Top 10 des chansons du dimanche

Chacun a ses souvenirs de dimanche. Ceux passés à ronquer jusqu’à midi, ceux qu’enfant on sentait agoniser doux-amer au son du générique de « Ça Cartoon », ceux qui ne sont qu’un long tunnel d’ennui, ceux qui filent comme des joyeux météores. Ceux passés en pyjama en subissant la gueule de bois de la veille, ceux pleins d’allant et d’enthousiasme. Celui de la semaine dernière, celui de la semaine prochaine. Et en ce nouveau dimanche venant inaugurer février, voilà une sélection, en onze manches guère endimanchées, faisant référence à ce jour spécifique. Oui, onze et non dix comme indiqué dans le titre, parce que … euh, parce que. Parce que ça me fait plaisir, de rajouter un petit bonus surprise au débotté et qu’après tout c’est mon blog, j’y fais ce que je veux (na !). Ah, une dernière chose au cas où vous vous en inquièteriez, cette page (et, du reste, le blog tout entier) est garantie sans éloge de La Chanson du Dimanche. Vous pouvez lire la suite sans crainte.

  • 1er : MORRISSEY – Everyday is Like Sunday (Viva Hate, 1988, Parlophone)

Comment dire ? Les dimanches vus par l’ami Steven ne sont pas des plus enjoués. Le long d’une plage grise et abandonnée, mâchonner des pensées sinistres en trainant des pieds, le regard vers les embruns, guettant l’Armageddon propice ou le feu nucléaire espéré. Vive la haine et la déshérence. Les pharmaciens se frottent les mains, le chiffre d’affaires du Prozac n’est pas prêt de décroître. En même temps, quelle idée d’avoir construit des stations balnéaires en Angleterre ? Il faudra demander à Jean-Daniel Beauvallet, lui qui a pris ses quartiers à Brighton. Mais on n’attendra pas la réponse du manitou des Inrockuptibles pour profiter de cette chanson merveilleuse, dense, bouleversante, avec la voix fière de Morrissey qui s’élève au-dessus de la chape de nuages. Le mec pourrait chanter du Delerm ou du Bénabar et en faire des odes aussi splendides que désespérées. THIS is the voice, exclusivement pas sur TF1. Chapeau l’artiste, merci tête de lard.

  • 2e : THE VELVET UNDERGROUND & NICO – Sunday Morning (The Velvet Underground & Nico, 1967, Verve)

Je ne sais combien de fois il est possible d’entendre les notes translucides de cette boite à musique velvétienne sans que leur effet ne s’émousse, mais il va sans doute falloir convoquer gogolplex et nombre de Graham pour y répondre. C’est LE tube du Velvet Underground, la chanson d’eux qu’absolument tout le monde a entendu une fois dans sa vie, même s’il ignore jusqu’aux noms de Lou Reed et John Cale. Et vu que ce que je pourrais écrivailler serait une immonde répétition de ce qui a déjà été dit plus adroitement par ailleurs, ou bien gâcherait la beauté diaphane et gracile de ce matin musico-dominical, je vais stopper là ce paragraphe et vous enjoins à écouter la voix de Nico vous susurrer cette mélodie géniale et doucereuse au creux de l’oreille.

  • 3e : JOHN MERRICK – Tous les dimanches (1986, autoproduit)

Dominique Ané n’est pas né Dominique A. Avant les années 90 qui marqueront sa révélation, avec « Le Courage des Oiseaux » puis « Le Twenty-Two Bar » comme pierres (précieuses) angulaires, le jeune Ané tenait guitare et micro au sein du groupe nantais John Merrick.

Le son y est d’un lo-fi souffreteux, la voix chevrotante mais les compositions sont là, les paroles se dévoilent dans des reflets violets et noirs. Chômage, carambolages, drogués, putes : c’est du sordide près de chez vous. Dépression de la post-blank generation. Et le pire, c’est rien que pourrait embellir ça. Tous les dimanches se ressemblent, comme des lundis, cinquante-deux fois par an, et le reste à l’avenant. En revenant de Nantes, la chanson n’est plus guillerette. Les canaris se sont noyés dans la Loire, où flottent les petits-beurre et le muscadet vomis. Ici, on fait dans l’adolescent broyage de noir, Les Fleurs du Mal à proximité. De la new-wave indie aux relents pas jouasses. La lumière d’une Fossette ici inespérée attendra quelques années.

  • 4e : SMALL FACES – Lazy Sunday (Ogdens’ Nut Gone Flake, 1968, Immediate)

Si vous aimez les Who et que le nom ci-dessus ne vous dit rien, il faut d’urgence que vous furetiez du côté des Small Faces. Pendant la seconde moitié des 60s, ce carré de mods tannés au crachin londonien a joué dans la même cour que Beatles, Who, Kinks, Pink Floyd et autres formations pop mieux fortunées par la postérité. Servi par les claviers sautillants d’Ian McLagan et la voix de Steve Marriott s’enfonçant délibérément dans de terribles inflexions cockney, ce qui était destiné à n’être qu’une pitrerie potache fut pourtant publié en single, sans l’autorisation du groupe. Figure de proue de l’album Ogdens’ Nut Gone Flake (numéro 1 UK dès sa sortie), ce single inspiré par le music-hall sera pourtant le dernier succès des Small Faces. Comme quoi, la paresse (« lazy ») a du bon.

  • 5e : Sydney VALETTE – Dimanche (Plutôt Mourir Que Crever, 2012, DeBonton)

En 2012, Sydney Valette traînait son spleen avec l’élégance du désespoir et une ingénuité kitsch à le faire passer pour l’enfant rêveur qu’il n’était plus. Sur son tube qui n’en a été un que pour douze personnes à peu près, Sydney raconte ses journées de latence placées en addenda de la semaine. Ces dimanches vitreux où on a la gueule de Pinocchio à s’être trop pris pour le bateau rimbaldien la veille. Ces dimanches où le ciel est bleu comme un album de Weezer, un bleu naïf et pur. Ces dimanches qui traînent, où on se traîne. Le travail du dimanche : comment rien foutre du mieux possible, vaquer, profiter, récupérer, recharger les accus avant une nouvelle semaine d’aliénation. Ça devrait être tous les jours dimanche, la-la-la, la-la-la, la-la-laaaa … Entonnez ce refrain un peu naïf, un peu bête ; une joie vous monte au cœur.

  • 6e : THE MONKEES – Pleasant Valley Sunday (Pisces, Aquarius, Capricorn & Jones Ltd., 1967, Colgems/RCA)

Dans la grande ménagerie des cognomen pop, les singes ont leur petit contingent. En tête de liste, il y a les Monkees. Oui, avec deux « e » ; un évident clin d’œil aux Beatles[1]. Car les Monkees ont été conçus de toutes pièces comme un « fab four » – « fab » pour « fabricated » – pop américain. Recrutés sur casting parmi 4 000 wannabe (dont Harry Nilsson, Paul Williams et Charles Manson, tous recalés), les quatre membres squattent l’antenne de NBC et accumulent les hits sur lesquels ils ne servent que de prête-noms. Tout roule. Problème : Nesmith et Tork, véritables musiciens, en ont marre d’être des marionnettes. Ils imposent aux producteurs de jouer eux-mêmes sur leurs disques, avec leurs propres compos si besoin. Catastrophe artistique en vue ? Non. Moins polis, plus audacieux, ils gagnent le respect de leurs pairs.

