GORKY’S ZYGOTIC MYNCI – Pentref Wrth Y Mor (1994)

Vu d’ici, on dirait un obscur groupe polonais, dont il serait aisé de bâtir la biographie enjolivée, du genre : « groupe de Czestochowa né en pleine dictature communiste, ayant risqué la prison pour jouer ses morceaux festifs, politiques et avant-gardistes mêlant guitares électriques, vieille à roue, contre-propagande et danses traditionnelles ». Mais non, raté, tout faux. Rien à voir avec la Pologne, ici on serait plutôt Perceval au whisky que Jean-Paul II à la vodka.

Dans ce monde ci, Gorky’s Zygotic Mynci (on abrègera en GZM) est un groupe de troisième ordre venu du Pays de Galles, qui n’a jamais obtenu de médaille d’or et n’est monté sur aucun podium. Condamnés à une éternelle loserie même pas glorieuse, leur dissolution en 2006 est passée aussi inaperçue que le cinéma dans les reportages sur le Festival de Cannes. Serait-ce l’usage du gallois qui a effrayé, cette langue absconse avec des Y, des K et des doubles-L à ne plus savoir quoi en foutre, où le W est considéré comme une voyelle et où une ville peut avoir 58 lettres[1] sans que personne ne s’en émeuve outre-mesure, ? L’hypothèse pourrait tenir. Mais ce serait négliger que GZM a aussi chanté en anglais (de façon intégrale  à partir de Gorky 5 en 1998). Et que chanter dans une langue que personne ne comprend n’empêche pas le succès (demandez à Sigur Ros). Et que le gallois sait se faire très fluide, pour preuve ce délicieux « Pentref Wrth Y Mor ».

La référence qui saute aux oreilles à son écoute, ce sont les Beatles. Vous me direz, on a fait plus original comme assimilation que ce totem liverpuldien autour duquel le pop-rock danse en ronde indienne depuis 1970. Mais là, nous ne sommes pas dans le pastiche circus-rock qu’a pu en faire Oasis[2], ici, tout est caresse, affleurement, suggestion. Face à nos rutilants frangins musclors de la ritournelle britrock, de la morgue plein la trachée, GZM propose une pop ylang-alanguie avec des guitares et des flûtes en bois d’arbre, chantée en gallois par Euros Childs (un nom qu’on vous conseille de ne pas traduire, sous peine de devoir étouffer un rire).

On a soudain l’impression d’avoir sous la main des Beatles période Magic Mystery Tour au songwriting d’écolier primaire, à l’orchestration brouillonne mais au charme incontestable, dilué dans l’écume d’une mer froide et bleu-vert. On y verrait des ados polis, le cheveu fol et gentiment excentriques, bourlinguant dans un vieux van, le viatique sur l’épaule. Ils griffonneraient dans leurs cahiers quadrillés des petits textes à chantonner sur des mélodies duveteuses, envols gazouillants de psyché-folk bucolique captés ou non par un magnétophone huit-pistes rudimentaire.

Au fond, on sait d’où ils viennent : non pas de Pologne, peut-être pas vraiment du Pays de Galles, mais plus sûrement du Village Vert cher à Ray Davies (moins dans la musique que dans l’esprit), des années soixante. Las, la cause est entendue : bien peu les ont écoutés, ou les écouteront. Tant pis pour eux, tant pis pour vous.

______________
[1] Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch. A vos souhaits.
[2] Ce qui les a amenés à être condamnés pour plagiat des Rutles, groupe humoristique qui lui parodiait ouvertement les Beatles.
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