Sid Vicious, ce gros con

En bon pisse-copie dématérialisé, il appartient à mes attributions de me soulager la vessie sur des figures musicales à la réputation surfaite, quand bien même cette vidange serait aussi utile et mélodieuse que d’envoyer ma miction dans un Stradivarius. Aujourd’hui, je vais – nous allons – uriner des signes sur un cadavre ayant pris depuis 36 ans jour pour jour son ticket au boulevard des allongés. Oui, nous allons extraire des archives le dossier du bassiste ô combien nazebroque de Sex Pistols, j’ai nommé John Ritchie, plus connu sous son alias croquignolet de Sid Vicious qu’il utilisait pendant ses horaires de bureau.

Punk jusqu’au summum du stupide et bassiste incapable (malgré un prof occasionnel nommé Lemmy Kilmister), Sid Vicious était un parfait crétin qui a bien mérité de crever à vingt-et-un balais. Voilà, c’est dit. Pourquoi balancer ça aussi abruptement, me direz-vous (sauf si vous en avez rien à carrer, auquel cas je me demande encore ce que vous foutez en ces lieux) ? Je n’ai pas l’âge des vieux cons, ne fourbit pas mes armes dans la milice de la bienséance et ne compte pas La Croix ou Valeurs Actuelles parmi mes lectures de chevet, loin de là. Pourtant, la (courte) trajectoire de Sid Vicious me débecte. Voilà pourquoi.

Le problème de Vicious, c’est qu’il a réduit sa vision du rock à une attitude caricaturale, qu’il ne l’a v(éc)u uniquement par ce truchement-ci. Et si son apport charismatique se porte plutôt bien, merci pour lui, les raisons artistiques de cette polarisation sont largement usurpées. Combien de chansons composées par ou ayant un apport remarquable de Sid Vicious pouvez-vous recenser ? Combien de ses chansons écouteriez-vous les yeux fermés ? Sérieusement … Ca se compte sur les doigts de la main gauche de Roland Agret. Et encore, je suis généreux ; son seul album solo, Sid Sings, sorti dix mort après sa mort, est une gadoue inaudible qui nous ferait presqu’envier les personnes atteintes de surdité définitive.

D’aucuns diront de John Ritchie qu’il était plus intelligent qu’il n’en donnait l’air, plus réservé, bla-bla-bla, la rengaine du clown triste à la sauce rock. Cette intelligence supposée ne l’a pas empêché d’aller lacérer la gueule du journaliste Nick Kent à coups de chaîne de vélo, d’éborgner une spectatrice avec un tesson de verre ou d’arborer des swastikas en permanence juste parce qu’il trouvait ça drôle. Voilà, juste comme ça. Vachement intelligent, y’a pas à dire … Je ne sais pas selon quel référentiel, mais ça ne doit pas être dans la catégorie des êtres humains ; celui des phasmes, peut-être, ou des cagettes de rutabagas …

sid_vicious

Ce que je reproche à Vicious, ce n’est pas tant d’être un connard ou un imbécile, mais de n’avoir rien fait au-delà de cette connardise, de cette imbécilité. Lou Reed était un mec infect mais il a engendré des chefs-d’œuvre, aussi bien avec le Velvet qu’en solo. A côté de ça, Sid Vicious a le même niveau de crédibilité artistique que Michaël Youn, semant sur son passage des merdes avec un M de la taille de Pluton.

Faire, sous couvert enjolivé d’anticonformisme révolté, de ses addictions et de ses postures l’alpha et l’oméga de l’existence ne devrait pas suffire à faire de vous un mythe. Il pensait incarner le punk tout entier, être Sex Pistols à lui tout seul. Il oubliait que Sex Pistols, c’est surtout, au-delà de la fureur et de la furie, Nevermind the Bollocks Here’s the Sex Pistols, douze chansons immenses, trouantes, voix, compos, ’nergie et production accrocheuses et fantastiques. Il ignorait que son compère Johnny Rotten avait des goûts autrement plus évolués que ce qu’il laissait croire, appréciant Can, Neu!, les acrobaties sonores du dub et Peter Hammill, choses qu’il métabolisera plus tard dans Public Image Ltd. Vicious était sans doute trop appauvri en neurones pour s’en rendre compte qu’il était la petite poupée de cire de Malcolm McLaren, ce maître ès cynisme qui ferait passer Machiavel et Frank Underwood réunis pour ta petite cousine de quatre ans qui gribouille des soleils ; Malcolm McLaren qui, furieux de voir Rotten échapper à son emprise et s’éloigner de sa caricature de terroriste artistique, poussa au cul Vicious afin qu’il lui pique le leadership dans le groupe, ainsi qu’aux yeux des teenagers et des critiques exaltés.

L’histoire a grandement expurgé le sordide (ou pire, l’a romancé) de l’existence de Sid Vicious mais reconnaissez-le, Vicious n’a jamais réussi à sortir du caniveau dans lequel il frayait, sinon pour devenir ce psychopathe de bande dessinée, ce pantin tout en violence et en instinct. Parce que, même en prenant en compte le caractère nihiliste qui fut contingent à une partie du mouvement, être punk ne justifie pas nécessairement d’être con comme un balai à chiotte, de se piquer avec toutes les substances les plus glauques, de foutre la merde partout où l’on passe, avec n’importe qui, pour n’importe quoi, et de n’accorder à la musique qu’une importance dérisoire. En fait, je pense que ceux qui devraient s’intéresser à Sid Vicious, ce sont davantage les toxicologues que les mélomanes.

