Aline : l’interview

Crédits image : Martin Etienne (happiness-in-uppsala.fr)

IL EST DES ALBUMS, DES GROUPES CHARNIÈRES DANS UNE EXISTENCE. REGARDE LE CIEL A IMPRÉGNÉ L’ADOLESCENT QUE J’ÉTAIS (QUE JE SUIS). ILS SONT MES SMITHS.

MALINE, CALINE, LA PATINE D’ALINE A CLARIFIÉ LA LIGNE D’HORIZON DE LA POP D’ICI, GAMINE RESSUSCITÉE PROUVANT QUE FRANÇAIS, LÉGÈRETÉ ET MUSICALITÉ NE RIMAIENT PAS EN VAIN.

AVANT UN DEUXIÈME ALBUM PRÉVU POUR FIN AOÛT, ENTRETIEN AVEC ROMAIN GUERRET, CHANTEUR DU GROUPE ALINE.

Du Bruit Qui Pense : La France est-elle un pays pop ? La pop en France n’est-elle pas, au contraire d’en Grande-Bretagne, davantage l’affaire de personnes, d’exceptions que d’une culture, d’une tradition ? 

Romain Guerret : En France, nous avons de très grands écrivains, de grands musiciens, de grands couturiers, de grands philosophes, de grands peintres, de grands cuisiniers, de grands cinéastes. La question de la culture, en France, c’est du sérieux. Une vision de la culture assez élitiste du coup. La barre est haute. On parle d’arts majeurs et d’arts mineurs, on segmente beaucoup, on met les choses dans des cases selon une échelle de valeurs qui nous est propre. Alors, bien sûr, la culture populaire existe, mais elle est assez mal considérée, moquée, traitée avec condescendance. A côté de Baudelaire ou Proust, on a vite fait de passer pour un débile léger si on donne dans la variété, la pop ou le rock. Erik Satie qui est pour moi un immense génie passait déjà pour un charlot aux yeux de ses contemporains parce qu’il lui arrivait de donner parfois dans la musique dite populaire, avec des emprunts à l’esthétique des opéras bouffes et des revues légères. En France, c’est, en gros, culture populaire égale vulgarité. J’ai l’impression qu’en Angleterre, c’est différent. Le fossé entre arts majeurs et arts mineurs est moins profond, on peut aimer Purcell et les Beatles, Hitchcock et Benny Hill, être très élégant et finir ivre mort sur la chaussée un samedi en sortant du pub.

Je pense qu’à la base, la tradition de musique populaire est plus importante chez les Anglo-Saxons. Ils ont une tradition de musique de rue, de la musique pour tout le monde, facile à jouer, avec des instruments sommaires, bricolés. Une musique qui a pour fonction d’accompagner l’existence, de raconter le quotidien avec ses hauts et ses bas. Ça rythme les vies. Le folk, le skiffle, la musique celtique sont des musiques faites pour ça : tout le monde peut s’en emparer pour raconter son histoire, son vécu. Il y a un rapport désacralisé avec la musique. En France, c’est moins le cas. Ça passe plus par les livres ou la poésie.

Alain Bashung disait : « Une chanson, on y vient pour la musique, on y reste pour le texte ». N’est-ce pas de là que viendraient les difficultés de la pop francophone, cette seconde barrière qui est la focalisation sur ce qui raconté et comment cela est raconté ?

Je n’ai jamais été très sensible à Bashung mais je trouve cette phrase assez juste. Musique et texte sont indissociables, il faut les deux pour avoir une chanson réussie. Mais texte réussi ne veux pas dire forcément grand texte littéraire, formellement et académiquement parfait. Pour moi un texte réussi c’est le texte qui parait simple, qui fait corps avec son écrin musical et qui accessoirement raconte quelque chose de puissant même s’il est minimaliste et un peu pauvre. On ne doit pas sentir le texte, le travail qu’il peut y avoir derrière, cela doit couler de source. Un grand texte laisse de la place à la musique, la musique ne peut pas être qu’une illustration de fond. Ou sinon, autant lire un bouquin. La musique populaire, c’est fait pour être chanté, dansé, vécu de façon sensorielle et pas qu’intellectuelle. C’est fait de légèreté et de profondeur comme l’existence. La musique francophone a tendance à s’axer sur le texte au dépend du rythme, de la pulsation, du côté instinctif et animal, comme si on ne pouvait pas mélanger ces deux mondes, le corps et l’esprit. C’est encore notre tradition littéraire qui prime sur tout. Au final, pour moi, la musique pop est une synthèse entre les anciennes formes de musiques populaires archaïques, folkloriques, basées sur le récit et la répétition de motifs, la complexité mélodique de la musique classique occidentale et la pulsation de la musique noire.

Le défi est-il de faire en sorte que le français demeure une langue sensorielle, pouvant être ressentie et rester hors de l’exégèse intellectuelle, qui ne dénote pas, même à la dixième écoute ?

La langue française est merveilleuse, c’est un très bel outil. Sa richesse permet de faire passer n’importe quel sentiment. Elle est moins directe que l’anglais, moins universelle parce que moins usitée mais ce n’est pas du tout un problème pour moi. Cette histoire comme quoi la langue française ne serait pas faite pour chanter le rock ou la pop est un faux problème. On peut tout chanter en français. C’est une question d’habitude d’écoute. Prends « Salut les amoureux » de Joe Dassin, j’ai écouté ce morceau des centaines, des milliers de fois, ça marche encore et pourtant ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est hyper bien foutu : texte, mélodie et interprétation, tout est parfait dans ce cadre très particulier et contraignant qu’est la musique populaire.

Y a-t-il une méthode particulière pour sonner le français comme une langue pop ? La réputation qu’on a parfois accolée à la langue française – d’être empesée, assimilable à la variété ou encore soumise au double héritage de la littérature du XIXe siècle et de la chanson à texte Brel-Brassens-Ferré – est-elle méritée ?

Il n’y a pas de méthode particulière. C’est une question de feeling et de choix de mots. Il faut juste savoir ce que l’on veut raconter et comment on veut le raconter. Comme j’écris en français, je ne me pose plus ce genre de question car j’en ai pris l’habitude. Je sais où je veux aller. Je veux avant tout que ce soit musical, que ça sonne et qu’il y ait de l’émotion. J’ai l’impression d’y arriver parfois. C’est peut-être plus difficile pour d’autres, ou plus facile, je ne sais pas. Moi j’ai du mal avec les textes trop littéraires ou, pire, les textes qui se veulent littéraires, le plus gros écueil possible quand on chante en français. A mon sens, ça n’a pas trop de place dans la pop. L’écriture pop c’est un exercice en soi, un genre soumis à des règles précises, des règles très astreignantes. Paradoxalement je me bats pour que mes textes ne soient pas trop littéraires justement. Quand on est Français et qu’on a lu quelques bouquins, on peut très vite être enclin à partir sur du texte très construit, à utiliser tous les outils que cette langue complexe met à notre disposition. Je m’interdis certains trucs que d’autres pourraient considérer comme très littéraires, très bien écrits mais que moi je considère comme faciles. Je n’ai pas peur des clichés. J’aime rester un peu en surface, ne pas trop développer. Je recherche la simplicité et l’efficacité, j’essaye de travailler l’épure, dire beaucoup en très peu de mots, des mots simples mais triés sur le volet. Si un mot est utile à la narration ou si un mot me plait mais qu’il ne rentre pas dans le cadre de la musique, je ne l’utiliserai pas. Les mots sont des esclaves, des esclaves exigeants, mais des esclaves quand même.

