METZ – Acetate (2015)

Depuis que le rock est rock, sa mort est proclamée aussi souvent que revient le solstice. Et sa résurrection est avancée aussi régulièrement. Une chose peut être affirmée en tout cas : en tant que ferment de révolte globale et générationnelle, le rock n’a plus la même place prépondérante. Le dernier à avoir assumé, pour le meilleur et le pire, ce statut icarien, c’est Kurt Cobain avec Nirvana. Depuis, quelques-uns ont tenté de reprendre le flambeau : Thom Yorke, Julian Casablancas. Sans atteindre l’envergure du chevelu grunge (à la limite, tant mieux pour eux …). Tout cela s’est dissipé : au-delà de la musique, c’est la signification même du rock qui a changé. Ce n’est pas Ty Segall (qui a encore créé un nouveau groupe, Broken Bat) qui dira le contraire.

Ainsi, malgré tous leurs beaux efforts, Metz, comme ses condisciples, ne sera jamais en rotation lourde sur MTV, ne vendra jamais des millions d’albums, ne sera jamais l’idole d’une génération. Tant pis. On se consolera avec le défouloir souterrain. Et les pancakes. C’est bon, les pancakes. En revanche, il ne faudra pas compter sur Metz pour apporter le sirop, même d’érable.

Car le trio venu de l’Ontario ne fait pas dans la dentelle. S’ils doivent sans doute en avoir marre qu’on leur avance le nom de Nirvana en modèle, la référence est pourtant incontournable, de la formation power trio à l’écorchure des distorsions, du label d’appartenance au boucan généré. Metz, ce serait Nirvana de la période primitive, de l’album Bleach, des chansons enragées, hardcore, sans souci de la séduction pop (« Negative Creep »). Mais le noise-rock sauvage de ces mecs pleins de niaque chasse aussi sur les terres de Jesus Lizard, de Fuzati ou de Jay Reatard, des influences dont ils extraient le suc pour le balancer sous sa forme la plus intense, avec hargne et sans nostalgie aucune, à la gueule du premier venu.

Metz ne conquiert pas l’auditeur par le cœur et les mélodies, mais opère un furieux passage en force, à coups de boutoir sonique qui font vrombir l’électricité, esquintent les cordes vocales et réduisent les frettes à du petit bois tout juste bon pour allumer un barbecue. Ils font parler la poudre, sans pose ni pause, avec une production crade et encore pas mal de scories, mais une énergie dingue qui transcende le tout.

Ouverture de leur deuxième album (intitulé, en toute simplicité, II), « Acetate » est un assaut implacable passé à la meuleuse hardcore, plus affûté qu’un coureur du Tour de France ; un appel, aussi carré que vibrant, à pogoter joyeusement. Et comme vous vous êtes sans doute déjà lancé à fond comme vos murs qui tremblaient sous le déluge de décibels, il me faut conclure ce billet : ces morceaux mériteraient certainement d’être hissés au niveau de bande-son idéale pour ce qu’il se passe en ce moment en Grèce, en Espagne, les luttes à venir. Peut-être bien que le rock peut encore faire parler la poudre, finalement.

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