Sa défonce rebelle-glauque a fini sérigraphiée sur des ticheurtes H&M pour donner un peu de frisson canaille à des kikoos middle class qui par mégarde écoutent « God Save the Queen » en mode shuffle sur leur iPod chromé entre un Katy Perry, un Fauve et un Imagine Dragons (si vous en apercevez un de ces individus, rendez service à la collectivité, utilisez le fusil tranquillisant dissimulé dans le cellier et tirez à vue). Et ajoutez aussi à la liste les trentenaires et les quadras qui se persuadent que Nevermind the Bollocks Here’s the Sex Pistols est la bande-son de leur colère intérieure alors qu’ils n’assument pas d’avoir, depuis belle lurette, baissé pavillon dans le leur, de pavillon, à l’intérieur duquel ils s’anesthésient, lové dans leur canapé une Pastabox à la main, devant un nouveau produit bien soigné du robinet-à-culture (série française du dimanche soir ou Games of Thrones, même topo).

Quant au couple qu’il formait avec Nancy Spungen, pardon de le dire, mais il n’y aucun lieu de les regretter. Un imbécile garanti sur facture assorti d’une hystéro raciste, pute d’occas’ et ambitieuse maladive. De l’amour entre eux ? Tu parles ! Ce qui les rassemblait, c’est que chacun voyait dans l’autre quelque chose à exploiter, le tout cimenté vaille que vaille par les plans dope, les squats sordides où ils font les poches de leurs collègues d’infortune en quête de drogue ou de thune. Les voir hissés au rang d’icônes romantiques trash, de couple maudit du rock, est en conséquence aussi incongru que si le CA Béglais venait à se hisser en finale de la Champions League sur les deux siècles à venir, collision avec Apophis 99942 ou pas.

En définitive, concluons ce long torrent de récrimination avec ce constat : qu’un catcheur ait photocopié son nom sur son blaze ne devrait même pas nous surprendre, la lie appelle la lie. Et, n’en déplaise à John Ford, quand la réalité est plus bête que la légende, shut the fuck up la légende. Il était temps de remettre les choses à leur place. Faites attention aux conneries.

Sous haute prétention (à propos de CHRISTINE AND THE QUEENS)

Aux chanceux qui ignoreraient qui est (ou qui sont, on en reparlera plus loin) cette Christine & The Queens pour qui sonnent en ce moment les trompettes de la renommée, faisons un bref récap de son CV.  Héloïse Letissier, 26 ans, née à Nantes, ancienne élève de l’Ecole Normale Sup de Lyon. A fait les premières parties de Lily Wood and the Prick, Stromae, The Dø, Woodkid. On voit le positionnement : inoffensif, lisse, sage, bien rangé. Mignonne, mais sans plus ; intelligente, mais sans faire bouger les lignes. L’élève modèle, belle-fille idéale, modeste, bien mise, sérieuse. Chiant.

Ajoutez-y une électro-pop pâlotte, molle à en faire bâiller un escargot de Bourgogne et voilà, vous aurez le profil de ce qui fait frétiller les quarterons confort-mistes urbains et post-branchés, qu’on pourrait appeler bobos si le terme n’avait pas déjà été usé mille et mille fois (et s’il ne rappelait pas, aussi, de sales souvenirs chihuahuaesques circa la canicule de 2003, TMTC). Du post-dépressif pour étudiants en arts et trentenaires ou quadras avides de componction culturelle à ouïr distraitement lors des dîners entre couples. France Moisir, bienvenue au club. Luxe, calme et nullité.

Christine va bien.

Aââârtiste (avec un grand A comme le château de Aaaaarrrrrrggghhh) pour Inrocks et Télérama qui se retrouvent une nouvelle fois à confondre l’or et l’à-peine pyrite (le syndrome Carla Bruni), cette néo-Camille correspond à un créneau musical qui me crispe et m’énerve, celui des artistes féminines qui se la joue inspirées, du conceptuel pour masquer un certain vide. Je me souviens que être tombé sur elle à Ce Soir ou Jamais ; j’avais failli m’étrangler de rire devant sa prestation mêlant musique à la London Grammar et danse contemporaine (comptant-pour-rien). Ne croyez pas qu’elle soit la seule représentante de cette catégorie mêlant intellectualisme factice, transparence charismatique et musique prétenchieuse ; les exemples abondent : Camille, London Grammar, Ariane Moffat, Björk depuis 2000.

Leur recherche nombriliste du détail artisto-chic m’irrite au plus haut point. Regardez une des prestations de Cri-Cri and Ze Couine : c’est maniéré, assez narcissique arty, avec sa danse « oh là là, ma chanson me transporte tellement que je suis obligé de danser par dessus histoire que si vous n’avez pas compris à quel point elle est inspirante, là vous le voyez là, et là vous le voyez ? etc. ». Tout aussi insignifiante soit-elle, une chanteuse du même rayonnage musical comme La Grande Sophie a ce mérite de ne pas sombrer dans le travers susmentionné.