On peut se moquer de la variété mais quand on voit le niveau de certains trucs des années 60 et 70, de Joe Dassin à Michel Delpech en passant par Reggiani, ça calme. Ils racontent en trois minutes ce qu’un scribouillard laborieux écrirait en des centaines de pages, les sentiments et l’émotion en moins qui plus est !

aline

Écrire, agencer vos textes, est-ce quelque chose d’amusant ou d’exigeant ?

Ça dépend, parfois les mots viennent assez rapidement, et parfois c’est plus dur, il faut lutter. C’est amusant quand tout coule de source. Quand on n’a pas vraiment d’efforts à faire, généralement c’est bon signe. Quand il faut batailler, c’est qu’il y a un truc qui cloche. L’idée n’est pas bonne ou trop vague ou la musique nous emmène sur une fausse piste. Il faut alors revoir sa copie, ça m’arrive souvent.

Dans une chanson pop, les mots sont-ils tributaires de la musique ? Est-ce la couleur musicale qui fait qu’on va choisir tel mot plutôt qu’un autre, tel registre de langage, telle manière de construire ses paroles ?

Je commence toujours par la musique. C’est la musique qui commande, c’est elle le maitre des mots. Le tempo, l’atmosphère qui se dégage d’une instru, sa tonalité, sa couleur, la grille d’accords utilisée vont donner le mood général. Ensuite vient la ligne de chant. Je n’ai jamais trop de mal à trouver les lignes de chant, c’est quelque chose qui me vient assez naturellement. Généralement, c’est en yaourt. Et puis arrive le moment où il faut transformer ce yaourt en texte et c’est là que ça se corse. La métrique est hyper importante, il faut viser juste, trouver les mots adéquats, qui sonnent, qui rentrent dans les cases mais il faut que ces mots mis bout à bout raconte quelque chose ! J’y tiens, il faut toujours raconter quelque chose dans une chanson pop. Partir d’un texte puis composer la musique autour serait parfois plus simple. Mais le résultat ne serait peut-être pas la pop que j’affectionne. Cela deviendrait trop « littéraire » car j’aurais tout basé sur des mots.

La pop-song parfaite existe-t-elle ? Et ce peut-elle qu’elle soit chantée en français ?

Oui la pop-song parfaite existe. J’en ai plein mes placards, mon iTunes, mes iPods. La pop-song parfaite peut être chantée dans toutes les langues. Mais ce qui est bien c’est qu’on peut toujours essayer d’en composer, c’est sans fin ce truc-là. C’est même motivant. Je me nourris de parfaites pop-songs depuis que je suis gamin. J’aurais tué père et mère pour en écrire certaines et ça me pousse à continuer. Quand tu travailles depuis des heures dans ton studio et qu’à un moment donné tu sens venir quelque chose, quelque chose de très bon, ce moment-là est magique, tu rentres dans une sorte de transe, plus rien n’existe. J’ai une passion pour les tubes. J’écoutais beaucoup la radio quand j’étais gamin : toute la nuit, je laissais le poste allumé. Ça me rassurait car pendant très longtemps j’ai eu peur du noir. Les tubes des années 80 ont donc littéralement bercé mon enfance et je me suis naturellement imprégné de ce format.

Vous sentez-vous les porte-étendards français d’une certaine conception indie de la pop ?

Non pas vraiment. On fait notre truc, ça plait ou pas. Et puis on ne se dit pas qu’on fait de l’indie-pop, même si on est attachés à ce genre et à cet état d’esprit. C’est trop réducteur et il y a trop d’intégristes dans ce milieu. On aime aussi plein de choses assez différentes. Heureusement, ce qui nous fait hyper plaisir c’est qu’on a une bonne fan-base, des gens assez ouverts, des popeux pur jus mais pas pénibles, et d’autres moins pointus musicalement mais se retrouvent dans ce que l’on propose. On n’est pas contre le fait de plaire au plus grand nombre, bien au contraire : écouter sa chanson qui passe à la radio, c’est une super sensation. Mais on ne fera pas tout pour ça, on garde notre cap.

Que pensez-vous de l’étiquette « nouvelle scène pop française » sous laquelle on vous a rangé – avec Lescop, Pendentif, Granville, Marc Desse, Bengale, La Femme, et caetera – au moment de la sortie de votre premier album ?

J’en pense pas grand-chose, à part qu’il fallait bien qu’il se passe à nouveau quelque chose d’intéressant dans la pop en France. On est tous arrivés à peu près au même moment, sans se connaitre, éparpillés aux quatre coins du pays. Il y ’avait quelque chose dans l’air, c’est sûr. Un mouvement spontané. On a tous passé deux ou trois belles années, on était contents de faire partir de ce mouvement, ça a créé une bonne dynamique, un peu de compétition aussi, une émulation collective. Ça a profité à tout le monde. En 2015, chanter en français sur des mélodies pop n’a plus rien d’exceptionnel. Tout le monde s’y est mis. Maintenant, je pense qu’il faut passer à autre chose, arrêter avec cette étiquette. Personne n’a envie de se voir affublé de « nouvelle scène française » toute sa vie.

Dans le contexte socioéconomique actuel, peut-on en partie lire le retour de la pop hexagonale à la langue française comme une volonté de relocalisation ?

Oui je pense que quelque chose s’est décoincé. Le tabou que constitué le fait de chanter en français est complètement mort aujourd’hui et c’est tant mieux. Les gens d’ici ont pris conscience qu’ils avaient tout à gagner de chanter dans leur propre langue, que ce n’était plus ringard et que c’était possible. Du coup, chanter dans sa langue change la teneur des propos. On chante autre chose, ce qu’on est, ce qu’on vit, ce qu’on ressent, avec nos propres mots, nos propres références. On s’est approprié cet idiome, on est plus obligé de singer nos idoles, on peut y injecter notre folklore, notre culture. Enfin bon je dis ça, mais chanter en français en France a toujours été la norme, il y a juste eu dix années ou les groupes se sont mis à baragouiner en anglais par fainéantise, pour s’inventer une vie, par ambition aussi, essayer de marcher à l’international. Bref, pour des mauvaises raisons. D’Erik Satie à Daft Punk, il y a toujours eu une spécificité française dans la musique, une certaine vision, un savoir-faire différent des Anglo-Saxons. On est très forts en musique de danse, en disco, en musique électronique, mais moins dans la pop ou le rock, qui ont toujours été le pré carré des Anglo-Saxons.

Il vous est arrivé d’enregistrer avec Dondolo des chansons en anglais (« Fluffy Angel », « Fauvisme », « A Question of Will », …). Pourtant, avec Aline, vous tenez à écrire et à chanter exclusivement en français. Pourquoi ? Qu’est-ce que le français apporte que l’anglais ne permet pas ?

