Aline : l’interview

Crédits image : Martin Etienne (happiness-in-uppsala.fr)

IL EST DES ALBUMS, DES GROUPES CHARNIÈRES DANS UNE EXISTENCE. REGARDE LE CIEL A IMPRÉGNÉ L’ADOLESCENT QUE J’ÉTAIS (QUE JE SUIS). ILS SONT MES SMITHS.

MALINE, CALINE, LA PATINE D’ALINE A CLARIFIÉ LA LIGNE D’HORIZON DE LA POP D’ICI, GAMINE RESSUSCITÉE PROUVANT QUE FRANÇAIS, LÉGÈRETÉ ET MUSICALITÉ NE RIMAIENT PAS EN VAIN.

AVANT UN DEUXIÈME ALBUM PRÉVU POUR FIN AOÛT, ENTRETIEN AVEC ROMAIN GUERRET, CHANTEUR DU GROUPE ALINE.

Du Bruit Qui Pense : La France est-elle un pays pop ? La pop en France n’est-elle pas, au contraire d’en Grande-Bretagne, davantage l’affaire de personnes, d’exceptions que d’une culture, d’une tradition ? 

Romain Guerret : En France, nous avons de très grands écrivains, de grands musiciens, de grands couturiers, de grands philosophes, de grands peintres, de grands cuisiniers, de grands cinéastes. La question de la culture, en France, c’est du sérieux. Une vision de la culture assez élitiste du coup. La barre est haute. On parle d’arts majeurs et d’arts mineurs, on segmente beaucoup, on met les choses dans des cases selon une échelle de valeurs qui nous est propre. Alors, bien sûr, la culture populaire existe, mais elle est assez mal considérée, moquée, traitée avec condescendance. A côté de Baudelaire ou Proust, on a vite fait de passer pour un débile léger si on donne dans la variété, la pop ou le rock. Erik Satie qui est pour moi un immense génie passait déjà pour un charlot aux yeux de ses contemporains parce qu’il lui arrivait de donner parfois dans la musique dite populaire, avec des emprunts à l’esthétique des opéras bouffes et des revues légères. En France, c’est, en gros, culture populaire égale vulgarité. J’ai l’impression qu’en Angleterre, c’est différent. Le fossé entre arts majeurs et arts mineurs est moins profond, on peut aimer Purcell et les Beatles, Hitchcock et Benny Hill, être très élégant et finir ivre mort sur la chaussée un samedi en sortant du pub.

Je pense qu’à la base, la tradition de musique populaire est plus importante chez les Anglo-Saxons. Ils ont une tradition de musique de rue, de la musique pour tout le monde, facile à jouer, avec des instruments sommaires, bricolés. Une musique qui a pour fonction d’accompagner l’existence, de raconter le quotidien avec ses hauts et ses bas. Ça rythme les vies. Le folk, le skiffle, la musique celtique sont des musiques faites pour ça : tout le monde peut s’en emparer pour raconter son histoire, son vécu. Il y a un rapport désacralisé avec la musique. En France, c’est moins le cas. Ça passe plus par les livres ou la poésie.

Alain Bashung disait : « Une chanson, on y vient pour la musique, on y reste pour le texte ». N’est-ce pas de là que viendraient les difficultés de la pop francophone, cette seconde barrière qui est la focalisation sur ce qui raconté et comment cela est raconté ?

Je n’ai jamais été très sensible à Bashung mais je trouve cette phrase assez juste. Musique et texte sont indissociables, il faut les deux pour avoir une chanson réussie. Mais texte réussi ne veux pas dire forcément grand texte littéraire, formellement et académiquement parfait. Pour moi un texte réussi c’est le texte qui parait simple, qui fait corps avec son écrin musical et qui accessoirement raconte quelque chose de puissant même s’il est minimaliste et un peu pauvre. On ne doit pas sentir le texte, le travail qu’il peut y avoir derrière, cela doit couler de source. Un grand texte laisse de la place à la musique, la musique ne peut pas être qu’une illustration de fond. Ou sinon, autant lire un bouquin. La musique populaire, c’est fait pour être chanté, dansé, vécu de façon sensorielle et pas qu’intellectuelle. C’est fait de légèreté et de profondeur comme l’existence. La musique francophone a tendance à s’axer sur le texte au dépend du rythme, de la pulsation, du côté instinctif et animal, comme si on ne pouvait pas mélanger ces deux mondes, le corps et l’esprit. C’est encore notre tradition littéraire qui prime sur tout. Au final, pour moi, la musique pop est une synthèse entre les anciennes formes de musiques populaires archaïques, folkloriques, basées sur le récit et la répétition de motifs, la complexité mélodique de la musique classique occidentale et la pulsation de la musique noire.