Cette scénographie hypertrophiée fait partie intégrante de son « personnage » ; je ne crois pas que ses chansons seules auraient suffi[1], il faut son petit perso d’illuminée en contact direct avec l’Aââârt pour que cela fonctionne. C’est comme prendre un nom de groupe alors qu’elle est toute seule : un groupe regroupe plusieurs personnes, aussi se recouvrir d’un avatar collectif en tant qu’artiste solo, c’est induire une schizophrénie artistique, une multiplicité des sources d’inspiration, et sous-tendre une créativité et qualité augmentées dans l’esprit du public[2]. Pffff …

Être inspiré, oui, mais c’est à la musique de l’instiller ; nul besoin d’en faire des caisses, de multiplier les poses pour le montrer à tout bout de champ. Ca va, on a compris … Surtout que cette « inspiration » n’est qu’une mise en abîme incroyable car Christine & The Queens, comme ses collègues à l’élégance factice chéries des blogueuses mode, finissent par n’incarner rien d’autre que ces simagrées d’inspiration démonstrative, leur propre personnage contraint à l’autocaricature, le reste – l’essentiel – étant d’une évanescence frisant le translucide.

Si le vertige est bien cette désagréable sensation que l’on éprouve face au vide, alors oui, Christine & The Queens est une artiste vertigineuse.

« N’y a-t-il que dans les crématoriums qu’il y a de la chaleur humaine ? » s’interrogeait Fuzati. Je n’ai pas la réponse mais je foutrais bien l’album de Christine and blablabla au feu.

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[1] A la différence d’un Morrissey au cœur des Smiths, qui, s’il s’adonnait lui aussi à des danses étranges (et un peu ridicules) sur scène, ne faisait pas de ces entrechats vaporeux un enjeu déterminant dans la préhension de son œuvre. Et puis une seule chanson des Smiths, n’importe laquelle, vaut tout le répertoire passé, présent et à venir de Christine and the Queens.

[2] Rien à voir avec un Jackson (and His Computer Band), dont le nom de groupe fictif sert à souligner sa solitude et sa complémentarité asymétrique vis-à-vis des machines et laptops sur lesquels il joue et avec lesquels il compose.

Cold plaie (à propos de COLDPLAY)

(Avant-propos : oui, désolé, ce Ministère de l’Economie aurait dû avoir une autre victime, un « Happy » chapeauté, mais je n’ai pas à l’heure actuelle la motivation pour achever ce texte. Peut-être sera-ce l’Arlésienne de ce blog ; j’espère tout de même avoir la foi de le finir et de le publier ici. Wait and see. En attendant, en voilà un autre qui mérite sa dose de critique bave de crapaud : Coldplay.)

Il y a la débilité des débiles, dont on s’esbaudit, à laquelle on accorde prébendes médiatiques et manchettes moqueuses (là où le second degré équivaut au degré zéro) : Nabilla, Miley Cyrus, etc. Et puis il y a la bêtise ordinaire, qui ne choque même plus, qui fait partie du paysage, ingérée, normalisée. La programmation de 95% des radios FM ? Bah c’est normal, ils passent ce que les gens veulent entendre. Les imbécillités du (bas du) Front National ? Si 20% des électeurs votent pour eux, c’est qu’ils doivent avoir un peu raison. Un nouvel album de Coldplay ? Oh bah quoi c’est bien Coldplay …

Non, Coldplay, c’est non. Un niet net et définitif. Quand on les écoute (mais il n’y a pas que pour eux que c’est vrai), on se dit qu’il y a des chansons, des albums qui gagneraient à faire court[1]. Très court. Très très court. Au bout de zéro seconde, à peu près. Un cold play avant même la première note, la première croche, la première anicroche.

Album après album, Coldplay démontre par l’exemple que faire de la musique, ça peut être comme rouler sur un grand-bi : super casse-gueule. Ils me prouvent également à chaque occurrence (grosso merdo tous les trois ans) que j’échangerai volontiers toute leur œuvre passée, présente et à venir contre le sample du cri de Tarzan par Coldcut. J’en suis persuadé : écouter leurs disques réduit l’espérance de vie. Et la taille de la queue, aussi, tellement ces expédients sont flapis, ramollos, nazes, ineptes. Bon, j’exagère peut-être un peu … Mais peut-être pas.

Car faisons le bilan. C’est quoi, Coldplay ? Des synthés toujours pompiers, jamais pyromanes. Toujours ratés, jamais tarés. Basculant soit dans le sirupeux tire-larmes (tendance « Lily » d’AaRon) soit dans le synth-rock ampoulé et amasse-pognon, à base de hohohoho sur tous les refrains. Plagiant à tour de bras[2] sur « Viva la Vida » avec pas moins de deux vols non déclarés, à Creaky Boards pour la voix et à Joe Satriani pour la mélodie.

Un groupe de mecs un brin parvenus, aussi passionnant qu’une chaise pliante en Formica, qui copinent avec Rihanna sur un single. Une grosse machine qui fait des gros machins pour des gros stades et amasser des gros paquets de brouzoufs dans le gros bouse-ness, le gros shit-stème. Le Genesis du XXIe siècle. Ou, mieux, A-Ha. Un mix des deux, peut-être. Oui, je sais, la comparaison n’est pas valorisante. Mais ça mérite.