Et pour preuve de cette excellence, voilà « Pleasant Valley Sunday », critique du conformisme consumériste à l’œuvre dans les banlieues pavillonnaires US. Composé par Carole King et Gerry Goffin, le morceau (dont le riff de guitare a de troublantes accointances avec celui du « I Want to Tell You » des Beatles, tiens, tiens) a de quoi en remontrer à pas mal de belles valeurs de Carnaby Street. Si vous ne me croyez pas, frottez-vous à son tempo vif et son impeccable construction pop mais, attention, vous allez rester bloqués sur le bouton play. Comme on aimerait, sans aliénation consumériste, rester dans la langueur dominicale, cette vallée plaisante.

  • 7e : SONIC YOUTH – Sunday (A Thousand Leaves, 1998, DGC) 

J’écris cette partie-ci de l’article un peu à la bourre donc je ne pourrais développer autant que je le voudrais. Mais disons, pour synthétiser, que ce morceau est remarquable. Que la chanson pourrait être instrumentale sans problème, tant la musique (rythmique, mélodie, production) tient sur ses pattes sans l’aide d’aucune voix. Qu’on sent le grunge en arrière-plan, digéré, métabolisé dans une version dissonante et ambigüe, menaçante sans y toucher, avec une tension « je joue avec la nitroglycérine le regard fasciné » (« Sunday » n’explosera pas). Qu’à l’époque, les hérauts de la noisy pop, ceux pour qui le terme « rock alternatif » a été inventé (avant qu’il ne désigne n’importe quoi), en étaient à leur treizième album et que c’est dingue de se dire qu’ils ont réussi à conserver, l’air de rien, leur inspiration. Et qu’avec eux, dimanche ne se termine jamais. Sonic Youth est presque mort (en 2011) ; vive Sonic Youth.

  • 8e : MOBY – Sunday (The Day Before My Birthday) (18, 2002, Mute Records)

Ça fait bien rigoler aujourd’hui mais à la fin du XXe siècle, Moby semblait aux yeux de pas mal de monde représenter l’avenir de la pop mainstream, des « prolégomènes à tout musique future » pourrait-on dire si on voulait se la péter en détournant un bouquin de Manu Kant. Évidemment, tout faux. Aujourd’hui, Moby est ce chauve atone végétalien prônant la méditation transcendantale et dont on ne se souvient que parce qu’il a un nom de baleine. La lose. Cela dit, même si depuis 18 il n’a rien fait de valable (et 2002, c’est loin …), il faut lui reconnaître d’avoir réussi à sortir quelques bons morceaux. Prenez « Sunday » par exemple, c’est une chanson veloutée, où l’orchestration (piano, boite à rythme, cordes) ornemente avec dextérité un sample de voix caressant. Un morceau douillet. De l’ambient doucereuse pour synchros pub, oui, mais aussi une feel good track. Vous êtes bien. Relax. Et ce n’est déjà pas si mal.

  • 9e : BLONDIE – Sunday Girl (Parallel Lines, 1978, Chrysalis Records)

Parallel Lines, c’est deux tueries intersidérales (« One Way or Another » et « Heart of Glass ») et une pochette magnifique, référencée fifties. Mais c’est aussi cette jolie chanson qu’on dirait reprise d’un girl-group époque Phil Spector, alors qu’il n’en est rien. La voix de Debbie Harry se fait beaucoup plus modulée, posée, que d’ordinaire ; l’heure n’est pas à l’énergie, à la hargne, au tempérament. Ici, c’est seulement des amourettes adolescentes, des histoires de béguins lycéens, de reine de la promo, triangle amoureux avec fouteuse de merde intégrée, ce genre de futilités. Avant d’enfoncer le clou avant la disco-pop « Heart of Glass »[2]. Et de s’apercevoir, avec ce diptyque, que les problèmes sont et seront toujours les mêmes : des mecs, des meufs, des trahisons et des sentiments autour.

  • 10e : Finley QUAYE – Sunday Shining (Maverick a Strike, 1997, Epic Records)

J’ai découvert ce morceau sur une compilation empruntée chez des cousines. Sur ce disque prétendument pour surfeurs, qui mélangeait Radiohead, Blur, RHCP, Jamiroquai et autres valeurs-or des 90s en baggy et sweats informes, apparaissait en fin de tracklisting 3’45 de pop-rock influencée par le reggae, la fumette et le soleil jamaïcains. Une chanson calibrée mais qui respire le cool. Tellement qu’on s’en méfierait. Et au vu de ce qui s’est passé après, on aurait raison. Mais aujourd’hui, c’est dimanche, c’est relâche, alors on oublie. On oublie qu’il n’a rien fait d’autre, sinon se faire avaler par les rouleaux de l’orgueil. « Sunday Shining » est une chanson d’été sans conséquence, rien de plus. Mais ça reste un brillant coup d’éclat,  rien de moins.

  • 11e : OURAGAN – Dimanche Matin (EP A, 2014, autoproduit)

Leur chaîne Youtube s’affiche sous l’adresse bestbandonearth. Si on prendra soin de ne pas souscrire à un tel propos, ce duo strasbourgeois propose toutefois une musique sympathique, qu’on s’étonnera de trouver autant boudée par … bah par tout le monde en fait (la vidéo ci-dessus culmine royalement à une cinquantaine de vues). Ni Steph’ de Monac’, ni tornade dévastatrice, Ouragan est juste une jolie brise qui donne encore l’espoir d’être là le dimanche soir. Leur « Dimanche Matin » est une chanson pop française à pointes funky, un brin trop longue, mais qui dose guitares désaccordées à la Mac DeMarco, banales péripéties amoureuses et version mélancolique d’un Phoenix converti à la langue de Daho. On n’aura pas ici recours à l’échelle de Saffir-Simpson mais rien n’empêche d’écouter en dodelinant doucement la tête.

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[1] Tout comme les Monkees, le nom animalier des Beatles (beetle signifie scarabée) s’orne lui aussi d’une voyelle incongrue. De même pour les Byrds. Décidément, les erreurs orthographiques volontaires étaient monnaie courante dans les 60s …
[2] Qui est sans doute le seul morceau qui arrive à glisser « Soon turned out to be a pain in the ass » sans paraître vulgaire une seule milliseconde

Des pochettes de toute beauté (5)

  • BIG BROTHER & THE HOLDING COMPANY – Cheap Thrills (Columbia, 1968)

Robert Crumb n’en avait rien à secouer du rock. Et, quand bien même, il trouvait le groupe de Janis Joplin « boiteux ». Mais quand la diva pouilleuse lui demande personnellement de réaliser la pochette de Cheap Thrills, il ne bâcle pas le travail comme un sagouin. Résultat : une pochette magnifique, une des plus fameuses de la pop-music, une des plus belles et emblématiques des années 60. La contre-culture rock en une image, foisonnante.

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  • LED ZEPPELIN – Windy City Adventure (live, bootleg, Wendy, 1973)

Habituellement, les bootlegs ont des pochettes de merde, faites à l’arrache avec un flou loin d’être artistique. Mais celle-ci échappe à l’épidémie. Corsaire oriental, galion rafistolé, monceaux d’or, quêtes et monstres fabuleux, des aventures toutes droites tirées des imaginations enfantines et des souriants dessins animés matutinaux, en complet décalage avec l’imaginaire ordinairement accolé à Led Zeppelin. Princesse Shéhérazade illustre un gang blues-rock. C’est n’imp’, c’est marrant. Et c’est plutôt joliment dessiné. Alors, pourquoi pas ?

