Jehan le Brave adapte des refrains de tubes un peu nazes avec moult tournures moyenâgeuses

Jehan le Brave se présente comme le Dauphin de France, et gazouille sur Twitter en observateur décalé de la vie 2014. Avec sa syntaxe de l’an de grâce 1404, il multiplie les vignettes amusantes. Le musical n’échappe pas à sa moulinette temporelle. Lorsqu’il s’attaque aux paroles de tubes disons, euh, un peu limités, ceux-ci en ressortent transfigurés, presque propres à être déclamés par un trouvère. Mirez doncques icelle fantaysie.

  • France GALL – « Il jouait du piano debout »

  • RIHANNA – « Diamonds »

  • Julien CLERC – « Cœur de Rocker »

  • Gilbert MONTAGNÉ – « On va s’aimer »

  • Francis CABREL- « Petite Marie »

  • Claude FRANCOIS – « Le Lundi au Soleil »

BONUS

  • Le moonwalk

  • In Utero de Nirvana

La première photo du Web fut celle d’un girls-band suisse chantant la physique des particules

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A chacun ses Spice Girls.

Vous avez sous les yeux la première photo uplodée sur la Toile. Quatre meufs détourées à la truelle sur une antique version de Photoshop, collées sur un dégradé bleu ciel, au-dessus desquelles s’affiche en kitschissimes lettres fuchsia le nom de leur groupe, Les Horribles Cernettes. Un nom horrible, effectivement, mais aussi un jeu de mots double[1] portant sur le canevas de ce girl-band insolite : le CERN.

Oui, le CERN. Le laboratoire du Conseil Européen de la Recherche Nucléaire, consacré à la physique des particules. Autant dire que ce n’est pas là, aux environs de Genève, dans ce haut lieu de la physique expérimentale, qu’on s’attendrait à trouver des groupes pop. C’est pourtant ici qu’Angela Higney, Michele de Gennaro, Colette Marx-Nielsen et Lynn Veronneau ont créé en 1990 ce groupe pop parodique.

Cela dit, que peut chanter un groupe issu du CERN ? Eh bien, les activités du CERN. Dans leurs textes (en anglais), Les Horribles Cernettes multiplient blagues de scientifiques et références pour initiés, à la manière des premières chansons d’Evariste. Après un premier morceau, une ballade racontant la solitude d’une femme de physicien délaissée par un mari trop (é)pris par son travail, Les Horribles Cernettes s’en donnent à cœur joie : rock’n’roll sur le boson de Higgs, doo-wop sur les trous noirs et l’antimatière, morceau à la gloire du Web (déjà !), tout y passe. Le groupe se taille une jolie réputation en interne, allant jusqu’à donner représentation à l’Exposition Universelle de 1992 ainsi qu’aux bombances entourant la remise du Prix Nobel de physique à George Charpak la même année. Pour jouer les mascottes du C.E., avouez que les milfs helvètes auraient pu tomber sur pire.

Tout cela est bien sympathique, me direz-vous, mais quel rapport avec Internet ? On y arrive, doucement … Une personne va faire le lien : Tim Berners-Lee, qui bosse au CERN sur un réseau balbutiant de son invention, baptisé World Wide Web. Rien de moins que l’invention qui va bouleverser nos existences d’hominidés du XXIe siècle, dont Berners-Lee crée tous les fondements (code HTML, adresses URL, requêtes hypertextes HTTP, navigateur Web, etc.). Le gars balaise, en somme.

En juin 1992, après un spectacle donné par le quatuor, Berners-Lee demande à son collègue Silvano de Gennaro, compagnon d’une des LHC, de lui refiler des photos scannées des Cernettes « pour, raconte De Gennaro, les publier sur une espèce de système d’information qu’il venait d’inventer, et qu’il appelait World Wide Web. Je n’avais qu’une idée nébuleuse de ce dont il s’agissait, mais je lui ai scanné ses photos sur mon Mac et les ai envoyées par FTP. Comment aurais-je pu savoir que j’étais en train de franchir un cap historique, puisque la photo en question fut la toute première image d’un groupe à se faire cliquer dans un navigateur web ! ». En effet, en -6 avant Google, comment eût-il pu deviner le caractère pionnier de son geste ? « Le Web dans les années 1992-93 était uniquement utilisé par des physiciens, renchérit De Gennaro. Je lui a[va]i[s] demandé : “pourquoi veux-tu mettre une photo des Cernettes? Le Web c’est juste du texte”, et il m’a[vait] dit : “Non, ça va être marrant”. »

Prémonitoire. En tout cas, désormais vous le saurez, avant les gifs, les mèmes, les chatons trop kawai, les popotins qui « break the Internet » et YouTube premier média audiovisuel du monde, avant même que le Web ne passe dans le domaine public (ce sera fait le 30 avril 1993), les premières reines des Internets venaient de Suisse et s’appelaient Les Horribles Cernettes. Que la chose soit dite et bien dite, concluerait Organ l’Homme-Goujon.

