BOARDS OF CANADA – Nlogax (1996)

Je le sais, ça commence à faire un petit bail que je n’ai pas écrit de billet sur ce blog. Quoi ? Pourquoi ? Comment se fait-ce ? Cékoidonk ? Quelle est cette galéjade ? Que fait Antoine Daniel ? Certes. Ne croyez pas pour autant que je ne sois pas occupé, que je fais la grève de l’Azerty ou que je me contente de gonfler une bedaine sponsorisée par Leffe. C’est même l’inverse qui se passe, mais j’ai dû momentanément laisser un peu DBQP de côté. Alors, pour ce retour inopiné on board, qui de mieux que Boards of Canada pour éviter tout débo(a)rdement ?

Depuis le fin fond des années 90, le secret duo édimbourgeois s’adonne à une électro évanescence de geeks pour esthètes et snobs en tous genres[1]. C’est beau, c’est émouvant, c’est travaillé, même si par instants on regrette un déficit de nervosité, de pop. En 1996, pas encore signé chez le mythique label Warp (ce sera fait en 1998 avec Music Has the Right to Children), le duo écossais s’inscrit dans le sillon IDM d’Autechre, autre duo d’écumeurs d’éprouvettes sonores, avides d’expérimentations downtempo.

Avec ce nom qui siérait à merveille pour un animal du bestiaire d’Harry Potter – je l’imagine fort en nuisible magique qui parasiterait les chênes, une sorte de mix cafard-termite, un truc chiant, quoi – « Nlogax » est une pièce discrète de space disco où les ordinateurs seraient capables de poésie, avec un peu de ci, un peu de ça, une versée d’intellectualisme ambient et deux-trois cuillères d’huile essentielle de groove[2]. « Nlogax » contribue à poser les bases de ce que l’on ne nomme pas encore la musique hantologique – ça viendra à mesure que BoC acquerra ses lettres de noblesse parmi les connaisseurs.

Tout est déjà là. Les boucles instrumentales autant inspirées par le hip-hop que par les vieux films Super 8, répétées jusqu’à l’obsession, jusqu’à trouver le point sensible de la mémoire où elles viendront extraire des souvenirs lointains, vécus ou non, de leur gangue : interminables balades à vélo, moments suspendus à la bascule d’une balançoire, goûters avalés devant les dessins animés. Les rythmiques mates nuancées par des claviers nimbés d’écho faisant penser à des écharpes de vent qui viendraient s’enrouler autour d’une musique en mouvement dans une plaine à perte de vue. Le climat soyeux, vaporeux qui apaise et fait dodeliner du ciboulot en même temps. Les couches sonores s’additionnent, formant une musique sineuse, complexe et en même temps très accessible, sur laquelle quiconque peut se laisser porter.

Voilà qui, subtilement peaufiné, sonne limpide comme l’onde d’un ruisseau, rappelant des brouillons de sourires, des débuts de courage, des joies effilochées, des naïvetés oubliées et des ennuis sublimés. Tout cela dans une fluidité qui en fait une pure musique de chill, en fait, à la cool. Hi Scores, high score. Et ce n’est que le début. Attention cet été à l’insolation sous l’hexagonal soleil turquoise : pour cela, il y a « Nlogax » (oui, parce que ça sonne aussi comme le nom d’un médoc. Mais quel beau remède !).

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[1] J’ai trouvé intéressant le nombre plutôt conséquent de gens qui ont pu opposer, lorsqu’ils ont sortis leurs albums respectifs à un mois d’intervalle (en 2013), Boards of Canada à Daft Punk. Si ce parallèle est judicieux sur pas mal de points, je n’aime guère la partition que certains font découler de cette mise en regard, avec d’un côté les probes puristes avec de l’inspiration et de l’éthique (Boards of Canada) et de l’autre les mecs sans imagination vendus au business (Daft Punk).
[2] Avec, cadeau bonus, la rythmique samplée (et un brin basique) de « Last Night A D.J. Saved My Life » qui occupe seule la première minute du morceau.
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