Le défi est-il de faire en sorte que le français demeure une langue sensorielle, pouvant être ressentie et rester hors de l’exégèse intellectuelle, qui ne dénote pas, même à la dixième écoute ?

La langue française est merveilleuse, c’est un très bel outil. Sa richesse permet de faire passer n’importe quel sentiment. Elle est moins directe que l’anglais, moins universelle parce que moins usitée mais ce n’est pas du tout un problème pour moi. Cette histoire comme quoi la langue française ne serait pas faite pour chanter le rock ou la pop est un faux problème. On peut tout chanter en français. C’est une question d’habitude d’écoute. Prends « Salut les amoureux » de Joe Dassin, j’ai écouté ce morceau des centaines, des milliers de fois, ça marche encore et pourtant ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est hyper bien foutu : texte, mélodie et interprétation, tout est parfait dans ce cadre très particulier et contraignant qu’est la musique populaire.

Y a-t-il une méthode particulière pour sonner le français comme une langue pop ? La réputation qu’on a parfois accolée à la langue française – d’être empesée, assimilable à la variété ou encore soumise au double héritage de la littérature du XIXe siècle et de la chanson à texte Brel-Brassens-Ferré – est-elle méritée ?

Il n’y a pas de méthode particulière. C’est une question de feeling et de choix de mots. Il faut juste savoir ce que l’on veut raconter et comment on veut le raconter. Comme j’écris en français, je ne me pose plus ce genre de question car j’en ai pris l’habitude. Je sais où je veux aller. Je veux avant tout que ce soit musical, que ça sonne et qu’il y ait de l’émotion. J’ai l’impression d’y arriver parfois. C’est peut-être plus difficile pour d’autres, ou plus facile, je ne sais pas. Moi j’ai du mal avec les textes trop littéraires ou, pire, les textes qui se veulent littéraires, le plus gros écueil possible quand on chante en français. A mon sens, ça n’a pas trop de place dans la pop. L’écriture pop c’est un exercice en soi, un genre soumis à des règles précises, des règles très astreignantes. Paradoxalement je me bats pour que mes textes ne soient pas trop littéraires justement. Quand on est Français et qu’on a lu quelques bouquins, on peut très vite être enclin à partir sur du texte très construit, à utiliser tous les outils que cette langue complexe met à notre disposition. Je m’interdis certains trucs que d’autres pourraient considérer comme très littéraires, très bien écrits mais que moi je considère comme faciles. Je n’ai pas peur des clichés. J’aime rester un peu en surface, ne pas trop développer. Je recherche la simplicité et l’efficacité, j’essaye de travailler l’épure, dire beaucoup en très peu de mots, des mots simples mais triés sur le volet. Si un mot est utile à la narration ou si un mot me plait mais qu’il ne rentre pas dans le cadre de la musique, je ne l’utiliserai pas. Les mots sont des esclaves, des esclaves exigeants, mais des esclaves quand même.

On peut se moquer de la variété mais quand on voit le niveau de certains trucs des années 60 et 70, de Joe Dassin à Michel Delpech en passant par Reggiani, ça calme. Ils racontent en trois minutes ce qu’un scribouillard laborieux écrirait en des centaines de pages, les sentiments et l’émotion en moins qui plus est !

aline

Écrire, agencer vos textes, est-ce quelque chose d’amusant ou d’exigeant ?

Ça dépend, parfois les mots viennent assez rapidement, et parfois c’est plus dur, il faut lutter. C’est amusant quand tout coule de source. Quand on n’a pas vraiment d’efforts à faire, généralement c’est bon signe. Quand il faut batailler, c’est qu’il y a un truc qui cloche. L’idée n’est pas bonne ou trop vague ou la musique nous emmène sur une fausse piste. Il faut alors revoir sa copie, ça m’arrive souvent.

Dans une chanson pop, les mots sont-ils tributaires de la musique ? Est-ce la couleur musicale qui fait qu’on va choisir tel mot plutôt qu’un autre, tel registre de langage, telle manière de construire ses paroles ?