Avec Dondolo j’ai chanté en anglais mais aussi en français et même en ukrainien ! C’était soit par facilité, soit parce que je n’avais pas confiance en moi, soit pour essayer des trucs. Les chansons en anglais que j’ai pu écrire et chanter, ce n’est vraiment pas ce que j’ai fait de mieux. Mais j’étais jeune, je me cherchais. Une chanson en anglais comme « Fluffy Angel », que j’adore, est typiquement une chanson que je n’aurais pas pu écrire et chanter en français. Si on la traduit telle quelle, ce n’est carrément pas possible. « Ange poilu, mon petit ange poilu … ». En anglais, on est plus libre, ça sonne tout de suite et les gens ne comprennent pas tout. Et c’est une langue synthétique, on peut exprimer des choses assez complexes avec très peu de mots, c’est direct. Si je l’avais faite en français, je me serais vraiment pris la tête pour exprimer cette idée toute simple : mon petit chien que j’aimais, si mignon, si gentil, est mort et je ne l’oublierai jamais. Une ode à mon chien disparu en forme de mantra. En français ça donne « Oural, Ouralou » de Jean Ferrat, enfin, un truc comme ça. Cela dit, c’est une très belle chanson « Oural, Ouralou ».

Vous avez également composé pour Alex Rossi sur une chanson en italien, « L’Ultima Canzone ». Du coup, peut-on dire qu’il existe un langage commun à la pop, à l’indie-pop, qui transcende les langues – en somme, comme une internationale indie-pop générant des codes musicaux partagés ?

Une bonne chanson reste une bonne chanson qu’elle soit chantée en anglais, en japonais, en berbère ou en italien. En ce qui me concerne j’adore l’Italie, la pop italienne, l’italo disco, par ce que ça raconte quelque chose d’un peuple et d’un pays et puis que ça me rappelle mes ans, ma vision fantasmée de la dolce vita et de ce pays. Même quand ça chante en anglais, on y croit pas une seconde, on sait que c’est italien, ça transpire ! Ils ont un truc bien à eux. Le but, c’est que l’émotion passe. La langue n’est pas une barrière. Quand une chanson est réussie on la comprend naturellement, on capte ce qu’elle raconte de manière instinctive même si des détails nous échappent. C’est bien de ne pas tout comprendre de toute façon, ça laisse un peu de liberté d’interprétation. On se fait notre propre film. C’est souvent mieux comme ça d’ailleurs. Avec Alex, qui est un ami, on a la même culture musicale et le même amour pour les chansons bien troussées. D’ailleurs, on est en train de bosser sur la suite de « L’Ultima Canzone », toujours en rital.

Avant Aline, vous vous appeliez – magie de la captcha – Young Michelin. Pourquoi avoir choisi ce nom en partie anglophone aux débuts de ce groupe ?

Je trouvais la méthode marrante, le côté aléatoire du truc, et je me suis arrêté sur le captcha ‘‘Young Michelin’’ car ça sonnait bien, doux, poétique, suranné, mélange de français et d’anglais. Français pour mes origines et ma culture, anglais pour mes références musicales du moment. Ça collait bien.

Après avoir réalisé le premier album avec Jean-Louis Piérot (Les Valentins), vous avez travaillé pour le second avec Stephen Street : faut-il lire ce changement de collaborateur comme une montée en gamme d’Aline ?

Non, ce n’est pas une montée en gamme. On a été très heureux de bosser avec Jean-Louis et on est très contents du premier album. Quand il a fallu chercher un réalisateur pour le deuxième album, on a fait une liste et puis en dernier pour rigoler on a mis Stephen Street car on ne pensait vraiment pas que cela serait possible. Et puis au final ça c’est fait, et assez facilement en plus. Faire de la musique en 2015, ce n’est pas tous les jours marrant et pour nous ça doit rester un rêve de gosse, pas un travail ni un truc trop sérieux. Bosser avec un gars comme Stephen Street, c’était continuer ce rêve de gosse. C’est quand même un gars qui a fait pas mal de nos albums de chevet, qui a côtoyé des groupes et des personnalités incroyables. Il fait partie de la grande histoire de la pop, de la pop qui nous a formé, alors peu importe le résultat, que cet album marche ou pas, on pourra se dire qu’on aura fait ça, le seul groupe français à avoir bossé avec Stephen Street jusqu’à maintenant c’est nous, c’est Aline. Même si le grand public s’en tape, nous on le sait et il n’y a que ça qui compte.

Les compilations La Souterraine, le French Pop Festival, Entreprise, la « nouvelle scène pop française » : y a-t-il aujourd’hui un frémissement de la pop francophone comme il y a pu en avoir vers 1987-1993 avec Gamine, Oui Oui, Dominique A, Katerine, Les Objets, les débuts de Noir Désir, Les Désaxés, et Les Inrockuptibles version mensuelle comme relais médiatique ?

Je ne sais pas … Ce doit être cyclique, tout est cyclique. Les périodes de paix succèdent aux périodes de guerre, les périodes de crises aux périodes fastes. Peut-être que dans deux ans tout le monde écoutera du hard rock ou du gabber. Ou du gabber chanté en français, qui sait ?

Le fonctionnement de l’écosystème pop en France vous convient-il ? Où y voyez-vous des choses à corriger (et si oui, quoi) ?

Très franchement, on ne se pose pas ce genre de questions. On est complètement immergés dans notre musique. On la crée, on la joue, c’est notre truc. Après, tout système est perfectible. Et peu importe le système dans lequel on évolue, ça ne change pas grand-chose pour nous au final : on fait ce qu’on aime contre vents et marées. S’impliquer dans ce genre de considérations briserait pas mal de magie. Cela dit, on n’est ni dupe ni aveugle. Si on peut éviter de se faire empapaouter, on n’hésite pas cinq minutes.

Que pensez-vous des quotas de diffusion de chanson francophone imposés aux radios FM par le CSA ? 

Je trouve bizarre qu’on soit obligé d’imposer des quotas aux radios FM. Les seuls quotas qui devraient être imposés, ce sont des quotas de diffusion de musique de qualité. Ces histoires de quotas, je ne suis pas sûr que ça profite forcément à des groupes comme Aline, de toute façon. Ça profite surtout aux gros vendeurs, aux grosses vedettes. La radio c’est le nerf de la guerre et, pour le vivre de l’intérieur, je commence à avoir une idée bien précise de comment tout cela fonctionne. Il y avait une radio, Le Mouv’, qui passait beaucoup d’artistes issus de cette nouvelle vague. C’était une bonne chose d’offrir un peu de visibilité à tout ce petit monde. Maintenant, c’est fini …

Si vous aviez un peu d’argent et une baguette magique, à qui donneriez-vous un coup de pouce, qui réhabiliteriez-vous ?

Sans aucun doute, Brigitte Bardot en tant que chanteuse. Il n’y rien à jeter dans sa discographie et j’ai l’impression qu’elle est très sous-estimée. Un peu comme la Cicciolina, qui a aussi fait de très bons morceaux. Et puis il y a Yves Simon, qui n’a pas encore été remis à la mode par les branchés mais qui mérite vraiment d’être redécouvert.

Idéalement, si je vous interviewais de nouveau en 2025, que voudriez-vous qu’Aline soit devenu ?

Idéalement, dans dix ans ? Qu’on soit tous des gens riches et en bonne santé, vivant avec femmes, enfants et copains dans un immense château plein de vin et d’instruments de musique. Voilà ce que je nous souhaite !