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[1] Les lettres L.H.R, initiales de Les Horribles Cernettes, sont aussi l’acronyme du Large Hadron Collider, accélérateur de particules dont la construction fut validée en 1994 mais qui ne fut opérationnel en 2008. Malgré ses délais de livraison et son coût dignes du Chinese Democracy de Guns & Roses, le LHR fut, à l’inverse de l’album des gugusses d’Axl Rose, une réussite puisqu’il a permis en 2012 de révéler l’existence du boson de Higgs. Quant au terme de « Cernettes », il renvoie évidemment au CERN.

Pour certaines personnes, les Beatles n’ont tout simplement pas existé

Vous pensiez que les fumeuses théories autour des pseudo-indices révélant la supposée mort de Paul McCartney étaient le summum du conspirationnisme appliqué à la sphère musicale ? Raté. Car un site Internet, judicieusement baptisé The Beatles Never Existed, vient exploser les compteurs en la matière. Il affirme, rien de moins, que ni McCartney, ni Lennon, ni Harrison, ni Ringo Starr n’ont existé. Aucun des quatre. Les Fab Four ne seraient qu’une affabulation et, loin d’être un quatuor, aurait en fait été composé de sosies interchangeables. Hum hum.

Se basant pour appuyer leurs supputations sur d’hasardeuses comparaisons photographiques censément démontrer des disparités de taille, d’oreilles, de dents et de couleur d’yeux, ces loufoques déjoueurs d’intrigue font une formidable preuve des merveilles que permettent les biais cognitifs, la suspicion généralisée ainsi que le formidable potentiel de mise en relation des hurluberlus paranoïdes de tous poils que cèle, entre autres propriétés, Internet.

D’ici à ce que certains affirment que ces faux Beatles soient des Illuminatis à la solde d’un complot extraterrestre, il n’y a qu’un pas, un pas que, je n’en doute pas, certains franchiront sans sourciller avec l’option entrechats gracieux pour le même prix. Il suffit pour s’en convaincre de regarder Alien Theory ou un discours de Sarkozy pour noter que la bêtise Homo Sapiens est un puits sans fond.

Un hasard ? Non, je ne crois pas ...

Un hasard ? Non, je ne crois pas …

Heureusement que, faux (haha) ou vrais, les chansons des Beatles n’ont rien d’illusoire. Mais, maintenant, la vrai question c’est surtout : et les Rutles alors, on en fait quoi ? Ils n’ont pas le droit à leur petite théorie eux aussi ? Ou bien faudra-t-il qu’Eric Idle s’y colle ? Mais niveau drôlerie, il va falloir qu’il égale ces « vrais » chasseurs de conspiration ; et vu comment ils ont mis (involontairement) la barre haut, ce n’est pas gagné … *tirage de langue*

Dee Dee Ramone a sorti un des pires morceaux rap de tous les temps (mais il se foutait de votre avis)

Les années 80 ont été rudes pour les Ramones. Ecoutez Subterranean Jungle pour vous en convaincre. Sinon, le reste a pas été joyeux non plus, entre single produit par Dave Stewart (le gars de Eurythmics !), cures de désintox, multiples changements de line-up et, ultime craquage de câble, ce morceau solo de Dee Dee Ramone qui atteint des sommets d’improbable.