Je commence toujours par la musique. C’est la musique qui commande, c’est elle le maitre des mots. Le tempo, l’atmosphère qui se dégage d’une instru, sa tonalité, sa couleur, la grille d’accords utilisée vont donner le mood général. Ensuite vient la ligne de chant. Je n’ai jamais trop de mal à trouver les lignes de chant, c’est quelque chose qui me vient assez naturellement. Généralement, c’est en yaourt. Et puis arrive le moment où il faut transformer ce yaourt en texte et c’est là que ça se corse. La métrique est hyper importante, il faut viser juste, trouver les mots adéquats, qui sonnent, qui rentrent dans les cases mais il faut que ces mots mis bout à bout raconte quelque chose ! J’y tiens, il faut toujours raconter quelque chose dans une chanson pop. Partir d’un texte puis composer la musique autour serait parfois plus simple. Mais le résultat ne serait peut-être pas la pop que j’affectionne. Cela deviendrait trop « littéraire » car j’aurais tout basé sur des mots.

La pop-song parfaite existe-t-elle ? Et ce peut-elle qu’elle soit chantée en français ?

Oui la pop-song parfaite existe. J’en ai plein mes placards, mon iTunes, mes iPods. La pop-song parfaite peut être chantée dans toutes les langues. Mais ce qui est bien c’est qu’on peut toujours essayer d’en composer, c’est sans fin ce truc-là. C’est même motivant. Je me nourris de parfaites pop-songs depuis que je suis gamin. J’aurais tué père et mère pour en écrire certaines et ça me pousse à continuer. Quand tu travailles depuis des heures dans ton studio et qu’à un moment donné tu sens venir quelque chose, quelque chose de très bon, ce moment-là est magique, tu rentres dans une sorte de transe, plus rien n’existe. J’ai une passion pour les tubes. J’écoutais beaucoup la radio quand j’étais gamin : toute la nuit, je laissais le poste allumé. Ça me rassurait car pendant très longtemps j’ai eu peur du noir. Les tubes des années 80 ont donc littéralement bercé mon enfance et je me suis naturellement imprégné de ce format.

Vous sentez-vous les porte-étendards français d’une certaine conception indie de la pop ?

Non pas vraiment. On fait notre truc, ça plait ou pas. Et puis on ne se dit pas qu’on fait de l’indie-pop, même si on est attachés à ce genre et à cet état d’esprit. C’est trop réducteur et il y a trop d’intégristes dans ce milieu. On aime aussi plein de choses assez différentes. Heureusement, ce qui nous fait hyper plaisir c’est qu’on a une bonne fan-base, des gens assez ouverts, des popeux pur jus mais pas pénibles, et d’autres moins pointus musicalement mais se retrouvent dans ce que l’on propose. On n’est pas contre le fait de plaire au plus grand nombre, bien au contraire : écouter sa chanson qui passe à la radio, c’est une super sensation. Mais on ne fera pas tout pour ça, on garde notre cap.

Que pensez-vous de l’étiquette « nouvelle scène pop française » sous laquelle on vous a rangé – avec Lescop, Pendentif, Granville, Marc Desse, Bengale, La Femme, et caetera – au moment de la sortie de votre premier album ?

J’en pense pas grand-chose, à part qu’il fallait bien qu’il se passe à nouveau quelque chose d’intéressant dans la pop en France. On est tous arrivés à peu près au même moment, sans se connaitre, éparpillés aux quatre coins du pays. Il y ’avait quelque chose dans l’air, c’est sûr. Un mouvement spontané. On a tous passé deux ou trois belles années, on était contents de faire partir de ce mouvement, ça a créé une bonne dynamique, un peu de compétition aussi, une émulation collective. Ça a profité à tout le monde. En 2015, chanter en français sur des mélodies pop n’a plus rien d’exceptionnel. Tout le monde s’y est mis. Maintenant, je pense qu’il faut passer à autre chose, arrêter avec cette étiquette. Personne n’a envie de se voir affublé de « nouvelle scène française » toute sa vie.

Dans le contexte socioéconomique actuel, peut-on en partie lire le retour de la pop hexagonale à la langue française comme une volonté de relocalisation ?