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La Vie Électrique, sortie le 28 août 2015 (PIAS)
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Interview également publiée dans le fanzine Du Bruit Qui Pense #2 (mai 2015)

Sigue Sigue Sputnik, ou le futur n’existe pas

Le futur n’existe pas. Et, d’ailleurs, aucune vision futuriste ne cherche à le représenter. Elles ne sont jamais que des projections de ce qu’on voudrait (ou ne voudrait pas) avoir comme présent et assumer avoir eu comme passé. Prenant le prétexte d’une projection spatio-temporelle vers ce qui « va nous arriver », elles donnent au présent un miroir paroxystique de ses failles et de ses imaginaires en circulation ou en gestation. L’objectif n’est donc pas de décréter tel un augure omniscient ce que sera le futur mais d’ouvrir ou de fermer des embranchements qui pourront le constituer demain. Le futur n’est jamais là ; il est sans cesse repoussé à demain.

Pourquoi cette intro philosophico-coupage-de-cheveux-en-quatre ? Parce que ça sera sans doute utile pour comprendre le groupe dont je vais vous parler.  Pas de suspense inutile, son nom est dans le titre de l’article (levez les yeux, bordel !) c’est Sigue Sigue Sputnik.

Il y a trente ans, 1984. Une époque où l’an 2000 figure l’horizon indépassable du futur, avec voitures volantes, colonisation sélène, gouvernement mondial et tutti quanti. Une année charnière, l’année du tournant. Le punk est mort, le post-punk aussi. Le CD boute le vinyle des rayonnages. L’industrie du disque tourne à plein régime. Madonna, Michael Jackson, U2 triomphent. Gainsbourg a tourné Gainsbarre, The Cure arbore les oripeaux d’une pop grand public. MTV, Canal + et son Top 50 voient le jour. Apple lance le MacIntosh. Les JO de Los Angeles virent fric et Coca. NRJ commence son ascension vers la suprématie des ondes FM. Les blockbusters bourrins ont déferlés dans les multiplexes. Thatcher, Reagan, le tournant de la rigueur mitterrandien sont au pouvoir ; Berlusconi et Tapie pointent le bout de leurs canines longues à rayer le parquet. Tandis que des groupes (The Smiths, Felt, The Fall, la twee-pop, le rock noisy) vont s’élever contre ces temps ultralibéraux spectacularisés, d’autres, avec le même objectif dénonciateur, vont les incarner en en grossissant à l’excès toutes ses caractéristiques.

Ce groupe, c’est Sigue Sigue Sputnik[1], qui naît en 1984.

Il n’y a qu’à les voir. Visuellement : de quoi faire passer Kiss pour d’austères employés de banque. Cinq allumés, ex-punks (Generation X avec Billy Idol), qui débarquent en tenues vinyle criardes, avec d’improbables tignasses colorées, avec tantôt des aplats de maquillage, des chaînes, des tops de meufs, des manchettes léopard, des pantalons cloutés, des bottes à talons aiguille ou des Doc Martens. Fuck off le bon goût. Sur l’échelle de l’improbable, ils ont pris l’ascenseur, puis une fusée. Un groupe aux looks incroyables comme à Shibuya qui semble incarner la chienlit de l’hyperconsumérisme américain, alors qu’ils sont … anglais ; le premier (le seul ?) combo cyberpunk, le quintette mutant de l’ère Bhopal-Tchernobyl. Grotesque ? Un peu, beaucoup. Mais fascinant, aussi. Punish Yourself leur doit beaucoup, Marilyn Manson également, et pas mal de groupes synth-punk actuels (Sexy Sushi …).

Dans le foldingodossier de ce premier album, Flaunt it, Sigue Sigue Sputnik c’est du Suicide à l’exposant manga.

 Ligne de basse électronique métronomique à la sauce Rev/Vega, batterie binaire délivrée non par une boîte à rythme mais par deux batteurs (oui, deux !), des paroles moins chantés qu’assénées, des flashs de guitares électriques, des distorsions de partout et des dizaines de samples allant de Bach à des jeux vidéo en passant par des journaux télé ou des rafales de mitraillettes. Et, poussant jusqu’au bout le délire de la sur-incarnation des psychés eighties, Sigue Sigue Sputnik va même jusqu’à intercaler entre les morceaux des … spots publicitaires (pour L’Oréal, entre autres), un concept inédit qui, heureusement, ne fera pas date.

Déflagration pour les mirettes, occupation des occiputs, mais quel sort SSS réserve aux portugaises ? L’écoute d’un tel joyeux bordel vire-t-elle à la punition ? Eh bien non. Même si le bassiste (et leader) Tony James admet passer plus de temps à élaborer des stratégies marketing qu’à composer des chansons, l’album, produit par Giorgio Moroder, s’écoute aisément. Il est même plutôt agréable, voire bon, très bon. « Love Missile F1-11 » (qui sera repris par Bowie himself), « 21st Century Boy » (rien à voir avec T-Rex ou King Crimson), « Massive Retailation (M.A.D. !!) », « Atari Baby (Uzi Baby) » sont des morceaux de choix, des gros blocs bien frappés, des modèles pour tous les groupes synth-punk à venir.

Ce manifeste futurisco-guignolo-dénonciateur s’en prendra pourtant plein les gencives par une partie de la critique autorisée. Ainsi, en France, Les Enfants du Rock les sacrent groupe le plus nul de l’année 86.

Ils faut dire que, dans leur jusqu’au-boutisme nawakesque, ils tendent un brin le bâton pour se faire battre : en v’là-t’y-pas que je créé de toutes pièces mon groupe de première partie, dénommé Transsexual SS (la sobriété, toujours) ; et que je fais circuler la légende comme quoi j’ai réussi à signer chez EMI sans même leur avoir fait entendre une seule démo, juste un teaser vidéo.

Ils sont allés trop loin dans l’époque, l’ont trop incarné dans une insensée dystopie paroxystique. Il ne reste plus qu’à imploser, ou faire demi-tour. Ils prendront la troisième solution, celle à ne pas prendre. Continuer, dans la même veine. Cela donnera, en 1988, le médiocre Dress for Excess. Passé le superbe coup d’éclat revendicateur, ils sombreront définitivement dans le grotesque, s’abîmant dans leur propre caricature (« Hey Jane Mansfield Superstar », calque amoché de « Sex Bomb Boogie ») et ralliant en partie ceux qu’ils raillaient auparavant.

Sh-sh-sh-sh-sh-sh-shut up, shut up !

Reste la fulguurance punkoïde de Flaunt It. Le monde de 1986 via le miroir grossissant de la projection dystopique. Un sacré bon disque de synth-punk, entre Japon flashy et minimalisme boîte-à-rythme punkoïde-OGM.

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[1] Parmi les autres noms envisagés, Sperm Festival et Nazi Occult Bureau. *siffotte*

Pourquoi Radiohead ne suscite-t-il plus qu’indifférence ?

Deux groupes et six albums synthétisent le rock des nineties. Nirvana, d’abord, avec le générationnel Nevermind, l’écorché In Utero et l’acoustique MTV Unplugged in New-York. Tout ceci jusqu’en 94, date à laquelle Cobain s’explose le caisson. Qui pour reprendre le flambeau du rock, dans la deuxième moitié des 90’s ?

Oasis ? Trop rétro, dad-rock, copie conne-forme des Beatles.