Des mecs sains, joyeux, pour qui la musique n’a rien d’un combat vital. Avec un leader végétarien, sosie tout lisse de Hugh Laurie, croyant, straight edge, qui milite pour le commerce équitable et soutiens des gentilles assos caritatives. Chiant comme la pluie. Attention : je ne soutiens pas non plus systématiquement les déglingués qui s’en mettent tellement dans le cornet qu’ils pourraient s’injecter leur propre pisse dans les veines pour fonctionner en circuit fermé et faire des économies ; ni, jamais, les gugusses prenant leurs afféteries bouffonnes pour des preuves de rébellion et d’indépendance artistiques. Mais, aussi bien musicalement que sur le plan de l’attitude, le rock est censé être un genre décoiffant, frondeur, viscéral, insoumis, et voir un premier de la classe tirer les marrons du feu est quelque peu … bah comme Chris Martin, ennuyeux. De toute façon, Chris Martin, lui, perché sur ses millions et sa crédibilité bousillée par tant de faux pas, s’en fout.

Dans l’absolu, que Coldplay existe ne me pose pas de problèmes ; leur synth-rock dégoulinant pour synchros télé ne me donne pas encore (trop) d’envies de meurtre avec retrait préalable et sans anesthésie des cordes vocales, du moins tant que je n’ai pas à supporter leurs méfaits sonores. Mais les voir propulsés sur le devant de la scène, en rotation permanente sur la FM, en synchro à la télé, élevés par certains comme étant le « plus grand groupe de rock mondial »[3] et admiré par beaucoup me laisse, disons, déçu, très déçu.

Comme d’habitude, il faudra aller chercher son salut ailleurs. On a l’habitude.

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[1] Et pas court de tennis, même si il y a Roland-Garros à la téloche.

[2] La différence avec des samples ? Primo, l’emprunt n’est pas échantillonné (ledit échantillonnage pouvant comprendre des modifications, de degré mais non de nature, de l’extrait) mais rejoué et donc fondu et amalgamé à sa création personnelle, déniant l’existence d’un créateur antérieur ; d’autant que, deuzio, l’emprunt n’est pas déclaré et se fait en loucedé, sans contrepartie financière ou nominative pour celui dont on s’est servi d’une partie de l’œuvre.

[3] Ce qui n’est absolument pas un gage de qualité mais bon, certains n’ont apparemment pas été convaincus par l’adage.

Dire GiedRé et puis vomir (à propos de GIEDRE)

La vengeance est un plat qui se mange. Froid, chaud, tiède, peu importe. L’important, c’est les trois points de le miammiamer. Et là, croyez-moi, on va s’en remplir copieusement la panse, buffet campagnard gratos, service jusqu’à-plus faim. Aujourd’hui de la journée de ce jour, je lâche les chiens. Mais, me direz-vous, pourquoi tant de colère et d’aigreur alors les raisins ne sont pas encore là et que l’été se profile avec l’allégresse d’un dauphin en surdose d’endorphine ? Déjà, parce que l’aigreur, ça ravigote et ça me permet, parfois, de tenir debout ; mais surtout, parce que celle qui en sera la victime l’a bien cherché.

J’explique. Un soir d’insomnie, je suis tombé sur un concert de GiedRé que passait France 4. En regardant Gaspard Proust chez Ardisson le samedi précédent, j’avais vu qu’elle y était passée pour faire la promo de son quatrième album MoN PReMieR aLBuM aVeC D’auTReS iNSTRuMeNTS Que JuSTe La GuiTaRe (on en reparlera …). Bref, j’ai voulu voir ce que ça valait ; j’ai été consterné. Facepalm force 12. C’est très loin de la Ligue des Champions, ça joue plutôt la relégation en CFA 2 ; en clair, c’est pas le PSG, mais l’Entente Sannois Saint-Gratien, et encore, pas le meneur de jeu, non, plutôt le troisième gardien.

Moi, devant le concert de GiedRé.

Avec sa voix doucereuse, apparentée à celle de la marionnette des Guignols de Carla Bruni (mais qui aurait eu le cerveau, déjà pas gros, étréci aux capacités d’un passereau), la chanteuse lituanienne débite des insanités sur un ton et avec un minois candides ; des horreurs lyophilisées, enveloppées dans une innocence puérile. Et une musique qui ne l’est pas moins, puérile ; ces gratouillis de guitare semble avoir été composés par une classe maternelle de petite section.

GiedRé, c’est du sous-Anaïs (qui est elle-même une piètre chanteuse) qui forcerait sur le lol pseudo-provoc. C’est Chantal Goya qui parle de sex-toys et de caca. Même une pâquerette naine ferait figure de séquoia à côté de ça.

GiedRé, Oldelaf, La Chanson du Dimanche, toute cette clique de fantaisistes à deux roupies, échouent là où Didier Super ou Sexy Sushi (et Sébastien Tellier si on peut le classer dans cette catégorie) ont réussi : être fous, timbrés, corrosifs, marquants, aussi efficaces musicalement qu’au niveau des paroles, ne pas être d’un conformisme atterrant (Oldelaf chez Drucker, c’est un signe, non ?). Quand on convoque comme influences Pierre Perret et Georges Brassens, c’est que manifestement que le produit n’est pas de première fraîcheur …

Ce sont des Bénabar façon second degré, aussi acides et régressifs qu’un berlingot de lait sucré : c’est super bon quand on a six ans ou moins, mais, passé cet âge, c’est insupportable, écœurant, vomitif.