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  • Janelle MONAE – The Archandroid (Bad Boy Records, 2010)

Afrofuturism’s not dead. Prosternez-vous devant la nouvelle pharaonne R&B/soul. Ou passez votre chemin, mais vous le regretterez, foi d’une sauterelle en averse.

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  • Julian CASABLANCAS – Phrazes to the Young (RCA, 2009)

Un petit air classieux du Christophe des Paradis Perdus, mélangée à l’arrogance assurée d’un requin de studio façon Phil Spector. Et ce clebs façon His Master’s Voice près du phonographe.

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  • VIOLENCE CONJUGALE – Violence Conjugale (Born Bad Records, 2012)

Je ne sais pas si Bertrand Cantat écoute ce groupe ; en tout cas, ce baiser entre cadavres décharnés couleur cendre (les fiancés de Pompéi ?) fait une très belle pochette.

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Des pochettes de toute beauté (4)

Ca faisait un moment qu’on n’avait pas causé pochettes de disques par ici. Un passage à vide auquel remédie la présentation de ces cinq artworks d’une appréciable qualité esthétique.

  • DJ RAINBOW – Ejaculation (Cock Rock Disco, 2008)

Le pipi-caca-foutre au pays des arcs-en-ciel. Télétubby SM, bite souriante éjaculant du sperme multicolore, pâquerette lançant des éclairs. C’est un peu n’importe quoi. Visions LSD salaces. Plutôt marrant.

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  • THE CURE – Pornography (Fiction Records, 1982)

Les silhouettes distordues s’assimilent aux flammes infernales et vous happent. Vous vous dissolvez dans une rythmique martiale et suffocante. Rouge, brun, violet, noir, voilà le dress code et la déco générale. Et rien à cirer que ça déplaise à Cristina Cordula et Valérie Damidot ; elles finiront dans un snuff movie lesbien diffusé en prime-time sur M6. Bienvenue en enfer, Robert Smith vous y attend.

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  • SULTAN BATHERY – Sultan Bathery (Slovenly Recordings, 2014)

Cette pochette me fait penser à des dégoulinures psychédéliques résultant d’une colorisation sur un vieux film de Méliès, genre Le Voyage dans la Lune. Avec des punks-rockeurs spatiaux qui s’incrustent dans le casting, perché sur un Uluru improvisé, à coups de riffs saignant Air façon croisière all-inclusive dans la Mer Rouge (et pas celle de la Tranquillité).

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  • SUPERETS – 160 caractères pour te dire adieu (EP, Entreprise, 2014)

A la vue de cette pochette, je sais que tu as pensé à ton vieux Nokia 3310 du collège, celui qui résistait à tout, au temps, aux chutes, à la rouille, à la météo, aux premiers flirts par textos et aux parties de Snake. Un monolithe inoxydable, avec plus d’âme que n’importe quel connerie ultra-slim d’Apple. Un peu comme cette pochette : basique, concise et old-school mais impeccable, rien à redire.

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  • BIRTH OF JOY – Prisoner (Grand Palais Records, 2014)

Alfred Hitchcock aurait adoré cette pochette. A chacun d’y lire ce qu’il veut : soumission de l’humain esseulé face au maître corbeau géant qui menace de le dépiauter ; ou salut mutuel respectueux entre le bipède et le volatile démesuré, curieux de cette petite présence.

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Top 10 des chansons au fromage

Une amie m’a suggéré ce thème improbable, comme un défi amusé. Assisté par mes fidèles compagnons Google le Prospecteur, Grooveshark l’Accommodant, Discogs le Savant et le bien-nommé N’A-Servi-A-Rien-Dans-L’Elaboration-De-Ce-Top, je me suis attelé à la tâche. Une sélection royale with cheese.

  • 1er : NIRVANA – Big Cheese (Bleach, 1989, Sub Pop)

Est-il encore besoin de présenter Nirvana ? Ou d’ajouter quelque chose aux tombereaux d’écrits ayant déjà pris le trio d’Aberdeen comme sujet ? Je ne crois pas ; en tout cas, là, j’ai pas envie. Alors, parlons d’autre chose … Vous avez vu à quel point depuis 1994 la notion de rébellion et de contre-culture s’est diluée ? Depuis vingt piges, du spectaculaire et du vide, du téléchargé, du télé-réalisé, du sponsorisé, du rétroïdé, du boboïsé, hipsterisé, gogolisé ; pas grand-chose de novateur, d’utopique, d’exaltant, de surprenant, de prenant. Tout a déjà été géré et digéré par les réseaux.

A moins que je ne doive faire mien cet adage voulant que toutes les générations, quelles qu’elles soient, ont l’impression d’arriver après la bataille ? Une impression fausse, mais qui dédouane de ne pas garder au fond de soi des phares et des illusions qui s’accomplissent d’eux-mêmes. Il ne faut pas surestimer le passé, ni l’idéaliser. Ce n’était pas mieux avant.

Bref, une nasse dans laquelle il s’agit de se diriger à l’aveuglette. Est-ce que ça vaut la peine d’en faire un (gros) fromage ? Je ne sais pas. Nous verrons bien.

Finalement j’aurais peut-être mieux fait de parler de Nirvana, même si, de fait, je n’ai parlé que d’eux. Smells like Nirvana.

  • 2e : THE RUTLES – Cheese and Onions (The Rutles, 1978, Warner Bros.)

A tous ceux qui respectent Oasis (si ça existe encore), je leur conseillerais de jeter une oreille sur le morceau de Neil Innes « How Sweet to Be an Idiot » (un intitulé qui sied parfaitement aux Gallagher, surtout Liam, mais ce n’est pas le débat), qui sera plagiée de façon éhontée par les frérots Gallagher sur « Whatever » (chanson qui servira plus tard à vendre des crédits revolving, mais ce n’est toujours pas le sujet). Sachant que Neil Innes est l’éminence grise des Rutles, groupe parodique des Beatles[1], c’est bien là la preuve que : 1/ Oasis sont des putains d’imposteurs rétro-rock, 2/ Les Rutles ont élevé le pastiche à un niveau artistique très acceptable.

The Rutles étaient tellement bons dans le registre beatlesien que leur « Cheese and Onions » a réussi à se frayer un passage dans certaines compilations 70s dédiées aux Fab Four. Fort. En même temps, quand on écoute « Cheese and Onions », difficile de ne pas songer à John Lennon, aussi bien au niveau de la voix que, eh oui, du niveau musical.

Un génie du calque qui froissera tellement les ayant-droits des Beatles (pas encore Michael Jackson à l’époque) qu’ils iront jusqu’à attaquer Innes pour plagiat, ce qui aboutira, une fois le procès perdus par les Rutles, à des crédits de pochettes estampillés Lennon/McCartney/Innes. Conclusion tout en humour de Innes : « Oui, des bons gars, Paul et John, très facile de travailler avec eux. » Si le vrai peut-être un moment du faux, le faux peut aussi être un moment du vrai, et aussi vrai que le vrai. Ainsi en est-il des Rutles.

