THE LEFT BANKE – Pretty Ballerina (1966)

Prophètes de la fureur s’abstenir ! Michael Brown (1949-2015), pianiste classique et fils à papa, n’a versé que dans une pop baroque délicate à se briser à la plus petite secousse intempestive, prête à être soufflée par la moindre brise. Alors, ces Left Banke, du mou (du genou) pour les chats ? On ne saurait se tromper davantage.

Aux antipodes de ce que sera, du Velvet Underground à A Place to Bury Strangers, en passant par les groupes du CBGB’s, Sonic Youth, les Strokes et The Voidz, le rock new-yorkais (bruyant, crade, rebelle), The Left Banke est un groupe dont les 45-tours nacrés, à écouter en petit comité privilégié, irradient d’une sensibilité incroyable. Voilà des ronds de cire ou d’aluminium au coin desquels aucune patte d’oie n’apparaît, et qui n’ont, à coup sûr, jamais dû être très loin des écoutilles d’autres orfèvres mélodistes d’hier et d’aujourd’hui : Dorian Pimpernel, Jacco Gardner, Stereolab, Elliott Smith, Air, et consorts.

« Pretty Ballerina » et « Walk Away Renée » sont deux bijoux dans ce domaine, inspirés par l’amour contrarié que ressentait Michael Brown pour Renée Fladen, qui était la petite amie du guitariste Tom Finn. Brown est alors âgé de dix-sept ans et, des tilleuls verts sous la promenade, en est tellement épris qu’il n’arrive même pas à jouer sa partie de clavecin en sa présence ; ses mains tremblent trop, il est obligé d’enregistrer en catimini.

On comprendra donc aisément que, loin de tomber dans la lourdeur que prendra, par exemple, la « Layla » claptonienne, ces deux chansons sont de mirifiques épures de langueur mélancolique. Simples, certes, mais leurs harmonies chantournées avec adresse, sophistication et joliesse font qu’on les range, sans aucune objection, sur la même étagère que The Zombies, Lee Hazlewood, Kevin Ayers et Syd Barrett, avec en sus une petite étiquette pour prévenir de leur cristalline fragilité.

C’est pour rendre hommage à cette grâce qu’un internaute a posté sur YouTube la synchronisation de « Pretty Ballerina » avec  « Le Stoïque Soldat de Plomb », court-métrage d’animation soviétique réalisé en 1976, adaptant le conte d’Andersen. Le rendu est bouleversant. On flirte avec un lacrymal aussi naïf que sublime, celui qu’on peut trouver dans les tout meilleurs moments de Miyazaki. S’il fallait trouver chaussure à ce pied, voilà un étincelant soulier de verre qui sied à merveille.

Mais, le charme féérique de ce morceau rendu inaltérable, The Left Banke ne survivra pas longtemps à ce tour. Conflits sentimentaux (on l’a dit) mais aussi divergences artistiques vont séparer la route de Michael Brown de celle de ses acolytes. Seul compositeur et véritable musicien du groupe, Brown ambitionnait le rôle d’un Brian Wilson, celui d’élaborer dans l’ombre propice des pièces maîtresses pleines de subtilités et de brillances, qu’il conviendrait aux autres membres du groupe de restituer sur une scène qu’il délaisserait. Il n’en fut pas ainsi. Dès fin 1967, Brown quittera The Left Banke pour fonder Montage, autre formation de pop, qui eut moins de succès.

Quant à Left Banke, ils tinrent encore deux ans (fournissant ainsi une première expérience de choriste au petit … Steve Tyler, futur Aerosmith), puis mirent la clef sous la porte. Devant la beauté des quelques chansons mirifiques qu’il y a derrière cet huis, il est bien sûr conseillé de crocheter la serrure de temps à autre. Voilà une recommandation qui devrait figurer, sans pépin, sur tous les guides musicaux de la Grosse Pomme.

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