Du « délirant » pour quadras avec enfants et crédit à 12% sur 25 ans. Des textes faussement drôles, vraiment tocs, vraiment crétines, axés seulement sur le sexe et le scato, sur une musique bâclée ne servant que d’arrière-fond à ses élucubrations humoristiques qui me laissent de marbre de Carrare. Quand ce n’est qu’au quatrième album qu’on découvre que, ô magie, il est possible de faire de la musique avec autre chose qu’une guitare en bois, c’est que, clairement, la musique n’est pas l’axe prioritaire.

giedréarnaque

Sois gentil, petit gribouilleur, laisse Sex Pistols (et pas LES Sex Pistols) en dehors de ça. Ils ne méritent pas une telle infamie.

GiedRé, c’est la dérision très dérisoire, la musique sans importance. Et la musique, c’est important, c’est capital, c’est vital. Je déteste GiedRé.

D’aucuns diront peut-être que GiedRé n’est pas à juger sur des critères musicaux mais humoristiques. Mais, non, je récuse cet argument. Déjà, parce que, niveau drôlerie, ce n’est pas tip-top niveau, mais surtout parce qu’à partir du moment où, en sortant des albums, on exploite le médium musical, il est nécessaire d’évaluer la production du point de vue de l’apport à la pop et non plus seulement de la gaudriole sans impact durable. Etonnant d’ailleurs cette propension des humoristes à vouloir conquérir le champ musical, depuis les Charlots jusqu’à Sébastien Patoche en passant par Michaël Youn, les Inconnus*, le Palmashow, Elie Sémoun, Patrick Timsit, Patrick Sébastien, Cauet ou Lagaf’. Philippe Katerine, qui a presque fait le chemin inverse, s’est perdu** en en faisant des caisses dans le côté délirant (son dernier album, Magnum : trois bonnes chansons et le reste ultra-soûlant dans sa rengaine électro-lubrique surproduite et sous-inspirée). Humour et musique, le mélange est délicat, périlleux. Si même les pas très finauds de Rire & Chansons prennent soin de distinguer le rire et les chansons, c’est peut-être qu’il y a une raison à cela. En tentant de faire l’inverse, GiedRé montre, à ses dépens, l’extrême difficulté de l’exercice. Pour un Didier Super vraiment super, combien de GiedRé indigérables pour lesquels second degré équivaut à degré zéro ?

Donc …, GiedRé, une suggestion pour ton prochain album ; appelle-le MoN PReMieR aLBuM où Je FaiS PaS La MaLiGNe CaCa-PRouT eT où Je Joue VRaiMeNT De La MuSiQue***. Ça serait pas mal. Quoique : est-ce qu’on a vraiment besoin de toi ? A toi de nous le prouver. Je doute fort que tu ne le veuilles, sinon que t’y parviennes. A chacun sa lit(u)anie.

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* Les Inconnus qui, rappelons-le, ont obtenu quatre Victoires de la Musique. Merci la musique en France.

** Car s’il sait encore sortir de temps en temps quelques bonnes chansons comme « Sexy Cool », « Les Dictateurs », « Amiami », « Louxor J’Adore », sans compter toutes celles de ses débuts où, fauché, son inspiration était riche (le contraire d’aujourd’hui, quoi), il faut se rendre à l’évidence : sans déconner, qui, QUI peut écouter (sauf au vingt-huitième degré, chose que je me refuse à faire) « La Banane », « 100% V.I.P », tout l’album 52 Reprises dans l’Espace, une très grande partie de Magnum. Personne. Ou personne ne devrait, en tout cas.

*** Je reprends ses us d’écriture, consonnes en majuscules et voyelles en proportion de son talent, minuscules.

Stromae aïe aïe (à propos de STROMAE)

Il est partout. Partout partout ? Partout partout partout. Stromae sur les radios FM, Stromae en boîte de nuit, Stromae au supermarché, Stromae dans l’iPod de ta petite sœur (sinon dans le tien), Stromae dans ta tête, Stromae chez Michel Drucker, Stromae en une des Inrockuptibles, Stromae aux Victoires de la Mouisique (où, à n’en pas douter, il recevra une semi-remorque de récompenses), Stromae dans le Top iTunes, Stromae adulé à la fois par Télérama et Télé 7 Jours, playlisté par Le Mouv’ et NRJ. Faut-il se réjouir d’une telle euphorie ? Non, bien sûr que non, dussé-je m’exposer aux foudres de la vindicte populaire*. Pourquoi ? Attendez, ne soyez pas si impatients, j’y viens, j’y viens …

A la différence d’un Daft Punk qui a réalisé un sorte de concorde mainstream de bon aloi APRÈS avoir engendré des albums clivants mais terrassants (les happy fews qui ont aimé et ne connaissent de Daft Punk que « Get Lucky », écoutez Homework, ça va vous changer !), Paul Van Haver, aka Stromae, a réussi à créer une unanimité incroyable autour de lui sans avoir fait grand-chose avant ; inutile de se voiler la face telle une musulmane intégriste : excepté le single « Alors on danse », quelqu’un avait-il entendu vraiment parler de son album Cheese et/ou des chansons** qu’il contient ?