  • 3e : ADD N TO (X) – Hit for Cheese (Add Insult to Injury, 2000, Mute)

Faire du punk avec des vieilles machines, telle était l’ambition d’Add N To (X), trio arty londonien au nom petit-malin. Sur « Hit for Cheese », leur formule électroclash se distord comme suit : une grosse louche de « Planet of Sound », mélangée à du métal ouaté et saupoudrée, ça et là, de copeaux de bizarreries électroniques. Du Chrome en à peine plus carré, du post-indus à l’A(cide)DN déjanté qui grince et cravache.

Un hit pour du fromage ? Mouais, ça m’étonnerait … Je pense plutôt qu’ils visaient la part du gâteau (au fromage ?). Malgré la séparation, la suite au prochain tom(m)e ?

  • 4e : Neil VOSS – Cheddar Funk (Tetrisphere Soundtrack)

Amis gamers, ne sentez-vous pas soudain flotter dans l’air comme un doux parfum de madeleine proustienne, les ondulations chaloupées d’un hédonisme 16-bits ?

Sortie en 1997, la bande-son de Tetrisphere fut acclamée pour sa qualité, une gageure quand on connaît le cultissime degré qu’a atteint la musique originelle de Tetris.

De la funk fondue dans le creuset vidéoludique, une réussie inattendue où on se fiche de retrouver son bout de pain ; on avale toute la marmite.

  • 5e : GANG OF FOUR – Cheeseburger (Solid Gold, 1981, EMI/Warner Bros.)

Gang of Four joue dans la même catégorie que Talking Heads, en moins connu. Du post-punk d’école d’art mêlé à une funk de visage pâle, un groove sec et  saccadé qui a inspiré trouzmille combos, depuis les garages paumés (mais bien outillés au niveau des écoutilles) jusqu’aux plus célèbres Franz Ferdinand, Fugazi, Bloc Party et Red Hot Chili Peppers. Gang of Four, le Velvet Underground du post-punk ?

De Gang of Four, on ne retient souvent que leur premier opus, Entertainment !. Pas de bol, « Cheeseburger » vient du deuxième album des marxistes de Leeds ; le dernier vraiment valable. Critique acerbe de la pensée de l’Amerloque (très) moyen, « Cheeseburger » n’est certes pas le meilleur titre de Gang of Four (« Damaged Goods » est loin au-dessus) mais cette plongée fast-foodienne lorgne bien plus du côté du resto étoilé que du burger rance de chez Quick.

  • 6e : THE RESIDENTS – Krafty Cheese (Duck Stab!/Buster & Glen, 1978, Ralph Records)

Ils sont tellement à part, tellement mystérieux, tellement prolifiques, les Residents, qu’ils en deviennent vachement pratiques lorsqu’il s’agit de faire des Tops, lorsqu’on peut picorer, comme ça, un titre dans leur discographie touffue (48 albums studio, sans compter tout le reste, les lives, compilations, DVD, CD-Rom, singles, EP, etc.).

« Krafty Cheese » est comme une chanson joyeuse pervertie, vérolée par un bain prolongé dans un acide démoniaque. L’affaire vire au chamanisme de Maldoror, dans lequel les danseuses sont des clones de cette femme nue et putréfiée que Jack trouve dans la salle de bains de l’hôtel Overlook.

Plût au ciel que l’auditeur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il écoute, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces mélodies sombres et pleines de poison … Non non, je n’ai pas du tout l’impression d’avoir déjà lu ça quelque part.

  • 7e : MF DOOM – Kon Queso (MM.. Food, 2004, Rhymesayers Entertainment)

De MF Doom, je ne sais vraiment pas grand-chose. C’est un rappeur dit underground ; il a bossé avec Gorillaz (« November Has Come »), comme à peu près la moitié du monde connu ; il porte en permanence un masque inspiré de Docteur Fatalis. Ça s’arrête là. C’est pas bézef, je sais.

Est-ce handicapant pour apprécier ce morceau, ce fromage à trous ? Non, pas du tout. Sur une instru rapide flirtant avec le monotone, le vengeur masqué plaque un flow parlant autant du fromage comme aliment que comme pognon (dans son acception argotique anglophone). Pas un incunable, mais un morceau plutôt pas mal, écoutable, même s’il manque de variations.

  • 8e : Rubin STEINER – Improvisation Fromage (?????, ?????, ?????)

Impossible de savoir vraiment d’où vient ce morceau. Ni s’il est réellement l’œuvre de Rubin Steiner, artiste électro français et directeur du Temps Machine (salle de concerts « expérimentale », à Joué-les-Tours). On ne le trouve que sur Grooveshark, sous l’égide d’un album censé regrouper des pistes jamais sorties, album dont il n’est fait nulle mention ailleurs. Ni sur Discogs, ni sur Wikipedia, ni sur le site de Rubin Steiner lui-même. Un message envoyé sur le compte de Rubin Steiner est resté sans réponse. Mystère et boule de gomme.

En tout cas, d’où quelle vienne, « Improvisation Fromage » est une piste qui se laisse suivre tranquillement. C’est une sorte d’interlude de deux minutes qui vient trouver le point équidistant entre musique d’attente et instrumental funky soft. Une manière de s’alléger l’estomac après un buffet campagnard musical à volonté, fromage et dessert.

EDIT (20/07/2014) : J’ai finalement obtenu une réponse de Rubin Steiner (merci beaucoup à lui) à mes interrogations concernant cette « Improvisation Fromage ». Je vous livre ladite réponse in extenso : « Oui oui c’est un morceau de moi. Il y a quelques années, j’ai mis en ligne une cinquantaine de titres inédits en téléchargement libre. Ce titre-là n’est nulle part, sauf que, quand même, je l’ai utilisé pour l’album que j’ai fait avec Ira Lee [NDLA : We Are the Future, sorti en 2011]. Il existe donc une version chantée [NDLA : « Taco Truck on Route 73 »]. »

  • 9e : PODINGTON BEAR – Gruyere (Homage Fromage, 2009, Hush Records)

D’ordinaire, les ours, de Winnie l’ourson au grizzly enragé, sont attirés par le miel. Peut-il en être de même pour le fromage ? Sortant de sa tanière de Portland, Podington Bear tente le coup.

Sur l’album Homage Fromage, Chad Crouch donne aux douze  titres de ses instrumentaux électroacoustiques des noms de fromages (gruyère, féta, bleu) ou d’artistes (Björk, Thom Yorke, Lily Allen, Massive Attack, etc.).

« Gruyère » est un instrumental optimiste, tranquille, bienfaisant. On ne saisit pas trop le rapport avec les produits laitiers, trouvant bien plus d’affinités avec le rayon un rayonnage imaginaire « relaxation électro-pop » dans un magasin fusionnant la Fnac et Nature & Découverte. Utile pour les jours de grand stress ; pas vraiment transcendant au-delà de cet objectif utilitaire.

  • 10e : ANTI-CHEESE ALLIANCE – Cheese to the Max Mix (Atomic Cheese (maxi), 1999, Perce-Oreille) 

Je vais être honnête avec vous : celui-là, je ne l’ai mis que parce qu’il m’en fallait un dixième afin de compléter ce top. Oui, ce morceau techno-friendly est simpliste, et pas tellement brillant. Oui, Jankenpopp fait cent fois mieux même avec les deux bras dans le plâtre. Oui, par moments, on dirait de l’eurodance dégueulée par un apprenti platiniste (c’est comme ça que l’Académie Française veut qu’on dise, c’est pas ma faute …) complètement pété à la Fête de la Mouisique.