REM ? Trop middle of the road.

Frank Black ? Pas assez charismatique, trop americana, et catégorisé loser absolu depuis l’implosion de Pixies, en 1992.

The Smashing Pumpkins ? Trop individualistes et malcommodes, enfin surtout Billy Corgan, puisqu’il a viré tous les autres.

Blur ? Pulp ? Trop « les Anglais parlent aux Anglais ».

RATM ? Trop bourrins avec leur fusion rap-métal politisée.

Non. La timbale échouera à Radiohead, qui, pourtant promis à un statut de « one-hit-wonder » après le succès du tube grunge auto-flagellateur « Creep » (extrait de leur médiocre premier album Pablo Honey), sortira en cinq ans trois albums qui rentreront dans les annales : le lyrique The Bends (1995), le névralgique et enchanteur OK Computer (1997) et le déroutant Kid A (2000).

Passé cette trilogie merveilleuse, Radiohead, alors le groupe central du rock mondial, va peu à peu tomber dans l’indifférence. Pourquoi ? Tentatives d’éléments de réponse.

The White Stripes, The Strokes, The Hives, Franz Ferdinand, The Music, The Libertines, The Kills, The Vines, … En 2001, l’Occident se redécouvre un ennemi commun (après le communisme, l’islamisme) et le rock, après avoir massivement tâté des machines, redécouvre l’abrasion des guitares ; un constat tout à fait exagéré a posteriori, le rock n’étant jamais réellement parti, mais passons.

Toutes proportions gardées, le « retour du rock » a eu sur Radiohead, alors engagé dans d’audacieux processus de complexification de sa musique (Kid A, sa musique mélangeant post-rock, IDM et jazz-fusion, sa fameuse théorie des dix-sept secondes*, sa pochette quasi-stéganographique**), l’effet du punk sur le prog-rock. Ils n’ont bien sûr pas été les seuls à pâtir de cette lame : Eels, Björk, Massive Attack, Grandaddy, PJ Harvey, tous ont pris un méchant coup derrière la caboche, plus ou moins mérité selon les cas, perdant pertinence et/ou attention médiatique et/ou engouement jeune, lors de ce bug de l’an 2001.

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Oui, Thom, même Radiohead a morflé après 2001 ; l’odyssée de « laisse-passer(-les-mecs-en-The-devant) ».

 Offrant une rébellion clefs-en-main et des postures authentoc avec leur formule reviviscente du CBGB mais avec du fric plein les fouilles***, The Strokes mobilisait, avec en plus des chansons rock au niveau, un potentiel imaginaire infiniment plus glamour que l’inconfort promu par Radiohead.

Et, qu’on le veuille ou non, le style, en musique, importe. L’attitude, la dimension iconique (charisme2 x √bogossitude, où à peu près …) est une des dimensions fondamentales de la pop-music, qu’elle passe par le travestissement (David Bowie et ses multiples avatars) ou l’anonymisation (Daft Punk, Mad Mike, Fuzati, etc.). Et concernant Radiohead, surtout son leader Thom Yorke, l’évolution est peu flatteuse.

Une précision, cependant. Thom Yorke a toujours représenté un cas spécifique parmi les frontmen rock. Avec sa voix chouinarde, ses danses désarticulées, sa petite taille et sa dégaine d’autiste, son œil gauche mi-clos, son premier taf en hôpital psychiatrique****, et même ce « h » inutile dans son prénom (Thom au lieu de Tom), Thom Yorke a développé une sorte de « charisme de l’anti-charisme », parvenant par une alchimie mystérieuse à retourner ce caryotype charismatique en lichen anémié en un faisceau de qualités lui permettant de se démarquer et de poser en « rockstar normale » (si tant est qu’on puisse dire quelque chose de cet ordre-là) au « physique de radio » (évidemment …), dans la lignée du rejet du Rock’n’Roll Circus opéré par la génération X, celle du grunge, de l’ère pré-Radiohead.

Mais de là à ressembler à un clochard comme récemment, avec ses traits émaciés et vieillis, sa barbe grisonnante et ses cheveux mi-longs, non !

  thom-yorke-clodo

Cet homme prétend avoir une tête de radio. C’est méchant pour les radios.

 Surtout que, pour rester sur des gens attifés comme l’as de pique et pour en revenir à la musique, un autre groupe a pris la place de Radiohead. Ils sont sept, ils sont Canadiens*****, ils s’appellent Arcade Fire. La bande drivée par le couple Butler/Chassagne a signé en 2004, avec Funeral, un disque aussi exceptionnel et fédérateur qu’avait pu l’être OK Computer, dès sa première tentative. Même en s’enlisant quelque peu dans les deux albums suivants (Neon Bible et The Suburbs), qui ne reproduisaient pas la magie sur la longueur, même avec un quatrième album (remarquable) plus orienté disco que ce que ne sera jamais la bande à Yorke (pas vraiment portée sur les dancefloors), Arcade Fire a délogé Radiohead de son grade, celui de héraut overground du rock alternatif.

Après OK Computer, Radiohead avait tout pour être le plus grand groupe du monde. Ils ont refusé cette étiquette, prenant un virage électronique radical, optant pour une autodéconstruction réfléchie d’eux-mêmes (Thom Yorke avait même pensé changer le nom du groupe après l’overdose médiatique d’OK Computer, palpable dans le documentaire Meeting People is Easy) et de tout ce qui avait fait leur succès sur OK Computer.

Succès critique, succès populaire. On se disait que la suite allait être passionnante. Alors, pourquoi ?

Pourquoi ce retour en arrière en 2003 avec le sous-best-of Hail to the Thief qui tente une recombinaison de l’ensemble des disques précédents – résultat, une bouillie insupportable – avec deux agents vomitifs supplémentaires, ce discours politique de rebelle bien-pensant et la voix de Thom Yorke qui devient intolérable de chouinerie (« We Suck Young Blood » est horrible de ce point de vue) ?

Pourquoi cette plongée dans l’électro-prog-portnawak avec le demi-convaincant In Rainbows (2007) et, surtout, l’insignifiant et brumeux The King of Limbs (2011), sur lequel les chansons deviennent des chiants sons.

Oui, pourquoi ? Surtout que lorsqu’il y a eu sanction au niveau des charts. Le dernier album en date, The King of Limbs, s’est classé 7e des charts britanniques alors que tous les albums de Radiohead sauf Pablo Honey et The Bends avaient atteint la première place. Idem au Canada, 5e quand les quatre albums précédents étaient devenus n°1. Même chose en France, 8e alors que tous les albums depuis OK Computer inclus avaient atteint le podium. La tendance n’est pas la même aux USA, mais peut-on faire confiance aux charts d’un pays où OK Computer n’a pas dépassé la 22e place, hum, je vous le demande ?

Plus grave que cette chute dans les classements commerciaux, on recense peu de chansons marquantes du côté de Radiohead depuis Kid A/Amnesiac. Si peu qu’on peut les compter sur les doigts d’une seule mimine. Vous ne me croyez pas ? Allons-y, c’est parti : « 2+2=5 » (un autre « Paranoid Android », en plus ramassé) sur Hail of The Thief, « Jigsaw Falling into Peaces », « 15 Step » et « All I Need » sur In Rainbows, rien (mais vraiment rien) sur The Kings of Limbs. Voilà. Ca fait quatre. Une main de Mickey. Wouhou. Allez, je vais être gentil (ça, c’est le gigot de licorne sauce arc-en-ciel que j’ai mangé à midi …) et pousser à quatre et demi avec « There There » qui est pas mal. Reste que ça fait quand même pas bien lourd, quatre-cinq bonnes chansons sur les trente-et-une sorties (auxquelles il faut adjoindre les titres bonus) en dix ans.

