morceaux de choix de Pulp, deux chansons sont à consigner parmi les plus illustrissimes des années 90.

Côté pile, brillant, « Common People », habile critique du misérabilisme cool (et de l’accent cockney forcé de Blur ?) emportée dans les tourbillons d’une pop flamboyante et plastique. Tour de force génial, qui renvoie Blur à ses études et Oasis au bonnet d’âne. La lignée directe de cette chanson, c’est Go-Kart Mozart, ce loser magnifique qui n’a hélas jamais connu le destin successfull de Pulp.

Côté face, crépusculaire, « This Is Hardcore ». Après le succès, les Unes du NME, le trollage de Michael Jackson, le phénomène de société, la démesure, la vacuité : le contrecoup. Le chant du cygne. Et le chef d’œuvre, allons-y pour ce terme galvaudé mais qui mérite ici toute sa place. Les pulpeuses rutilances discoïdes se sont dérobées au regard, remplacées par des lignes symphoniques et une douleur acide sublimée. La section de cordes, isolée sur le « End of Line Mix », est d’une sensibilité à tomber. Après « Death goes to the disco », disco goes to the death. De la boule à facette à la boule coincée dans la gorge, Pulp bascule dans les graves, dans la matière noire des introspections.

Le départ, en 1997, du guitariste Russell Senior (présent depuis 1983) a peut-être favorisé ce basculement. Le sommet est franchi, la suite ne peut être que descente et désenchantement, les fêtes devenant des routines lugubres. D’où cette Chanson, ample, splendide, tragique, intense, bouleversante. Cocker y lâche les chevaux lyriques tout en conservant un mal-être malaxé. Immense. Ultime. Apothéotique.

Les torsions noires de Freaks se combinent aux lueurs faiblissantes d’« Underwear ». Sexe sans sentiment, mécaniques désabusées, romantisme vain, poudre aux yeux, dépendance, aliénation, pièges tendus, jeux de rôle sisyphien où le forçat gamberge sur le bien-fondé de sa tâche. Tout est perdu, bascule vers le précipice. Tout ceci s’exprime dans un clair-obscur à la puissance romantique telle qu’elle tiendrait aisément le menton aux Dvorak, Beethoven et autres figures du genre. Si la musique populaire est un art mineur, alors, devant « This Is Hardcore », on se trouve devant une de ces plus belles gemmes.

Et que dire du clip, d’ordinaire parent pauvre ou cache-misère d’une chanson, sinon qu’il est à la mesure de la chanson. Quatorze tableaux à la patine classieuse et aux compositions étudiées, tournés dans les vénérables studios Pinewood. Somptueux.

« What exactly do you do for an encore ? » Hmm, je n’en sais rien, Jarvis, mais ça pourrait aller loin, « ’cause this is hardcore ».

Les groupes et artistes à leurs débuts

Au début de leur carrière, les artistes présentent souvent des facettes qu’ils auront tôt fait de mettre sous le boisseau une fois qu’ils auront acquis expérience et, pour les plus heureux, succès critique et commercial. Visages juvéniles, looks discutables, attitudes potaches, identité pas encore affirmée : de quoi remplir les placards de dossiers qu’aujourd’hui nous allons nous réjouir de déterrer. Blur, Daft Punk, Radiohead, Jarvis Cocker comme vous ne les avez jamais vus.

  • DAFT PUNK, 1996 (?)

daftpunk-débutsmoches

  • NOIR DESIR, 1987

NOIR DESIR

  • DEPECHE MODE, 1981

depechemodedebuts

  • RADIOHEAD, 1992 

Radiohead1992

  • HEROES OF THE LANCE, éphémère projet de Jarvis COCKER (le roux à gauche qui regarde l’objectif), 1982

pulpdebuts

  • Justin TIMBERLAKE , 1997 (?)

justintimberlake

  • Alain BASHUNG, 1975

bashung1975

  • Damon ALBARN et Graham COXON de BLUR (alors baptisé SEYMOUR), 1989

blur1989

Top 10 des chansons dont le titre comporte une année

Pour paraphraser la célèbre pub de Nike avec Cantona, 1993 a été une grande année, car je suis né. Bon, musicalement, hormis l’album de Suprême NTM (93 … J’Appuie sur la Gâchette), elle n’a pas inspiré beaucoup de zicos pour la faire figurer sur l’intitulé de leurs chansons, à la différence d’autres millésimes, passés ou futurs, dont la présente liste se propose d’extraire dix d’entre eux. De 1901 à 2099, petit voyage à travers le(s) temps.