Oui, à force d’écouter ce morceau en boucle pour savoir quoi en dire, l’espèce de mélodie moqueuse (et fatigante) qui y traîne a failli me forer le crâne. Non, je n’aime pas vraiment ce morceau. Non, je n’aime pas du tout le fromage (et c’est vrai). Non, je ne sais pas où ce paragraphe va se finir. Oui, ce que je dis n’a plus aucun sens et ne va nulle part. Oui, il vaut mieux que je m’arrête là.

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[1] Si vous n’avez jamais vu le film hilarant All You Need Is Cash, allez-y, courez-le voir, je vous autorise à laisser cet article pour une heure ou deux, histoire que vous alliez vous payer de bonnes tranches de rire devant les irrésistibles pitreries et pastiches des Rutles.

50 morceaux pour un été 2014 posé, tranquille, à la cool – Episode 2

gorillaz 19-2000

La dernière playlist vous a plu ? (Réponse au loin) Ouiiiiiii ! [1] Alors, comme demain c’est l’été (eh ouais !), on continue !

Même thème, mêmes contraintes : on prend de tout, on mélange, on assaisonne avec un ou deux rayons de soleil et on profite. 2Pac ! The Bewitched Hands ! Arcade Fire ! T-Rex ! Gainsbourg & Bardot ! Talking Heads ! Justice ! Et plein plein d’autres, détaillés dans la tracklist ci-dessous, une playlist à écouter par ici.

Oh, une dernière chose, si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à les mentionner dans les commentaires en-dessous de ce post ; ça fait toujours plaisir et ça me permettra sans doute de découvrir de nouvelles chansons que je connais pas ou auxquelles je n’aurais pas pensé.

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[1] Faut vraiment que je fasse soigner cette schizophrénie auto-célébratrice, ça commence à presque devenir inquiétant …

Top 5 des groupes made in Ireland

Je me tire sur l’île d’Irlande pour une semaine avec deux amies. Et je ne pourrais probablement pas alimenter le blog pendant ce laps de temps. Aussi, pour vous faire patienter, bande de fifous, voilà cinq groupes ou artistes de l’île d’Erin, histoire de savoir un peu mieux dans quel Etat j’Eire (dans la réponse, y’a aussi l’Ulster). Un Top garanti sans U2 (et sans The Pogues, non plus).

1er : MY BLOODY VALENTINE – New You (m b v, 2013, m b v)

Bien sûr, le monolithe rose qu’est Loveless est indépassable. Bien sûr, on ne rattrape pas vingt-deux (!) années d’absence en un claquement de doigts. Mais le retour surprise de My Bloody Valentine avait une allure et une classe certaines (pas comme certains, hum, Pixies). Si leurs traits ont vieillis par endroits, il demeure cette grâce évanescente, adolescente, qui dépasse le temps. Eux, de nouveau.

A écouter, aussi :  « Only Shallow », « Soon », « In Another Way », et tellement d’autres …

2e : THE UNDERTONES – Teenage Kicks (single, 1978, Good Vibrations, puis Sire Records)

La chanson préférée du DJ John Peel. Celui-ci avait l’habitude de noter les titres en leur donnant de une à cinq étoiles ; pour « Teenage Kicks », il en a attribué … vingt-huit ! C’est d’ailleurs grâce au matraquage de Peel sur les ondes de la BBC Radio 1 (où il officia de 1967 à sa mort en 2004) que les Nord-Irlandais décrochèrent un contrat chez la néo-major Sire Records[1].

Hymne pop-punk adolescent et séminal, ce morceau imparable aux guitares aiguisées a imprimé sa patte jusque dans la pierre tombale de John Peel et, plus incongru, dans le monde du football ; Teenage Kicks est l’appellation (contrôlée) d’un excellent blog sur le foot anglais et, une autre chanson des Undertones, « When Saturday Comes », a donné l’intitulé d’un fanzine (devenu magazine) de foot les plus réputés du Royaume-Uni. Une raison de plus, s’il en était besoin, d’écouter ces « Teenage Kicks ». A fond les ballons, évidemment.

A écouter, aussi : « Here Comes the Summer », « Julie Ocean », etc.

3e : VAN MORRISON – Astral Weeks (Astral Weeks, 1968, Warner Bros.)

Sans ce blog, je n’aurais sans doute jamais été jeter une oreille sur Astral Weeks, album de l’Irlandais Van Morrison. Certes, il me disait vaguement quelque chose, l’ayant croisé au détour de lectures, mais il n’éveillait pas outre-mesure ma curiosité. Du folk-rock sixties irlandais ? Bof, je passe mon tour.

Lester Bangs disait de ces semaines astrales qu’elles étaient « the rock record with the most significance in [his] life so far ». Alors : verdict validé ou infirmé ? Trique ou tique ? Je penche du côté du déboulonnage d’idole. J’ai essayé d’écouter l’album en entier, j’ai arrêté au bout de 35 minutes, saoulé. A vrai dire, la folk m’a toujours ennuyé ; cet album n’échappe pas au phénomène. Et ça vire à l’irritation quand Van Morrison se prend d’élancements vocaux aussi impromptus que (parfois) disgracieux.

Alors, pourquoi sa présence ici ? Eh bien parce que le morceau-titre, qui est aussi celui qui introduit l’album, rachète en partie celui-ci.

A écouter, aussi : réécoutez « Astral Weeks ».

4e : TWO DOOR CINEMA CLUB – What You Know (Tourist History, 2010, Kitsuné)

Two Door Cinema Club, c’est le rayon en-dessous de Phoenix, la même chose que Crystal Fighters, Pony Pony Run Run, Foster The People, Fortune. De l’électropop pour branchés aisés, pas franchement inoubliable ni déplorable, juste banale et impersonnelle, de la chair à synchros pub positivistes. D’ailleurs, ce « What You Know »a été utilisé par la Française des Jeux sur ses spots de l’Euromillions.

A écouter, aussi : Euh, ça dépend ; vous aimez l’électropop un brin pupute, ou pas ?

5e (car un peu hors-sujet ici) : AFX (aka APHEX TWIN) – Analogue Bubblebath (Analogue Bubblebath, 1990, Mighty Force Records/TVT Records)

Oui, je sais, il n’est pas irlandais. Mais il est né à Limerick. Alors, ça compte. Et je ne me voyais pas déblatérer sur Rory Gallagher que je ne connais pas, sinon par la sentence de Jimi Hendrix qui voyait en lui le meilleur guitariste du monde. Surtout que, d’instinct, je me sens plus proche des miscellanées électroniques que des recettes blues-rock 70s (attention, ça ne m’empêche pas d’en écouter).

Bref, Richard D. James, aka AFX, aka Aphex Twin, aka Polygon Window, aka une flopée d’autres identités (Aphex Twin sera la plus connue) de ce stakhanoviste EDM, publie en 1991 son premier EP. Ses vingt bougies tout juste soufflées, s’ouvre alors devant ce bidouilleur habile une décennie dorée (jusqu’à « Windowlicker » en 1999) qui fera de lui une des figure de proue du label Warp, de l’EDM et de la musique 90s.