D’un combo indietronica pop défricheur et innovant, Radiohead s’est transformé en formation chiante, radoteuse, présomptueuse. Un groupe qui a vieilli, n’a gardé de son âge d’or que son vernis expérimental-conceptuel qui a viré en auto-parodie (et notamment cet alibi que sort tout bon fan de Radiohead dès qu’on ose émettre une réserve sur les productions de son groupe fétiche : « ouais mais c’est parce que pour saisir toutes les subtilités il faut écouter l’album 62 fois dont 24 fois de nuit et 9 fois sous l’eau »). Bardé de son discours rebelle-consensuel (« Bush il est méchant et la planète elle va mal », difficile à contredire), Radiohead semble s’être plus consacré à une lutte contre l’industrie musicale (contre EMI, contre Spotify, voire contre le mythe Radiohead lui-même) qu’à la conception de chansons.

On a beaucoup glosé de la rupture consommée de Radiohead avec l’industrie, du développement de ses modes alternatifs de distribution. Mais cette posture de Radiohead, pour louable qu’elle puisse être, est plus un renfort du discours écolo-politique manichéen du groupe qu’autre chose ; si Radiohead possède la capacité autoproclamée de « révolutionner le business musical », c’est parce qu’ils ont bien profité du système des majors, durant de nombreuses années, de nombreux albums, se créant ainsi une notoriété mondiale multiplatinée qui est le levier leur permettant ensuite de prôner la révolution structurelle du secteur. Cet acte de délacement critique vis-à-vis de l’industrie musicale n’est en fait qu’une gigantesque opération de com les faisant passer pour les hérauts (les héros) de la musique indépendante, quand les véritables indépendants, mettant leurs créations sur Bandcamp ou SoundCloud, ne pourront jamais espérer le dixième des bénéfices des albums vendus « altercommercialement » de Radiohead, et devront continuer à vivoter dans l’ombre, entre pactoles maigrelets et plans foireux, en attendant de signer sur un label. Aussi bien intentionnée soit-elle, la révolution de l’industrie musicale proposée par Radiohead est (sauf pour Radiohead, peut-être) cantonné à l’acceptation astronomique du terme « révolution » : un retour au point de départ, qui n’a pas fait avancer le schmilblick d’un iota. Beaucoup de bruit pour rien, beaucoup de rien pour du bruit.

Thom, une réaction ?

Radiohead-fuck

La preuve qu’il reste encore à Radiohead un doigt d’honneur

 Merci Thom.

Résumons l’affaire : Radiohead s’est fait piqué la place qu’ils occupaient à l’époque OK Computer par Arcade Fire ; celle de nouveau U2 que certains (les crétins) voulaient qu’ils deviennent avant Kid A a été réquisitionné par Muse, Coldplay et autres bouffis de prétention grandiloquente ; leur éventuel futur statut de porte-drapeau mainstream de l’expérimentalisme façon Warp qu’on pouvait leur prédire après Kid A/Amnesiac s’est dissipé dans les limbes. En fait, on ne sait pas trop où situer Radiohead actuellement. Plus très jeunes, plus très beaux et/ou charismatiques, plus très créatifs ; ils sont là mais personne ne les calcule. L’indifférence les entoure. Qui, trois ans après la dernière livraison du groupe oxfordien, attend impatiemment le nouvel album de Radiohead ? Pas grand-monde, plus grand-monde.

Il est temps que Radiohead meure. Pour mieux ressusciter et repartir quinze ans en arrière ? Prendre l’histoire à rebours et repartir d’où la bande à Yorke a laissé les choses après Kid A/Amnesiac ? On continuera (sans trop y croire) à l’espérer. Ou bien il faudra se résigner à voir Radiohead cesser de vivre ; et réécouter The Bends, OK Computer et Kid A, ces albums stupéfiants, pour se souvenir à quel point ce groupe a été important.

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 * Sans doute en hommage au Seventeen Seconds de The Cure, Radiohead a conçu Kid A comme un album pouvant s’écouter seul, bien sûr, mais aussi avec une lecture simultanée dix-sept secondes en amont du morceau initial, ce qui multiplie les effets d’écho, les dialogues de voix et d’arrangements, lesquels, s’intercalant parfaitement, offrent ainsi une nouvelle dimension d’écoute, encore plus somptueuse. Avec le numérique (et la culture du mash-up afférente), il est bien plus aisé de constater les résultats de cette opération de synchronisation ; pour vous faire un avis, un internaute a créé une playlist de tous les titres de Kid A (pour l’occasion rebaptisé Kid 17), jouée en surimpression avec un délai de dix-sept secondes par rapport au morceau initial : http://www.youtube.com/watch?v=ZRmh__q6YIM&list=PL2B74B93FB927E15F

** La pochette de Kid A donne à voir un paysage en 3D fait de montagnes escarpées, blanches et bleues, sous un ciel noir-rouge d’apocalypse. Une pochette qui semble tout dire de l’album : à la fois sombre et aérien. Pourtant, un secret s’y dissimule : il y a des visages cachés, du clonage, et la théorie des dix-sept secondes revient. Pour plus d’explications, allez voir l’article suivant : http://www.inside-rock.fr/Kid-A

*** Julian Casablancas est le fils de John Casablancas, fondateur de l’agence de mannequins Elite ; deux des Strokes sont allés dans des pensions suisses, etc.

**** Inspiration du morceau instrumental « Meeting in the Aisle » (« Rencontre en Asile » en VF), publié entre OK Computer et Kid A.

***** Vous noterez que, alors qu’ils ont commencé à Montréal, on ne dit jamais d’Arcade Fire qu’ils sont Québécois, label réservé aux braillardes francophones.

Une soirée devant The Voice

J’aime bien me pourrir mes soirées. Samedi dernier, j’aurais pu me retourner la tête à « La Grange » (un petit bar rock/métal sympauthentique qui roxxe du poney vénusien), j’aurais pu glandouiller sur Internet, j’aurais pu trouver le vaccin contre l’hypersida des ganglions lymphatiques, mais j’ai préféré me vriller les iris et cages à miels a casa devant Ze Voasse sur Télé-Béton. Pardon, The Voice sur TF1. Et j’ai même un temps envisagé de m’infliger le replay le lendemain, histoire de rien rater. Mais par peur de me vomir moi-même par tous les pores et orifices, j’ai renoncé à cette dernière action. Sûrement est-ce en raison de ce renoncement que ma demande de compensation karmique, à savoir obtenir tous les numéros gagnants du prochain tirage de l’EuroMillions et/ou la mort de Marine Le Pen et de Colonel Reyel, n’a pas été validée. Tant pis. (soupir) Bon, je vais quand même en tirer l’article que j’avais prévu d’écrire ici-même, que je ne me sois pas infligé cette souffrance pour rien.

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Votre serviteur regarde The Voice.