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Stromae a vendu 1,5 millions d’albums de Racine Carrée.

Le vrai problème avec Stromae, c’est qu’il n’a aucun intérêt, aucune profondeur où aller creuser. C’est le rappeur que même ta grand-mère aime. Il est BCBG (rien à voir avec le CBGB …), produit de la multiculturalité, aimant la langue française et la famille, un mec au look inoffensif de geek facétieux sorti d’une pub pour baume d’après-rasage, avenant, gentil, sage, obamaesque, sympa sans doute. Sauf que. La musique n’est pas un concours de celui à qui sera le meilleur gendre idéal, l’apôtre de la consensualité. Ou bien Lou Reed, Oasis, Billy Corgan, Marc Bolan, Iggy Pop, Bowie, et bien d’autres encore, n’auraient aucun droit de cité (on n’aurait pas trop eu de regrets pour Oasis …). Mais revenons à notre ami Stromae. Il est lisse, parfait pour l’achalandage dans les Fnac et l’exposition télévisuelle, parfait comme produit, mais en tant qu’artiste, avec des rugosités, des ambitions, des prétentions, il n’y a plus personne.

Son rap-dance-variété immédiatement ingérable se situe à la jonction parfaite des beaufs et des hypes. Les hypes croient se réconcilier avec les masses ; les masses se trouvent un illusoire moyen de capter des miettes de branchitude. Tout le monde est gagnant. Tout le monde se rue dessus : Racine Carrée s’écoule à plus d’1,2 millions d’exemplaires en France. L’entropie favorise l’exagération. Voilà Stromae qualifié d’« artiste génial », de « sauveur de l’industrie du disque », de « nouveau Brel » …

Brel, que Rhume déglingue dans son réquisitoire anti-vaches sacrées de la variété francophone, « BBF Expulsés » : « Et l’âne bègue, l’âne belge … Marcel a froid parce qu’il est mort. Tu veux des nouvelles ? Après un gros Alzheimer, Madeleine se chie dessus. Ce sont tes enfants qui la changent. Alors là, bravo. … A un moment ou un autre, la langue que je parle sera une langue morte. »

Brel. Référence poussiéreuse. Et hors-de-propos, comme le prouve ce graphique.

  stromae-brel-graph

Sondage réalisé sur un échantillon absolument pas représentatif d’une personne, réalisé par métacognition intrapersonnelle cinq minutes avant de commencer à pisser de la copie dans un violon rédiger cet article.

Hormis sa nationalité (belge) et son domaine d’expression (la chanson), Stromae n’a rien en commun avec Jacques Brel. Brel est un expressionniste de la chanson francophone (il chante moins qu’il ne narre et ne joue), il n’a rien de pop. Et surtout, quand bien même ce ne serait pas votre came sonore (c’est mon cas), il est criant d’évidence, criant à en faire éclater vos tympans, que Brel écrivait cent mille fois mieux que la brêle Stromae et ses rimes indigentes (formidable/fort minable : ce jeu de mot à la manque, vraiment ? Qui plus est pompé sur « For Me, Formidable » d’Aznavour, bonjour la deuxième source d’inspiration pulvérulente …)

Certes, la pop ne doit pas se réduire à des paroles, bien ou mal écrites. Certes, même les Beatles ont eu, surtout à leurs débuts, des lyrics niaises et limitées qui pourraient passer pour des extraits de méthodes Assimil (« She Loves You », « Love Me Do », « Hello, Goodbye » …), et des guirlandes de filles qui, je pense, n’entravaient pas grand-chose à la musique en elle-même. Mais ils étaient novateurs, créaient des chansons incroyables, qui s’écoutent aujourd’hui avec le même plaisir non dissimulé. Alors que Stromae, même bardé de sa multi-rotation massive sur les ondes, n’obtiendra sans doute qu’une postérité et une légitimité musicales aussi grandes que celles qu’ont aujourd’hui Yelle, Diam’s ou MC Hammer, avec la lourdaude « Papaoutai » (où c’est l’auditeur qui est l’empapaouté), la diatribe en toc « Formidable » (avec son clip de biture fake créé pour appâter le buzz ; il n’est même pas capable de vraiment se mettre une mine) ou « Tous les Mêmes » au gimmick de cuivres tapageur et au clip s’en allant piquer des idées à Sim. Je ne parle même pas d’« AVF », où Stromae invite en featuring Maître Gims, le demeuré homophobe aux 2,8 millions de fans sur Facebook (bordel, c’est 800 000 de plus qu’Arcade Fire !) : no comment.

Référence musicale absolue d’un public que la musique n’intéresse pas (les mêmes qui vont écouter Fun Radio, Sébastien Patoche, Zaz ou Martin Garrix l’instant d’après), consacré par tous au-delà des clivages traditionnels de goût, Stromae, dont je ne critique pas l’intelligence*** ou la personne mais seulement la musique et les réactions d’enthousiasme exacerbé (et injustifié) afférentes, ne mérite ni l’excès d’indignité que je lui fais ni l’excès d’honneur dont on l’a lauré ; son disque est pas mal pour de la variété francophone, médiocre si on le sort de ce domaine pour le considérer dans un ensemble musical plus vaste. Mais devant les louanges omniprésentes adressées à Racine Carrée, je me dois de jeter le bébé avec l’eau du bain. Histoire qu’il ne puisse plus chanter « Papaoutai ». Stop.