1er : PULP – Disco 2000 (Different Class, 1995, Island)

Avant d’être au sommet de la pop british en 1995 et damer le pion aux duettistes Blur et Oasis, Jarvis Cocker a galéré comme un crevard pendant toutes les années 80. Mais ça valait le coup d’attendre : profitant de la vague overground (celle qui propulse White Town à la première place des charts UK), Pulp livre des chansons pop dansantes, finement écrites, emballantes.

Détachement dandy, esprit moqueur et renversement du cool quasi-biblique (les derniers seront les premiers …), Pulp a tout pour plaire à l’orée de l’an 2000. Mais l’âge d’or ne durera pas et la banalisation interviendra, entre split puis retour de Pulp, quarantaine bien tassée, collaboration avec la fille Gainsbourg et caméo dans Harry Potter.

Restent les chansons, toujours aussi géniales, fuoriclasse, même à vingt ans de distance.

2e : Paul MCCARTNEY & THE WINGS – Nineteen Hundred and Eighty-Five (Band on the Run, 1973, Apple Records)

Cette chanson serait-elle la meilleure du Paul McCartney post-Beatles ? Possible ; elle est sublime, diablement pop, avec un piano fantastique qui accompagne tout le morceau (les premières démos de ce morceau portaient le nom de « Piano Thing ») et une rythmique au toucher remarquable. Un délice …

3e : PRIMAL SCREAM – 2013 (More Light, 2013, Ignition Records)

2013. Après les combats acid-rock extasié (Screamadelica) et techno-rock speedé (XTRMNTR), Bobby Gillespie et sa coupe de gland reviennent pousser un cri primal. 2013 ? La musique diluée dans les tuyaux de l’interweb, fragmentée en chapelles impuissantes à changer le monde qui se barre en sucette façon maxi Chupa-Chups ? Bobby n’en a cure et balance une chanson fédératrice pour revivifier ce merdier et pousser à la mobilisation générationnelle, une nouvelle fois. Contient : de la sincérité jusqu’à la moelle, de l’urgence et des trompettes de l’apocalypse pour battre le rappel des troupes. On sait à quoi il faudra marcher désormais (non, Bernard, pas à la Wonder …).

4e : VITALIC – Station Mir 2099 (FlashMob, 2009, Different Records)

La station spatiale orbitale Mir n’a pas tenu jusqu’au vingt-deuxième siècle ; détruite en 2001, c’est à peine si elle a vu le vingt-et-unième. Ce morceau de Vitalic, propulsé en 2009, fera-t-il mieux ? Aucune idée, il faudra vivre encore 85 ans pour le savoir (allez, chiche !) mais d’ores et déjà on peut dire qu’avec ses chatoiements électroniques, son crescendo et ses raffinements délectables à ingestion immédiate, il survole et contemple de très haut un paquet de challengers (parmi lesquels cette horreur de Bénabar par exemple).

5e : John CALE – Paris 1919 (Paris 1919, 1973, Reprise) 

Quittant en 1970 le Velvet Underground dont il fut (avec Lou Reed) l’un des piliers, John Cale se lance dans la production (The Stooges, Patti Smith, etc.) et puis entame une carrière solo qui le voit notamment créer cette chanson aux atours classieux de classique qui se perçoit en tant que tel. A ranger à côté de Scott Walker, d’« Eleanor Rigby » des Beatles et d’un haut-de-forme. Belle Epoque, label d’époque.

6e : THE STOOGES – 1970 (Fun House, 1970, Elektra)

Après « 1969 » sur The Stooges sorti en 1969, la clique d’Iggy Pop balance sur Fun House ce « 1970 » sorti en … 1970. Zéro bonus d’originalité mais avec une telle chanson, brûlante comme une coulée de lave, qui s’en soucie ? Les « Godfathers of Punk » sont là et les années 70 arrivent : préparez-vous à être soufflé.