C’est donc vêtu de ma plus belle tenue de cuir-latex cloutée que je me suis installé devant la télé. Et déjà, avant même que l’émission* ne commence, je m’interroge : une compétition à l’aveugle à la télé ? Ca a l’air aussi pertinent que des évaluations de mimes à la radio ou des concours d’imitateurs retranscrits par la presse écrite !

Et en plus, ce concept est un peu boiteux. The Voice est une scène. Dépourvu des potentialités et de la richesse orchestrale du studio, la scène ne vaut que pour deux choses : la voix certes, mais surtout l’attitude, le charisme, le positionnement de l’artiste par rapport à l’égotisme inhérent à la pop-music, bref, le jeu de scène. Or, tout ce second versant est annulé. Voilà les candidats gelés dans une fixité dépersonnalisante, mais après tout tant mieux, la machine ne pourra que mieux les remodeler.

Oups, j’ai oublié de vous présenter les sommités (lire ce dernier mot avec une grosse dose de sarcasme) chargés de juger nos wannabe.

  • Florent Pagny et sa dégaine de dresseur de tigres au cirque Pinder qui vient ici pour pouvoir régler ses arriérés d’impôts.
  • Jennifer, qui est là pour des qualités inverses au concept de l’émission ; pour synthétiser, je dirais « voix formatée, plastique fort matée », ou le WYGIOWYS (What you get is only what you see ; ce que tu as est seulement ce que tu vois), soit l’adaptation The Voice du WYSIWYG.
  • Mika, l’alibi international de l’émission, venu là (après avoir squatté la version italienne d’X Factor) pour se faire voir, lui et sa fantaisie, et ainsi se dispenser de sortir un quatrième album de sous-ELO sans inspiration mais sous ectas frelatés ; tant mieux.
  • Garou, le crouneur (ouais, crooner, OK …) québécois, qui se la ramène beau gosse alors qu’il a joué Quasimodo dans Notre-Dame-de-Paris (en attendant le rôle de Boeing-boing dans l’opéra-rock-kérosène Notre-Dame-des-Landes ?) et rockeur parce qu’il porte un blouson de cuir (si ça suffisait, Christophe Hondelatte serait Jim Morrison).

L’exilé fiscal, la bonnasse, le British et Quasimodo constitue donc le carré tragique, payés chacun des gros paquets de thune (qu’on n’ira pas jusqu’à compter pièce par pièce comme le Nain de Naheulbeuk) pour appuyer sur des boutons qui font retourner leur fauteuil.

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Bon, maintenant qu’ils sont là, on va pousser passer à une revue rapide des pigeons candidats.

La première, je ne m’en rappelle pas et j’ai rien noté pendant l’émission. Je vais pas pleurer, c’est pas comme si j’accordais un quelconque crédit artistique à cette émission de daube. On enchaîne.

Deuxième candidate, Noémie, sa reprise est un peu mieux que l’originale (pas compliqué quand tu chantes du Katy Perry …), mais sans originalité. C’est plat.

On passe au premier mec, Virgil, faux-airs de François Valéry et flagorneur de première ; chanter du Florent Pagny alors qu’il est là, l’équivalent du fayot du premier rang qui tient son bras tellement il fatigue à le garder continuellement levé pour demander la parole. Il dégage, bien fait ; il réfléchira à ses goûts douteux chez lui.

Retour aux filles et à la pop mondo-mainstream : Cloé reprend l’excellente « Toxic » (j’en avais parlé par ici), tube intersidéral, de la manière la moins originale qui soit, c’est-à-dire en guitare-voix, en raaaaaaaaleeeeentiiiiiissaaaant le rythme du morceau et mettant des tremolos rauques dans sa voix pour « montrer son émotion à tous les passants » comme disait Desproges. Finalement, c’est un brin gonflant mais pas si mal. Avec un malus toutefois pour les amies suiveuses hystériques qui pourraient presque servir de preuves si certains olibrius se piquaient d’aller à l’encontre des travaux de Charcot.

Cinquième candidat (ouh là là, et toujours pas de coupure pub, quel suspense !). Un immense voile opaque est mis tout autour du chanteur. Dites, ça ne choque personne, cette ENORME distorsion de la concurrence ? Bon, toi, on va te faire chanter les yeux bandés pour que tu n’aies vraiment plus de repère visuel (après tout, seule la voix compte …), toi, tu vas faire ton audition suspendu à un fil à quinze mètres au-dessus du sol (c’est que de la mise en scène, seule la voix compte …) et toi, tu vas passer en même temps qu’une chorégraphie de de mimes jongleurs (toujours seule la voix compte). Non, mais what the fuck ! C’est quand même le principe de base de toute compétition qui soit, on met tout le monde à égalité. Et là, magie, on change les règles pour certains candidats et ça ne dérange personne ! Rhaaaaahh, ça m’énerve quand je suis tout seul à m’énerver et relever ce genre de détails !

Bon sinon, le candidat en lui-même. Bah, un ténor ; donc j’en ai presque rien à foutre. Mais, allez, devinez qui est le seul à se retourner ? Pagny, quelle surprise ! Au moment où le rideau se baisse (oui, parce qu’au lieu de le relever afin de pouvoir le réutiliser et d’en débarrasser la scène, le tissu est lâché et vient encombrer la scène ; chapeau les gars !), pub. Pendant cette coupure, un des spots est celui du Bon Coin, où intervient Iggy Pop. C’est possible qu’il y ait pire déchéance ou il y a encore de la marge ? Décidément, rien ne me sera épargné !**

Retour à l’émission de Nique-os. Le ténor s’appelait Adrien. Ravi, gars, de toute façon, je ne te reverrai pas.

On embraye sur Mélissa, longue baguette d’étudiante prout-prout, qui chante du Rihanna au piano-voix (c’est pas elle qui joue du piano). Rien que le fait qu’elle vienne chanter du Rihanna devrait être un motif de disqualification. Du reste, sa prestation est chiante, et fausse dès qu’elle essaye de monter ou de descendre dans la gamme. Je ne me rappelle même plus si elle est retenue ou non (j’ai la flemme de chercher).

L’arnaque de cette émission lui succède. Roman, attirail de rockeur des 90’s avec cheveux mi-longs en faux-grunge, bouc, voix rauque-raclée-moche, collier et T-shirt col en V laissant les poils apparents et guitare sèche de mec qui chante à côté du feu de camp. Mi-Lumineers mi-Maé. Fusion Maxitête discount Kurt Cobain/Chad Kroeger (Nickelback). Ce dit individu viole les Jackson 5 (oui, oui, les cinq) en avilissant « I Want You Back », et pour quelle réaction s’il vous plaît ? Une ovation générale et retournement des quatre fentes-à-tiques. Okaaaaaay … Devant ce choix cornélien, le rockailleux échappé d’un mixer de DeLorean, choisit Quasimodo, mille excuses, Garou, lequel lui promet : « on va faire du rock ». Quequoi ?!? Du rock ? Garou ? Il n’est même pas foutu d’en faire pour lui !