Economie : les trois heures et demie que durera la cérémonie des Victoires « Stromae » de la Musique + un beau mal de crâne quand vous essaierez de faire sortir ces chansons balourdes désormais imprimées dans votre crâne.

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* Car oui, il y a énormément de monde qui consulte ce blog … #MéthodeCoué

** Dont pourtant huit (!) sur douze sont sorties en singles.

*** Accordons-lui quelques bons points pour ses prises de positions louables, comme récuser la comparaison avec Brel ou rejeter la proposition d’intégrer la troupe des Enfoirés.

Bête Fauve (à propos de FAUVE)

Histoire de bien commencer ce blog, ainsi que cette rubrique « Ministère de l’Economie » placée sous l’égide du Poubelloscope et d’Oscar Wilde (« Plus de la moitié de la culture intellectuelle dépend de ce qu’il ne faut pas lire »), un premier article pour se mettre à dos la moitié, au moins, de ceux qui le liront … (estimation TNS/BVA/Sofres/Pifomètre/Doigt-dans-le-cul-du-coq)

Non, le nom de Fauve ne vient pas de Fauve Hautot, la seule à avoir tiré un brin de notoriété de « Danse avec les Stars », cette émission ayant permis à près de six millions de gogos téléspectateurs de Télé-Béton d’admirer les déhanchements de Marthe Mercadier et Laurent Ournac sur du cha-cha ou de la salsa. Non. Cette appellation animale émane plutôt du film « Les Nuits Fauves », pellicule réalisée en 1992 par Cyril Collard (Noir Désir émarge à la bande-son) et propulsée référence générationnelle de la jeunesse Sida-native. Voilà un point commun entre Fauve et « Les Nuits Fauves » : l’engouement et l’aspect générationnel jeune.

Car, si en 2013, année blockbuster musicale*, un groupe français a éclos par chez nous – plus que La Femme, Aline, Granville ou Pendentif –, c’est Fauve. Sans même sortir d’album (lequel sortira le 3 février prochain), juste avec un simple EP de six titres. Et une stratégie marketing anti-marketing très efficace : anonymat, communication massive via les réseaux sociaux et un logo simple et duplicable (à la Justice) : ≠ (pompé sur celui du groupe indus-noise NON, émanation du plus-que-trouble** Boyd Rice), oui le signe même de l’inégalité. Et en effet il y a concernant Fauve une inégalité, entre l’emballement médiatique auquel est sujet le groupe – couv’ de Tsugi, des Inrocks, etc. – et la qualité de leur travail.

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Pour ceux qui ne situeraient pas, « l’armée des ombres », c’est un des surnoms de la Résistance Française. Tsugi a vraiment le sens de la mesure … (un groupe de cinq = une armée, vraiment ?)

Extrait de leur site Internet : « FAUVE a démarré courant 2010, par l’écriture de chansons issues d’un besoin commun et urgent de vider le trop-plein avec le moins de contraintes possibles. D’où le français, d’où les textes, d’où le spoken word ». Traduction : le son on s’en fout, on met les textes en avant, et ces textes ça sera un peu n’importe quoi, du moment que ça fait « cri de la jeunesse désespérée mais sympa qui veut s’en sortir dans cette vie trop pas juste ». Résultat ? Des paroles semblants tout droit sorties – Ctrl+C / Ctrl+V – de n’importe quel Skyblog d’adolescent en mal-être*** – d’adolescent, donc –, monologues démagogues juste ce qu’il faut, épanchements geignards se prenant pour des harangues insoumises d’écorchés vifs.

Aucune critique dans ces textes, juste un dégoisement narcissique qui confère moins à de l’art qu’à une thérapie, moins à la révélation d’une facette radicale de réalité que dans la verbalisation de sentiments latents sensée être communs, de manière évidente, à Fauve comme à l’auditeur, celés dans l’embrouillamini du mal-être et de l’engoncement existentiel.

L’auditeur n’est pas conçu comme une personne à part entière, autonome et potentiellement différente, mais comme un autre soi, avec des perceptions, des émotions, des ressentis, des ressentiments exactement semblables. Quelqu’un qui a besoin d’aide, qui halète comme un poisson hors de l’eau, qui a besoin d’une vide-sac émotionnel. Cette manière de dire « tu » pratiquement à chaque ligne, cette manière de se considérer comme « une porte ouverte jour et nuit, une épaule et une oreille ». Fauve, le rap d’étudiants en licence de psycho, Damien Saez (le côté « révolté de la vie battu par les flots de l’existence ») meets 1995 (le rap old school de jeunes sans aspérités) sous le patronage de SOS Amitié. Fauve, c’est un groupe qui se conçoit communauté (« FAUVE c’est qui veut. Et si ça se trouve demain on sera nombreux »), avec une égalité factice entre les membres du groupe et ceux qui l’écoutent, du fait de la revendication commune, arborée à la boutonnière, d’une angoisse de teenager mélodramatique, Les Fleurs du Mal sur la table de chevet. C’était initialement un « projet intime à usage thérapeutique » (dixit Les Inrocks), « toutes les séances de psy que t’as pas » (dixit eux-mêmes) : super, tant mieux si ça a été concluant, si ça leur a permis, mieux que l’alcool et le Prozac®, de s’extirper de leur bulle de « blizzard » mais, nom d’un Bulbizarre en rut, veuillez ne pas encombrer les ondes outre-mesure après cela****.