Explications de Dee Dee ? « A la fin des années 80, j’ai vraiment été absorbé par le rap, raconte-t-il à Technikart en 1994, cinq ans après les faits. Il y avait de la fraîcheur là-dedans, de l’attitude, le truc qui claque, quoi, et qu’on avait déjà tendance à perdre avec les Ramones. Alors, j’ai fait un album solo de rap. Il n’a pas marché. Mais je continue à écouter du rap. J’adorerais faire un morceau avec ce Snoopy Dog (sic) ! J’adore ses textes : la rue, quoi ! Mais je crois qu’il se foutrait de moi. »

Il y aurait effectivement de quoi. Voir le punk-rockeur singer la gestuelle hip-hop est aussi touchant qu’embarrassant, tant cette conversion premier degré (Dee Dee Ramone est devenu Dee Dee King pour l’occasion) est consternante. « Funky Man » s’apparente, quelque soit le bout par lequel on le prend, à une catastrophe : clip, voix, flow, production, instru, crédibilité, rien ne va, rien de chez absolument rien. Usez du bouton play sur la vidéo généreusement fournie par TonTube (ô joies de la véhef) pour constater les dégâts. Attentions les yeux et les oreilles ; il faudra peut-être vous les nettoyer avec de l’alcool à 90°.

Dee Dee se rétracte-t-il ? No way. Les glaviots recueillis après cette, euh, chose devant lui rappeler les grandes heures punk du CBGB, le voilà désormais qu’il se pointe aux concerts des Ramones attifé d’un attirail 100% rap, grosses chaînes en or au cou. Incompréhension générale dans la faune punk. Rien à foutre, trouvant les Ramones coincés dans un immobilisme néfaste, Dee Dee continue à incarner Dee Dee King.

Il persiste donc en sortant un LP complet, Standing in the Spotlight. Chassant sur les terres rap mais aussi punk et pop, cet album, malgré quelques chansons mal dégrossies mais écoutables (« Emergency », « German Kid ») et le renfort de deux Blondie (Debbie Harry aux chœurs et Chris Stein à la guitare), sera lui aussi un four monstrueux. Enfin conscient d’être totalement à côté de la plaque, Dee Dee retournera alors dans le giron Ramones jusqu’à la séparation du groupe en 1995.

Coluche flippant

Quand on évoque Coluche, la rengaine est toujours la même : ha ha ha les sketches, la présidentielle de 81, les panouilles ciné puis Tchao Pantin, oh le samaritain des Restos du Cœur, vroum la moto, boum le camion, snif snif on regrette tous qu’il soit parti, ah là là il était irremplaçable et il nous manque. Oui, mais pas que. Coluche c’était aussi l’héroïne, les armes à feu[1], la beaufitude.

Dans le même genre de trucs occultés, il y a ce clip du chanteur syrien Ahmed Fakroun. Sur ce morceau, sorti en 1983, entre guitare funky et sonorités orientales, clippé par Mondino, Coluche apparait loin du personnage rigolard à salopette qui campe d’ordinaire. On le voit affalé dans un fauteuil, vêtu d’une tenue de marin homo, le visage mâché et les traits tirés, fumant hagard devant une télévision à l’image brouillée. Le Coluche des périodes sombres.

Clip étrange, chanson quelconque, Coluche malaise.

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[1] Le fusil 22 long rifle avec lequel s’est suicidé Patrick Dewaere en juillet 82 était un cadeau de Coluche, son ami, qui venait de lui piquer sa femme.

David Bowie à Soul Train

A une époque (le milieu des années 70) où la césure entre musiques noires et musiques blanches était aussi marquée que la distribution des pièces sur un échiquier, voir David Bowie dans Soul Train, l’émission US reine de la soul et de la funk, revêtait des allures d’évènement symbolique conséquent.

Et ça, David Bowie le sait. En ce début d’année 1975, il vient de sortir Young Americans, dont le single « Fame » coécrit avec John Lennon est numéro un aussi bien en Angleterre qu’aux Etats-Unis. Après la période glam-martienne surmaquillée de Ziggy Stardust/Aladdin Sane et avant la trilogie berlinoise, Bowie livre une funk visage pâle, davantage rigide que celle d’un George Clinton, mais qui le rend légitime à figurer dans Soul Train (on n’en aurait pas dit autant avec « Life on Mars ? »).

Au top artistiquement (les seventies sont sa décennie), Bowie traverse des affres pas très jojos dans sa trajectoire extra-artistique. Pâle et émacié comme un rescapé de Dachau, les narines tapissées de coke, rongé par la paranoïa et la névrose[1], le presque Thin White Duke n’a pas exactement le pedigree d’une égérie de la santé publique. Plutôt celui d’un scary monster tel qu’il les chantera en 1980.

En plus de cela, pétrifié par le trac, Bowie s’est enfilé quelques doses d’alcool pour dissiper la tension. Suffisant pour être un peu atteint, ce qui rend sa synchronisation labiale hésitante sur le play-back de « Fame ». Mais pas assez pour anéantir l’allure fière de Bowie, pas assez pour gâcher ce moment.