Oui je pense que quelque chose s’est décoincé. Le tabou que constitué le fait de chanter en français est complètement mort aujourd’hui et c’est tant mieux. Les gens d’ici ont pris conscience qu’ils avaient tout à gagner de chanter dans leur propre langue, que ce n’était plus ringard et que c’était possible. Du coup, chanter dans sa langue change la teneur des propos. On chante autre chose, ce qu’on est, ce qu’on vit, ce qu’on ressent, avec nos propres mots, nos propres références. On s’est approprié cet idiome, on est plus obligé de singer nos idoles, on peut y injecter notre folklore, notre culture. Enfin bon je dis ça, mais chanter en français en France a toujours été la norme, il y a juste eu dix années ou les groupes se sont mis à baragouiner en anglais par fainéantise, pour s’inventer une vie, par ambition aussi, essayer de marcher à l’international. Bref, pour des mauvaises raisons. D’Erik Satie à Daft Punk, il y a toujours eu une spécificité française dans la musique, une certaine vision, un savoir-faire différent des Anglo-Saxons. On est très forts en musique de danse, en disco, en musique électronique, mais moins dans la pop ou le rock, qui ont toujours été le pré carré des Anglo-Saxons.

Il vous est arrivé d’enregistrer avec Dondolo des chansons en anglais (« Fluffy Angel », « Fauvisme », « A Question of Will », …). Pourtant, avec Aline, vous tenez à écrire et à chanter exclusivement en français. Pourquoi ? Qu’est-ce que le français apporte que l’anglais ne permet pas ?

Avec Dondolo j’ai chanté en anglais mais aussi en français et même en ukrainien ! C’était soit par facilité, soit parce que je n’avais pas confiance en moi, soit pour essayer des trucs. Les chansons en anglais que j’ai pu écrire et chanter, ce n’est vraiment pas ce que j’ai fait de mieux. Mais j’étais jeune, je me cherchais. Une chanson en anglais comme « Fluffy Angel », que j’adore, est typiquement une chanson que je n’aurais pas pu écrire et chanter en français. Si on la traduit telle quelle, ce n’est carrément pas possible. « Ange poilu, mon petit ange poilu … ». En anglais, on est plus libre, ça sonne tout de suite et les gens ne comprennent pas tout. Et c’est une langue synthétique, on peut exprimer des choses assez complexes avec très peu de mots, c’est direct. Si je l’avais faite en français, je me serais vraiment pris la tête pour exprimer cette idée toute simple : mon petit chien que j’aimais, si mignon, si gentil, est mort et je ne l’oublierai jamais. Une ode à mon chien disparu en forme de mantra. En français ça donne « Oural, Ouralou » de Jean Ferrat, enfin, un truc comme ça. Cela dit, c’est une très belle chanson « Oural, Ouralou ».

Vous avez également composé pour Alex Rossi sur une chanson en italien, « L’Ultima Canzone ». Du coup, peut-on dire qu’il existe un langage commun à la pop, à l’indie-pop, qui transcende les langues – en somme, comme une internationale indie-pop générant des codes musicaux partagés ?

Une bonne chanson reste une bonne chanson qu’elle soit chantée en anglais, en japonais, en berbère ou en italien. En ce qui me concerne j’adore l’Italie, la pop italienne, l’italo disco, par ce que ça raconte quelque chose d’un peuple et d’un pays et puis que ça me rappelle mes ans, ma vision fantasmée de la dolce vita et de ce pays. Même quand ça chante en anglais, on y croit pas une seconde, on sait que c’est italien, ça transpire ! Ils ont un truc bien à eux. Le but, c’est que l’émotion passe. La langue n’est pas une barrière. Quand une chanson est réussie on la comprend naturellement, on capte ce qu’elle raconte de manière instinctive même si des détails nous échappent. C’est bien de ne pas tout comprendre de toute façon, ça laisse un peu de liberté d’interprétation. On se fait notre propre film. C’est souvent mieux comme ça d’ailleurs. Avec Alex, qui est un ami, on a la même culture musicale et le même amour pour les chansons bien troussées. D’ailleurs, on est en train de bosser sur la suite de « L’Ultima Canzone », toujours en rital.

Avant Aline, vous vous appeliez – magie de la captcha – Young Michelin. Pourquoi avoir choisi ce nom en partie anglophone aux débuts de ce groupe ?

Je trouvais la méthode marrante, le côté aléatoire du truc, et je me suis arrêté sur le captcha ‘‘Young Michelin’’ car ça sonnait bien, doux, poétique, suranné, mélange de français et d’anglais. Français pour mes origines et ma culture, anglais pour mes références musicales du moment. Ça collait bien.

Après avoir réalisé le premier album avec Jean-Louis Piérot (Les Valentins), vous avez travaillé pour le second avec Stephen Street : faut-il lire ce changement de collaborateur comme une montée en gamme d’Aline ?