A écouter, aussi : « Girl/Boy Song », « Windowlicker », etc.

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[1] Fondé comme une maison de disque indépendante par Seymour Steyn en 1966, Sire Records a édité de nombreux groupes punk (The Ramones, Talking Heads, Richard Hell & The Voivoids, etc.) et, dans le même temps, s’est fait racheter par Warner Bros. en 1978.

Top 10 des chansons sur le nazisme et/ou la Seconde Guerre Mondiale

Mots-clefs de ce Top 10 : 8 mai, armistice, Deuxième Guerre Mondiale, nazis. Etant donné que aujourd’hui ce jour férié qui vous a permis de vous pelotonner dans votre lit jusqu’à midi célèbre la fin d’une des périodes les plus sombres de l’humanité moderne, et que les chaînes de télévision ne se privent pas, tous les jours tout au long de l’année, pour en rappeler le souvenir diffus, Du Bruit Qui Pense a décidé d’axer ce Top sur les chansons causant du second conflit mondial et de la clique hitlérienne. Des thèmes pas gais-gais, mais qui se retrouvent dans de super chansons, la preuve par dix.

  • 1er : LES RITA MITSOUKO – Le Petit Train (Marc et Robert, 1988, Virgin)

Gare au petit train. Oui, cette chanson, que tout le monde croit joyeuse et anodine*, parle de la déportation, de la Shoah. Le morceau (à coup sûr le meilleur des Rita Mitsouko) fait un peu moins de six minutes, mais il paraît ne jamais s’achever. On monte constamment en intensité, à mesure qu’on prend conscience du drame sous-jacent narré ici, et qui se confond avec la rythmique enjouée. Génocide versus indifférence. La voix suraiguë de Catherine Ringer, dont le père a été déporté (il en est revenu**), colle des frissons quand, déchirante, les larmes aux yeux, elle tient la note comme si c’était son dernier cri. « Petit train, où t’en vas-tu ? Porter la mort … »

  • 2e : PRIMAL SCREAM – Swastika Eyes (XTRNTR, 2000, Creation)

Au croisement des millénaires, Primal Scream décide de sortir son meilleur album : XTRMNTR (pour « exterminator »). Sauvage, bruyant (Kevin Shields, de My Bloody Valentine, est crédité à la production), vindicatif, le disque est d’une puissance inouïe. Et les sept minutes de « Swastika Eyes » sont au diapason, démentielles et dévastatrices, à la fois roquette techno et pamphlet dystopique (les croix gammées dans les yeux des « Scabs, police, government thieves, venal psychic amputees. »)

  • 3e : JOY DIVISION – Warsaw (An Ideal for Living (EP), 1978, Factory)

Avant d’être le groupe post-punk glacial que tout le monde connaît, Joy Division était à ses débuts un pur groupe punk-rock, qui se servait de l’imagerie nazie pour choquer : de leur premier nom, Warsaw (référence au ghetto de Varsovie), au suivant, Joy Division (traduction anglaise de Freudenabteilung, la zone de certains camps où étaient sexuellement exploitées les détenues), en passant par la pochette de leur premier EP An Ideal for Living (qui reprend une affiche des Jeunesses hitlériennes), jusqu’à la conclusion de ce morceau qui énumère le matricule (31G-350125) du numéro deux du IIIe Reich Rudolf Hess. Et cette tendance au détournement de références nazies ne se sont pas évanouies avec le splendide artwork d’Unknown Pleasures, symbole définitif du groupe pour la mémoire collective pop ; lorsqu’en 1980, après le suicide de Ian Curtis, les membres restants ont dû choisir un nouveau nom, ils ont élus celui de New Order, un patronyme qu’arborait depuis l’entre-deux-guerres des ligues d’extrême-droite.

  • 4e : Serge GAINSBOURG – Nazi Rock (Rock Around the Bunker, 1975, Mercury)

Jamais avare d’une provocation, Serge Gainsbourg a consacré tout un album, Rock Around the Bunker, à la question nazie. Un album qui, à sa sortie, comme les deux précédents (L’Histoire de Melody Nelson et Vu de l’extérieur), fera un four et fera scandale***. « Nazi Rock », chanson d’ouverture (en même temps que la meilleure) de cet album, donne le ton, ironique. Ambiance bastringue et piano de cabaret, maquillage et travestissement, décadence nazi queer, orgie de SS travelos sodomites. Est-ce est-ce si bon ? Oui, le décalage est réussi, la chanson également. A noter, dans les chœurs féminins qui terminent systématiquement les refrains (« On va danser le… Nazi rock, nazi, nazi nazi rock, nazi »), la présence de Clare Torry, la vocaliste virtuose du « Great Gig in the Sky » de Pink Floyd.

  • 5e ORCHESTRAL MANOEUVRES IN THE DARK – Enola Gay (Organisation, 1980, DinDisc)

Une chanson ultraconnue avec son gimmick de boîte à rythme tremblotant et ses synthés identifiables entre mille. Une chanson qu’absolument tout le monde a entendu au moins une fois. Une chanson atteinte du même syndrome que « Le Petit Train », à savoir que beaucoup la chantonnent ou dansent dessus sans savoir de quoi elle parle. Une chanson qui fut censurée aux Etats-Unis, qui croyait voir là une promotion de l’homosexualité. Une chanson qui parle en fait de la bombe atomique larguée sur Hiroshima le 6 août 1945, Enola Gay étant le surnom donné au Boeing B-29 affrété pour lâcher ladite bombe. « This kiss you give, it’s never ever gonna fade away … »

  • 6e : BLUE ÖYSTER CULT – ME-262 (Secret Treaties, 1974, CBS)

Le Culte de l’Huître Bleue, quel étrange nom, n’est-ce pas ? Si j’ignore sa signification, je sais que l’idée émane de Patti Smith, alors la petite amie d’Allen Lanier, le pianiste et guitariste rythmique du groupe. Et ME-262, drôle de titre, hum ? Si je ne peux dire qui le premier a émis cet intitulé, je connais ce qu’il veut dire : c’est le nom abrégé du Messerschmidt 262, un modèle d’avion de chasse allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cette chanson, hard rock pur jus, au riff prenant, raconte un conflit aérien, probablement la Bataille d’Angleterre, du point de vue d’un pilote de la Luftwaffe. Une point de vue narratif qui ne fit rien pour évacuer l’accusation de néo-nazisme portée sur le groupe, accusation stupide quand on sait qu’une grande partie des membres du groupe sont de confession juive.

  • 7e : RAMONES – Blitzkrieg Bop (Ramones, 1976, Sire/Philips)

A-t-on vu chanson d’ouverture du premier album d’un groupe plus incisive, emblématique, en un mot, plus réussie que celle-ci ? Pas si sûr. Le « Hey ! Ho ! Let’s go ! » introductif est entré dans les mémoires ; il donne le coup d’envoi (en termes discographiques tout du moins) de la furia punk, cette « guerre éclair » qui connut son apogée entre 1976 et 1978. Le vocable nazi (la « Blitzkrieg » étant le nom d’une stratégie de guerre utilisée par la Wehrmacht) sera réutilisée par la fausse fratrie**** Ramones dans le morceau « Today Your Love, Tomorrow the World » qui renvoie lui à la maxime d’Hitler, « Aujourd’hui l’Allemagne, demain le monde ».