Fauve tresse une ode à la loserie gentillette des étudiants bancals et poètes, bref, il brosse l’auditeur dans le sens du poil, lisse, jamais poil-à-gratter. Mais à trop se regarder écrire, à trop écouter l’écoulement de leurs paroles, Fauve oublie de perforer, d’être incisif, mordant. « Haïr la haine », c’est mignon tout plein, mais ça n’aide pas, ici, à écrire de grands morceaux ; ni dissonance, ni exaltation, juste une plainte qui se veut impérieuse, périlleuse, précieuse, mais qui n’est que piteuse, piteuse de conformisme. Une prose rassurante, facile à entendre, faussement rebelle, qui donne raison à celui qui l’écoute. Nous sommes des martyrs de la vie, mais on va s’en sortir car nous sommes magnifiques, « et puis comment l’univers il ferait sans [toi] ? ». Où est la causticité, le percutant, la subtilité, le fantastique, la fascination ?

A la différence d’autres artistes et groupes faramineux du même rayon musical (rap blanc, post-rock, spoken word) – du plus fantasque au plus plombé : Stupeflip, NonƧtop, Rhume, Klub des Loosers, Diabologum, Programme – Fauve, qui a un succès populaire sans commune mesure avec ce sextette de formations émérites que je viens de name-dropper, n’arrive jamais à créer l’étincelle susceptible de transmuter leur prolixité verbale en réquisitoire assassin, en tuerie sonore ; ce Fauve-là, ce Grand CORP Malade, a les griffes et les crocs émoussés par trop d’affèteries irritantes.

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Depuis la fin de Yu-Gi-Ho! (et de Kyo ?), Yûgi s’est reconverti en parolier pour Fauve.

Ces laïus, dignes d’un épisode de « Plus Belle la Vie » sous amphétamines, sur le pouvoir de l’amitié, ce genre de trucs, ne sont que la partie émergée d’une redondance des thèmes, de la manière de les traiter et de la façon de les musicaliser. On peut appeler ça une cohérence ; ça s’apparente surtout à une rengaine. Cette voix étranglée, surjouée, débitant des monologues maladroits mélangeant des propos d’une banalité niaise et des tournures incongrues (« beau comme une comète » ?), saupoudrées de quelques insultes pour tenter d’ajouter un surplus d’intensité et d’énergie, procédé qui souvent tombe à plat, autant que la batterie demi-molle et l’atonie de cette guitare qui n’a d’électrique que le nom. Avec, en arrière-fond permanent, cette posture de lettré romantico-toc, de gentil révolté, liquette à l’effigie du Che ou de Kurt Cobain sur le dos comme il sied à tout bon insoumis docile du siècle 21.

Les deux albums de Klub des Loosers (je mets de côté l’album instrumental sorti l’an dernier, qui est à part) se nomment « Vive la Vie » – intitulé ô combien ironique – et « La Fin de l’Espèce » ; celui de Fauve s’appelle « Vieux Frère ». Toujours cette manie de Fauve de vouloir prendre l’auditeur, d’autorité assimilé à un semblable dont il nie l’éventualité d’une différence (je l’ai déjà dit ça, non ?), par l’épaule, sur le mode compassionnel. Je préfère encore la misanthropie de « Baise les Gens ». C’est moins hypocrite et, musicalement, c’est cent fois au-dessus de Fauve.

Conclusion : nique sa mère l’album de Fauve, va te faire enculer ! Tu croyais m’avoir ? Surprise, connard !

Et, une dernière chose, à ceux (je pense à vous, groupies de Fauve, équivalents franco-chic-estudiantins des OneDirectioners) qui objecteraient : « C’est quoi cette phrase de fin bidon, franchement t’es juste un minable hater frustré de merde ! », je vous répondrai, d’une, que je vous prie de rester poli, et que, de deux, cette phrase je l’ai modelée à l’exemple de celles éployées par Fauve (qui peut). A chacun ses maux.

Economie : la quinzaine d’euros que coûtera l’album + une désillusion quand la baudruche de cette farce hype-hop simili-collectiviste se sera dégonflée façon Wu-Lyf.

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* Daft Punk, The Strokes, Kanye West, Beyoncé, Arcade Fire, Primal Scream, Depeche Mode, Phoenix, MGMT, David Bowie, Arctic Monkeys, My Bloody Valentine, Bertrand Cantat (avec Détroit), Eminem, Stromae, Etienne Daho, Vampire Weekend, et bien d’autres encore, y’en a eu dans tous les sens et pour tous les goûts.

** Eglise de Satan et ambiguïtés néo-nazies, ce genre de joyeusetés …

*** http://www.lesinckors.com/fauve-accus%C3%A9-de-plagiat-par-la-communaut%C3%A9-skyblog

**** « A notre âge, c’est presque gênant de dire qu’on joue dans un groupe de musique. C’est un peu ringard même. Il y a des gens qui construisent des projets de vie, qui se marient, qui ont des enfants. » Oui, ils ont vraiment dit ça … (soupir)