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[1] Quand tu en es au stade où, en pleine crise de panique, tu appelles ton ex pour lui dire que tu es kidnappé par des sorcières qui veulent te voler ton sperme pour s’auto-inséminer, c’est que tu as fait péter les critères d’admissibilité en HP.

Démerdez-vous avec ça …

Le réalisateur David Lynch (qui a aussi fait quelques incursions dans la musique) se tape une belle petite réputation de génie créatif mais aussi de mec cintré dont on a du mal à suivre les cheminements de pensée, logique ou imaginaire.

En 1984, il réalise l’adaptation filmique de Dune[1], la foisonnante saga de science-fiction signée Frank Herbert. Une adaptation qui entretient un rapport particulier avec la musique pop-rock FM 80’s.

D’une (Dune, haha), c’est Toto qui signe la bande originale. Etonnamment, Toto ne salope pas le tout comme on pourrait s’y attendre au vu de leur calamiteuse discographie. Etonnant, n’est-ce pas[2] ? Déjà, rien que pour ça, Dune est, ses qualités cinématographiques mises à part, un film qui vaut le visionnage.

Et de deux, le rôle de Feyd-Rautha Harkonnen (si c’est pas un nom qui claque, ça !) est joué par Sting. Oui oui, Sting, le chanteur de The Police. Et attention, pas vraiment le Sting correspondant à l’image que vous vous en faites. Bon, déjà, il est roux. Faut croire que même en l’an 10191, les poils-de-carotte n’ont pas une super cote (les Harkonnen sont les méchants).

Mais surtout, dans une scène complètement gratuite, il apparaît face caméra avec un slip-oiseau bleu aux ailes déployées. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien. Ce qui est en revanche certain, c’est que vous ne verrez plus jamais (JAMAIS) Sting de la même manière dorénavant.

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Slip.

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[1] Le film culte du Fossoyeur de Films, un gredin de youtubeur à la pelletée du meilleur aloi dont je ne peux que vous recommander les remarquables vidéos.
[2] Peut-être l’influence de Brian Eno, qui a aussi participé à cette BO.

Rep à ça, Aphex Twin

Internet n’aime pas trop qu’on le chatouille, et quand c’est le cas, il réagit. Exemple.

Aphex Twin, zicos tellement respecté (à juste titre) par une frange de nerds hardcore que ceux-ci ont réussi dernièrement à déterrer un album que le gusse avait publié sous le manteau en 1994 et à le dupliquer à partir d’une copie originale rachetée grâce à un crowdfunding, bref, Aphex Twin donc, qui n’a pas publié d’album depuis Drukqs en 2001, a montré le bout d’une oreille. A sa manière ; à la manière aussi de ce qu’avait fait l’an passé Daft Punk, Boards of Canada ou Arcade Fire.

L’opération de street marketing évènementiel, pour annoncer le retour aux affaires de Richard D. James (nouvel album, Syro, à paraître avant la fin de l’année) s’est matérialisée sous la forme d’un dirigeable vert, estampillé du logo d’Aphex Twin, qui a plané le 16 août dernier au-dessus de Londres. A cela, il faut ajouter quelques graffs dudit logo repérés à Londres et New-York.

Devant l’effervescence (relative) créée par cette apparition, des petits plaisantins ont saisi la balle au bond, en allant trouver des signaux publicitaires d’Aphex Twin jusque dans leur assiette. Ou quand les internautes refont la com’ à leur sauce.

https://twitter.com/downliners_sekt/status/500991383847862272

Punk (s)old(es) school

Début août 1977, le deuxième (et dernier) festival punk de Mont-de-Marsan, à l’affiche incroyable[1], envoie le bois dans son fanzine (à consulter dans son intégralité ici).

mont-de-marsan-punk

Un T-shirt qui claque ! Et celui-là je ne pense pas que vous pourrez le trouver à H&M, soldes ou non … Do it yourself, yeeee-ha !

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[1] The Clash, The Damned, The Jam, The Heartbreakers, The Police, Marie & les Garçons, Bijou figurent au line-up. Une affiche si impressionnante que même le journal d’Antenne 2, alors présenté par un Gégé Holtz qui n’a pas encore filé le train de Bernard Thévenet, ira de son petit reportage (dont voici le lancement).