  • 8e David BOWIE – V-2 Schneider (“Heroes”, 1977, RCA)

Ce morceau, sorti en face B de la chanson-titre « Heroes », est une plage largement instrumentale, avec une intro bourdonnante rappelant le bruit caractéristique des V-1 et V-2, et de nombreuses incursions de saxophone joué par Bowie lui-même. L’intitulé en lui-même est à la fois un hommage à Florian Schneider (le leader de Kraftwerk) et référence aux fusées V-2 (les missiles balistiques que la Luftwaffe expédiait sur Londres en 1944 et 1945),

Cette référence aux missiles nazis est osée car, l’année précédente, rongé par un vortex paranoïaque cocaïné (son personnage de Thin White Duke), Bowie s’était distingué par des actes et des déclarations tendancieuses, faisant le salut hitlérien à son arrivée à Victoria Station, déclarant à la télé suédoise qu’il faudrait un gouvernement fasciste en Grande-Bretagne ou encore affirmant à Playboy qu’Hitler était la première rock star et comparant celui-ci à Mick Jagger. 1977 sera, heureusement, l’année de la rédemption pour Bowie, et il entraînera, dans son sillage, un Iggy Pop (les albums The Idiot et Lust for Life, où Bowie est producteur) qui était tombé dans l’oubli depuis la fin des Stooges fin 73/début 74.

  • 9e : MR OIZO – Nazis (Nazis (EP), 2006, F Communications)

Mr Oizo, aka Quentin Dupieux, s’est spécialisé dans le tripatouillage irréfléchi des machines. Ce morceau le montre, avec ses triturations cradingues et sa mélodie imbibée par des distorsions graillonneuses à foison. Une rave rococo pour nazis cyberpunks. Mais, trop brouillon, ce bouillon un brin couillon (z’avez vu, j’ai pas dit souillon) demeure une track en demi-teinte, loin de son classique « Flat Beat ».

  • 10e : THE RESIDENTS – Swastika on Parade (The Third Reich’n’Rock, 1976, Ralph)

Un album, deux morceaux, de dix-sept et dix-huit minutes. Album étrange d’un groupe atypique, album obscur (sombre et méconnu). The Residents, collectif anonyme, passe à la moulinette les tubes de la pop 50’s et 60’s pour créer un collage dadaïste d’une violence symbolique absolue. Car la pop est ici assimilée au nazisme et les chansons qui la véhiculent à des messages de propagande ; la culture comme destruction. Dans leur jeu de massacre, The Residents saccage et déstructure les morceaux (tout en les laissant reconnaissables) pour les débarrasser de leur joliesse et révéler leur noirceur intrinsèque, en faire un flux aliénant et totalitaire, celui de la pop, cette industrie spectaculaire qui, comme les autres, se repaît de son propre développement, jusqu’à tout phagocyter, tout contrôler chez les « esclaves ayant l’amour de leur servitude ».

Le propos est acerbe, osé, désagréable. Impossible de les laisser de côté dans ce top. Mais ce qui les y pénalise en ce top, c’est le résultat musical, trop long et décousu : un patchwork géant, expérimental et fatiguant. Dommage, car cela tranche avec la cohérence concise et sans concession de la critique (excessive ?) sous-jacente.

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* Par exemple, mes parents me chantonnaient ça pour me calmer lorsque, bébé, j’étais en colère. Ce qui pourrait dire que mes parents peuvent avoir des bons goûts musicaux et/ou qu’ils n’ont rien compris à ce dont parlait la chanson. Ou qu’ils sont des psychopathes de premier ordre. Au choix.  

** Sam Ringer, artiste peintre juif polonais, mourra en 1986 ; Les Rita Mitsouko lui dédieront la chanson « C’était un homme » (pas terrible), sur l’album Cool Frénésie sorti en 2000.

*** Et encore, Gainsbourg s’est retenu d’aller plus avant, en supprimant de la tracklist une chanson intitulée « Le silence du pape » (qui devait être de plus l’intitulé de l’album), faisant référence à l’inaction coupable de Pie XII face aux génocides (juif, tzigane, etc.) perpétrés par les forces de l’Axe.

**** Dee Dee (né Douglas Colvin), Johnny (né John Cummings), Joey (né Jeffrey Hyman) et Tommy (né Tamás Erdélyi) ont choisi ce nom de famille fictif en hommage au premier pseudonyme de Paul McCartney, Paul Ramon.

Des pochettes de toute mocheté (4)

  • KLAXONS – Myths of the Near Future (2007, Because Music) : Le futur proche, c’est un Scrabble-Tétris et des bouts de papier déchirés collés n’importe comment. Prends ça, le monolithe de Kubrick.

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  • BECK – Midnite Vultures (1999, Geffen) : Couleurs fluos disharmonieuses, néons flous, symbolique d’un goût douteux (ce simili-éclair, là).

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  • SCORPIONS – Animal Magnetism (Harvest, 1980) : Un chien et une femme (montrée comme une chienne ?), tous deux au même niveau. Bon goût, élégance, féminisme ? Portés disparus. On parle de Scorpions en même temps, faut pas être des masses étonné …

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  • Benjamin BIOLAY – Trash Yéyé (2007, Virgin) : Euuuuhh, le boss final des narcissiques ?

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  • BLACK SABBATH – Sabotage (1975, Vertigo/Warner) : J’hésite : qui est le pire ? Gérard Blanc, Jacques Santini, Bernard Lions qui a piqué les fringues d’Astérix ou la robe de chambre orientalisante et les bottines à talons de « Félicie » Ozzy* (de gauche à droite) ; ou la réflexion du miroir ? Ah, si, ça y est je sais : la réflexion du directeur artistique.

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* Attention, je ne suis pas fier de tout l’article, hein.

Des pochettes de toute mocheté (3)

A ce stade-là de délabrement visuel, ce ne sont plus des pochettes de disques, mais des mochettes.

  • THE ROLLING STONES – Dirty Work (1986, Columbia) : Pour une fois que le titre ne ment pas …

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  • RAPHAEL – Super Welter (2012, EMI) : Raphaël découvre Photofiltre. Avec des moufles et de gros problèmes de vision. Presque aussi délabré que sa musique.

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  • George HARRISON – Cloud Nine (1987, Dark Horse/Warner Bros.) : Vu comment, sur leurs pochettes, ont viré les Rolling Stones et George Harrison dans les 80s, heureusement que John Lennon est mort avant.

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  • John LENNON – Mind Games (1973, Apple/EMI) : Laissez tomber en fait, j’ai rien dit.

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  • SEXY SUSHI – Tu l’as bien mérité ! (2009, Scandale Records) : Je sais bien qu’ils ont fait exprès de faire kitsch et moche, mais un truc aussi laid je ne lui donnerai aucun blanc-seing, même si ça me permettrait d’éradiquer la famine, la guerre, les maladies, Civitas et Jean-Paul Baudecroux.

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Top 10 des chansons dont le titre comporte une année

Pour paraphraser la célèbre pub de Nike avec Cantona, 1993 a été une grande année, car je suis né. Bon, musicalement, hormis l’album de Suprême NTM (93 … J’Appuie sur la Gâchette), elle n’a pas inspiré beaucoup de zicos pour la faire figurer sur l’intitulé de leurs chansons, à la différence d’autres millésimes, passés ou futurs, dont la présente liste se propose d’extraire dix d’entre eux. De 1901 à 2099, petit voyage à travers le(s) temps.