7e : Alain BASHUNG – 2043 (Fantaisie Militaire, 1998, Barclay)

Fantaisie Militaire est un album d’une qualité assez dingue au rayon chanson française. Influencé par le trip-hop (sur cet album joue le guitariste de Portishead), cet album est un drôle d’hybride, ni vraiment chanson française (ouf !), ni vraiment pop, ni vraiment rock, il navigue tel un auguste saurien attendant son heure dans les eaux vertes, attendant, attendant. Roland Barthes : « L’identité fatale de l’amoureux n’est rien d’autre que : je suis celui qui attend. » Fantaisie Militaire : album de rupture. Comme l’humour, l’art peut être une élégance du désespoir.

8e : ZABRISKIE POINT – 1997 (Des Hommes Nouveaux, 1997, Dialektik Records)

François Bégaudeau qui fait du punk-rock, vous y croyez, vous ? Non ? Vous avez tort, car c’est lui, avec sa voix simili Paul Félix (Gamine), qui est au chant dans le groupe Zabriskie Point et sur cet excellent morceau « 1997 ». Vingt ans après le sommet punk et deux ans après le titre de champion du FC Nantes, Zabriskie Point mélange Ramones et Noir Désir, secoue énergiquement le tout et le sert chaud et bruyant.

On peut ajouter le nom de Zabriskie Point à la prestigieuse liste des sorties 1997*, ils n’y dépareilleront pas.

9e : THE SMASHING PUMPKINS – 1979 (Mellon Collie and The Infinite Sadness, 1995, Virgin

Avant de faire absolument n’importe quoi et de devenir la risée du monde musical, Billy Corgan a quand même sorti quelques grandes chansons avec ses citrouilles bondissantes. « 1979 » est une petite perle nostalgisante qui, forcément, éveillera en vous quelques réminiscences de personnes perdues de vue, de regrets enfouis, de douces amertumes à retardement. Je ne sais ce qui s’est passé en 1979 pour Billy le kid, douze ans alors, mais ça a bien du l’impressionner. Quelque chose comme un premier amour. Quelque chose dont on se souvient, on se rappelle

10e : PHOENIX – 1901 (Wolfgang Amadeus Phoenix, 2009, V2 Records) 

Phoenix. Bon groupe, albums moyens certes, mais singles remarquables ou, à défaut, efficaces. Problème : tous les ersatz qu’ils ont drainé dans leur sillage électro-pop branchée et radio-friendly, qui tentent de les imiter avec un succès (artistique) bien moindre. On pourrait les recenser (je le ferais peut-être un jour) mais pas maintenant, on s’en fout. Car Phoenix est, répétons-le, un bon groupe et offre, dans cette chanson pop, une seconde jeunesse à l’année de naissance du vingtième siècle ; presque une renaissance.

Auraient pu y être :

David BOWIE – 1984 ; CASSIUS – 1999 ; THE CLASH – 1977 ; DELTRON 3030 – 3030 ; Bernard FEVRE – 2043 ; Serge GAINSBOURG & Jane BIRKIN – 69 Année Erotique ; ORELSAN – 1990 ; SONIC YOUTH – Death Valley 69  ; etc.

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* Radiohead, Daft Punk, Björk, Blur, Depeche Mode, IAM, Bowie, Spiritualized, The Verve, The Prodigy, etc.

William SHATNER – Common People (ft. Joe JACKSON) (PULP cover) (2004)

En 2004, William Shatner (plus connu sous le nom de Captain Kirk dans la célébrissime série Star Trek) se lance dans une reprise de l’immarcescible hymne britpop « Common People »*.

Un acteur de 73 ans, mangeur de poutine, qui s’attaque à un tel sommet, on pourrait s’attendre à un carnage ; on aurait tort.

Moins pop et plus rock, le reboot Shatner, s’il ne va pas jusqu’à dépasser l’original (il ne faut pas exagérer …), coudoie allégrement avec lui ; voilà qui en dit long sur la surprenante qualité de cette reprise enthousiasmante qui, par son allant peu commun, anéantit une à une les réticences initiales.

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* Récemment élue meilleur hymne britpop selon un sondage de la radio BBC Music 6.