Non, ce n’est pas une montée en gamme. On a été très heureux de bosser avec Jean-Louis et on est très contents du premier album. Quand il a fallu chercher un réalisateur pour le deuxième album, on a fait une liste et puis en dernier pour rigoler on a mis Stephen Street car on ne pensait vraiment pas que cela serait possible. Et puis au final ça c’est fait, et assez facilement en plus. Faire de la musique en 2015, ce n’est pas tous les jours marrant et pour nous ça doit rester un rêve de gosse, pas un travail ni un truc trop sérieux. Bosser avec un gars comme Stephen Street, c’était continuer ce rêve de gosse. C’est quand même un gars qui a fait pas mal de nos albums de chevet, qui a côtoyé des groupes et des personnalités incroyables. Il fait partie de la grande histoire de la pop, de la pop qui nous a formé, alors peu importe le résultat, que cet album marche ou pas, on pourra se dire qu’on aura fait ça, le seul groupe français à avoir bossé avec Stephen Street jusqu’à maintenant c’est nous, c’est Aline. Même si le grand public s’en tape, nous on le sait et il n’y a que ça qui compte.

Les compilations La Souterraine, le French Pop Festival, Entreprise, la « nouvelle scène pop française » : y a-t-il aujourd’hui un frémissement de la pop francophone comme il y a pu en avoir vers 1987-1993 avec Gamine, Oui Oui, Dominique A, Katerine, Les Objets, les débuts de Noir Désir, Les Désaxés, et Les Inrockuptibles version mensuelle comme relais médiatique ?

Je ne sais pas … Ce doit être cyclique, tout est cyclique. Les périodes de paix succèdent aux périodes de guerre, les périodes de crises aux périodes fastes. Peut-être que dans deux ans tout le monde écoutera du hard rock ou du gabber. Ou du gabber chanté en français, qui sait ?

Le fonctionnement de l’écosystème pop en France vous convient-il ? Où y voyez-vous des choses à corriger (et si oui, quoi) ?

Très franchement, on ne se pose pas ce genre de questions. On est complètement immergés dans notre musique. On la crée, on la joue, c’est notre truc. Après, tout système est perfectible. Et peu importe le système dans lequel on évolue, ça ne change pas grand-chose pour nous au final : on fait ce qu’on aime contre vents et marées. S’impliquer dans ce genre de considérations briserait pas mal de magie. Cela dit, on n’est ni dupe ni aveugle. Si on peut éviter de se faire empapaouter, on n’hésite pas cinq minutes.

Que pensez-vous des quotas de diffusion de chanson francophone imposés aux radios FM par le CSA ? 

Je trouve bizarre qu’on soit obligé d’imposer des quotas aux radios FM. Les seuls quotas qui devraient être imposés, ce sont des quotas de diffusion de musique de qualité. Ces histoires de quotas, je ne suis pas sûr que ça profite forcément à des groupes comme Aline, de toute façon. Ça profite surtout aux gros vendeurs, aux grosses vedettes. La radio c’est le nerf de la guerre et, pour le vivre de l’intérieur, je commence à avoir une idée bien précise de comment tout cela fonctionne. Il y avait une radio, Le Mouv’, qui passait beaucoup d’artistes issus de cette nouvelle vague. C’était une bonne chose d’offrir un peu de visibilité à tout ce petit monde. Maintenant, c’est fini …

Si vous aviez un peu d’argent et une baguette magique, à qui donneriez-vous un coup de pouce, qui réhabiliteriez-vous ?

Sans aucun doute, Brigitte Bardot en tant que chanteuse. Il n’y rien à jeter dans sa discographie et j’ai l’impression qu’elle est très sous-estimée. Un peu comme la Cicciolina, qui a aussi fait de très bons morceaux. Et puis il y a Yves Simon, qui n’a pas encore été remis à la mode par les branchés mais qui mérite vraiment d’être redécouvert.

Idéalement, si je vous interviewais de nouveau en 2025, que voudriez-vous qu’Aline soit devenu ?

Idéalement, dans dix ans ? Qu’on soit tous des gens riches et en bonne santé, vivant avec femmes, enfants et copains dans un immense château plein de vin et d’instruments de musique. Voilà ce que je nous souhaite !

alinealbum

La Vie Électrique, sortie le 28 août 2015 (PIAS)
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Interview également publiée dans le fanzine Du Bruit Qui Pense #2 (mai 2015)
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