1er : PULP – Disco 2000 (Different Class, 1995, Island)

Avant d’être au sommet de la pop british en 1995 et damer le pion aux duettistes Blur et Oasis, Jarvis Cocker a galéré comme un crevard pendant toutes les années 80. Mais ça valait le coup d’attendre : profitant de la vague overground (celle qui propulse White Town à la première place des charts UK), Pulp livre des chansons pop dansantes, finement écrites, emballantes.

Détachement dandy, esprit moqueur et renversement du cool quasi-biblique (les derniers seront les premiers …), Pulp a tout pour plaire à l’orée de l’an 2000. Mais l’âge d’or ne durera pas et la banalisation interviendra, entre split puis retour de Pulp, quarantaine bien tassée, collaboration avec la fille Gainsbourg et caméo dans Harry Potter.

Restent les chansons, toujours aussi géniales, fuoriclasse, même à vingt ans de distance.

2e : Paul MCCARTNEY & THE WINGS – Nineteen Hundred and Eighty-Five (Band on the Run, 1973, Apple Records)

Cette chanson serait-elle la meilleure du Paul McCartney post-Beatles ? Possible ; elle est sublime, diablement pop, avec un piano fantastique qui accompagne tout le morceau (les premières démos de ce morceau portaient le nom de « Piano Thing ») et une rythmique au toucher remarquable. Un délice …

3e : PRIMAL SCREAM – 2013 (More Light, 2013, Ignition Records)

2013. Après les combats acid-rock extasié (Screamadelica) et techno-rock speedé (XTRMNTR), Bobby Gillespie et sa coupe de gland reviennent pousser un cri primal. 2013 ? La musique diluée dans les tuyaux de l’interweb, fragmentée en chapelles impuissantes à changer le monde qui se barre en sucette façon maxi Chupa-Chups ? Bobby n’en a cure et balance une chanson fédératrice pour revivifier ce merdier et pousser à la mobilisation générationnelle, une nouvelle fois. Contient : de la sincérité jusqu’à la moelle, de l’urgence et des trompettes de l’apocalypse pour battre le rappel des troupes. On sait à quoi il faudra marcher désormais (non, Bernard, pas à la Wonder …).

4e : VITALIC – Station Mir 2099 (FlashMob, 2009, Different Records)

La station spatiale orbitale Mir n’a pas tenu jusqu’au vingt-deuxième siècle ; détruite en 2001, c’est à peine si elle a vu le vingt-et-unième. Ce morceau de Vitalic, propulsé en 2009, fera-t-il mieux ? Aucune idée, il faudra vivre encore 85 ans pour le savoir (allez, chiche !) mais d’ores et déjà on peut dire qu’avec ses chatoiements électroniques, son crescendo et ses raffinements délectables à ingestion immédiate, il survole et contemple de très haut un paquet de challengers (parmi lesquels cette horreur de Bénabar par exemple).

5e : John CALE – Paris 1919 (Paris 1919, 1973, Reprise) 

Quittant en 1970 le Velvet Underground dont il fut (avec Lou Reed) l’un des piliers, John Cale se lance dans la production (The Stooges, Patti Smith, etc.) et puis entame une carrière solo qui le voit notamment créer cette chanson aux atours classieux de classique qui se perçoit en tant que tel. A ranger à côté de Scott Walker, d’« Eleanor Rigby » des Beatles et d’un haut-de-forme. Belle Epoque, label d’époque.

6e : THE STOOGES – 1970 (Fun House, 1970, Elektra)

Après « 1969 » sur The Stooges sorti en 1969, la clique d’Iggy Pop balance sur Fun House ce « 1970 » sorti en … 1970. Zéro bonus d’originalité mais avec une telle chanson, brûlante comme une coulée de lave, qui s’en soucie ? Les « Godfathers of Punk » sont là et les années 70 arrivent : préparez-vous à être soufflé.

7e : Alain BASHUNG – 2043 (Fantaisie Militaire, 1998, Barclay)

Fantaisie Militaire est un album d’une qualité assez dingue au rayon chanson française. Influencé par le trip-hop (sur cet album joue le guitariste de Portishead), cet album est un drôle d’hybride, ni vraiment chanson française (ouf !), ni vraiment pop, ni vraiment rock, il navigue tel un auguste saurien attendant son heure dans les eaux vertes, attendant, attendant. Roland Barthes : « L’identité fatale de l’amoureux n’est rien d’autre que : je suis celui qui attend. » Fantaisie Militaire : album de rupture. Comme l’humour, l’art peut être une élégance du désespoir.

8e : ZABRISKIE POINT – 1997 (Des Hommes Nouveaux, 1997, Dialektik Records)

François Bégaudeau qui fait du punk-rock, vous y croyez, vous ? Non ? Vous avez tort, car c’est lui, avec sa voix simili Paul Félix (Gamine), qui est au chant dans le groupe Zabriskie Point et sur cet excellent morceau « 1997 ». Vingt ans après le sommet punk et deux ans après le titre de champion du FC Nantes, Zabriskie Point mélange Ramones et Noir Désir, secoue énergiquement le tout et le sert chaud et bruyant.

On peut ajouter le nom de Zabriskie Point à la prestigieuse liste des sorties 1997*, ils n’y dépareilleront pas.

9e : THE SMASHING PUMPKINS – 1979 (Mellon Collie and The Infinite Sadness, 1995, Virgin

Avant de faire absolument n’importe quoi et de devenir la risée du monde musical, Billy Corgan a quand même sorti quelques grandes chansons avec ses citrouilles bondissantes. « 1979 » est une petite perle nostalgisante qui, forcément, éveillera en vous quelques réminiscences de personnes perdues de vue, de regrets enfouis, de douces amertumes à retardement. Je ne sais ce qui s’est passé en 1979 pour Billy le kid, douze ans alors, mais ça a bien du l’impressionner. Quelque chose comme un premier amour. Quelque chose dont on se souvient, on se rappelle

10e : PHOENIX – 1901 (Wolfgang Amadeus Phoenix, 2009, V2 Records) 

Phoenix. Bon groupe, albums moyens certes, mais singles remarquables ou, à défaut, efficaces. Problème : tous les ersatz qu’ils ont drainé dans leur sillage électro-pop branchée et radio-friendly, qui tentent de les imiter avec un succès (artistique) bien moindre. On pourrait les recenser (je le ferais peut-être un jour) mais pas maintenant, on s’en fout. Car Phoenix est, répétons-le, un bon groupe et offre, dans cette chanson pop, une seconde jeunesse à l’année de naissance du vingtième siècle ; presque une renaissance.

Auraient pu y être :

David BOWIE – 1984 ; CASSIUS – 1999 ; THE CLASH – 1977 ; DELTRON 3030 – 3030 ; Bernard FEVRE – 2043 ; Serge GAINSBOURG & Jane BIRKIN – 69 Année Erotique ; ORELSAN – 1990 ; SONIC YOUTH – Death Valley 69  ; etc.

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* Radiohead, Daft Punk, Björk, Blur, Depeche Mode, IAM, Bowie, Spiritualized, The Verve, The Prodigy, etc.