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C’est encore tout abasourdi par le bukkake d’inepties que je viens de subir que j’aperçois Carole, une récidiviste. Elle avait dégueulé du Blondie il y a deux ans. « Qu’est-ce qui a changé en deux ans ? » lui demande le grec du samedi soir (mais lui, ce serait socialement mal vu d’essayer de le manger). « Bah, j’ai pris deux ans, connard ! » ai-je répondu dans mon canapé, dans un réflexe d’autodéfense agressive (il me tarde que cette purge se termine). Non, sarcasme mis à part, ouais elle a changé ; pour un concours qui dit ne faire attention qu’à la voix, va comprendre … Bref, Carole chante du Barbra Streisand, c’est passable ; elle tient la note pendant trouzmille ans, c’est irritant. Elle est prise. Basta ! AU SUIVANT ! (oui, on va un peu expédier la fin, parce que je suis aussi usé à l’écrire que je l’étais à le subir IRL)

Chloé, terminale S. « Je regarde The Voice tous les ans » Y’a eu que deux éditions, calme-toi. « J’ai toujours rêvé de chanter sur une scène. » Tu sais, t’es pas obligé de venir à la téloche pour ça. La voilà qui chante du Vanessa Paradis, pas sa meilleure en plus (c’est dire le niveau rez-de-chaussée de la chanson) ; Florent Pagny a son premier réflexe sensé de la soirée : lever les yeux au ciel d’agacement.

Suivant ! Jérémy Ichou, la caution « la musique est tout pour moi » de la soirée. Le beau gosse insupportable (mais vraiment, c’est pas que de l’aigreur de ma part), physique et jeu de scène. Après une approche drague pour Jennifer (confirmant ainsi sa fonction attrape-zieutage beauf), il choisit Florent Panouille Pagny.

Suivante ! Liv, le buzz de cette émission (elle aura droit à son reportage dans le JT de Pernaut le lundi suivant), qui a réussi à chanter comme un Chipmunk (volontairement). On en sourit la première fois mais au bout de la troisième, je pense qu’on (ou je, plutôt ; je ne vais pas vous mêler à mes montées d’intolérance auditive, quoique) a envie de lui mettre des tartes de la tronche en lui hurlant DE FAIRE TAIRE SES VOIX D’ECUREUILS AYANT INHALE DE L’HELIUM ! C’EST INSUPPORTABLE ! CAPS LOCK FURYYYYYY !!! Non mais c’est vrai, passé la surprise, (OK, une fois c’est rigolo mais juste une fois hein ?), qui peut écouter sérieusement une chanson, ou pire, un film des Chipmunks ? Les Chipmunks, c’est comme les lunettes 3D bleu et rouge en carton, c’est marrant deux secondes, après on se rend compte que c’est ultra-gonflant, laid et écœurant. Et on exècre ça à tout jamais.

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Légitime défense : il chantait comme un Chipmunk.

Courage, voilà les deux derniers candidats. D’abord, Najwa, qui oublie tout le premier tiers de son morceau (déjà qu’avec The Voice ils sont en format vachement compressée***). Ensuite, Edu del Prado, ancien acteur dans Un dos tres et ancien coach de la Star(n)Ac 7. Apparemment chez TF1, ça suffit à en faire « un chanteur confirmé ». Notre « chanteur con-firmé », donc, chante du Beyoncé, une ballade à la con ; rideau définitif pour moi. Histoire de m’achever définitivement, il se présente à la fin de sa prestation comme « moitié espagnol, moitié africain ». Eh mec, c’est un continent, l’Afrique, pas un pays ! Faudrait p’têtre penser à arrêter d’apprendre la géographie bourré avec le professeur Pédoncule.

Bon, passé cette review un peu inutile, passons au démontage en règle de l’émission en elle-même.

Un, les effets de narration, du genre « l’avancement de la conquête des talents », sont juste nuls quand on sait que toutes les auditions sont remontées en post-production sans tenir compte de la chronologie réelle des faits.

Deux, le blabla des jurés qui quand ils n’appuient pas disent à quel point le candidat a bien chanté, qu’ils ont failli appuyer, etc., est d’une hypocrisie sans limite.

Et trois, que la télévision ne conçoive plus la musique comme quelque chose qu’elle doit médiatiser mais qu’elle doit nécessairement diriger est fondamentalement abject. La musique n’est plus pour la télévision une production artistique mais un produit télévisuel. Désormais, la télé médiatise plus les amateurs que les professionnels, ceux qui font de la musique pour la télé que ceux qui font de la télé pour la musique. Ce paradigme avait (un peu) disparu avec la fin de la Star Academy/Nouvelle Star, mais maintenant, hop, voilà que ça les reprend ; Popstars s’est gaufré en beauté, mais le succès de The Voice, voire celui moindre de Nouvelle Star, montre que le filon est encore vivace, même si plus personne n’espère faire carrière après. Et en face, qu’y a-t-il comme contre-programmation musicale ? Rien. Taratata (aka l’ego-trip zical de Nagui) disparue des canaux télé, remplacée par Alcaline (vraiment pas top), Monte le Son qui ne s’est jamais vraiment installé sur France 4 (et vu le niveau, y’a pas vraiment de regret à avoir), l’émission de chanson française pour les vieux avec Na-tâche-a Saint-Pier (ça sent le sapin et le chrysanthème), les autres chaînes qui n’en ont strictement rien à foutre (D17, à la base, ce n’était pas censé être une chaîne musicale, un peu comme TV6/M6 à sa naissance ? Parce qu’à part passer les clips des chansons Skyrock/NRJ/Fun Radio, ça ne se voit pas des masses …). Et les mêmes viennent se plaindre ensuite de la hausse du téléchargement illégal : mais comment osez-vous juste ouvrir la bouche ? C’est évident que si vous laissez les fanas de musique chercher seul les sons qui leur plaisent, ils ne se sentiront en aucune manière redevables envers vous et ils se sentiront largement aussi légitimes que vous pour s’approprier cette musique que vous ne savez ou ne voulez pas défendre, puisque vous privilégiez le formatage musical de wannabe Liebig, la musique lyophilisée (un sachet une personne dans l’eau du télé-crochet, vite préparé, vite avalé, goût pas très bon, vite oublié). Tout ceci accouplé à l’horizon de la gratuité universelle promue par l’idéologie sous-tendant Internet.

A propos d’Internet, j’y avais vu que la nuit même il y avait un documentaire sur la French Touch sur Arte à 2h30 du matin et, avant ça, le live de Vitalic qui était diffusé sur France 4 à 00h15. 00h13 : BRAAAAOOOOUM, coup de tonnerre, panne d’électricité. Tsssss … Finalement ce sera dodo.

Vraiment, une soirée de merde.

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* Emission dont la main (tenant un micro et faisant le signe du V, pour victoire et pour voix) qui lui sert de logo, si on la fait pivoter à l’instar des fauteuils des jurés, forme un doigt d’honneur à l’anglaise.

** Dans une des pauses pub suivantes, on aura droit à un spot de RFM qui prétend diffuser tous les styles de musique ; c’est vrai que la techno, la house, le rap, le métal, le punk sont souvent diffusés sur la radio middle-of-the-road de Lagardère ; bande de cons.

*** « Caroline »  de MC Solaar, très belle chanson au texte impeccable, avait subi la semaine précédente un ignoble outrage : les deux candidats qui l’ont chanté n’ont récité que deux couplets sur huit (brisant ainsi toute le développement narratif) et psalmodiant trois fois le refrain pour meubler. Une honte.