URUSEI YATSURA – Phasers on Stun-Sola Kola (1996)

On peut venir d’un pays où il flotte du lever au lever du lendemain (l’Écosse, son whisky, ses moutons, ses groupes d’indie-rock) et choper son nom d’un anime où l’une des protagonistes – celle qui a impressionné la rétine de pas mal de pré-ados collés devant Club Dorothée – est une extraterrestre aux cheveux turquoise portant bikini et bottes tigrées. Et, autre signe de l’amour de ce quatuor de Glasgow pour le pays du Soleil Levant et des Catastrophes Atomiques, le titre de ce premier LP, We Are Urusei Yatsura, est imprimé en idéogrammes sur la pochette.

Mais, ces anecdotes placées hors de la lumière, c’est vers un autre pays que l’imagination est téléportée avec Urusei Yatsura. Oh non, on ne pense pas à l’Angleterre de la britpop triomphante, plutôt à l’Amérique des campus. A elle et aux années 90 du rock alternatif. Si vous ne connaissez pas Urusei Yatsura, disons qu’il s’agit d’un des groupes indie-rock 90s les plus sous-estimés de cette époque, de ce circuit. Bon, si ça peut nous éviter de les entendre vanter les prêts sur trente ans de la Banque Postale (« Island in the Sun » de Weezer, sérieusement abimé dès lors), tant mieux. Mais c’est bien dommage tout de même.

Comme l’écrivait cet autre qui sentait l’esprit de l’adolescence, ils « ne sa[ven]t pas s’il veu[len]t être punk ou R.E.M ». Coincé entre Nirvana et les collègues de Michael Stipe, entre Pavement et Pixies, Urusei Yatsura accumule les morceaux tubesques, catchy, fusants, futés, en s’en cognant totalement. Je le sais d’expérience, ayant trouvé leur album à trois euros dans un bac à soldes – un rapport qualité-prix imbattable, sauf à ne pas payer du tout, bien sûr. Dans les crédits de l’album, il est mentionné que tout le monde a joué du pistolet laser, du vaisseau spatial, des poupées et de la boite à rythme. Voilà pour l’ambiance. La musique, c’est la formule classique, voix, guitare (Fergus Lawrie et Graham Kemp), basse (Elaine Graham) et batterie (Ian Graham), joué avec un enthousiasme à toute épreuve.

Ce groupe-là – et ce n’est pas « Phasers on Stun–Sola Koka » qui va venir me contredire, bien au contraire – est aussi bancal et revigorant que le groupe de rock idéal de toute adolescence blanc-bec. Ceux qui se montent de bric et de broc entre les cadavres de bières, les disques de grunge et les canapés défoncés où s’avachir pendant des heures avec de la super herbe, à l’âge où d’autres s’emmerdent à jouer les mâles alpha ou à obtenir des sésames pour des écoles où on apprend à écraser les gens.

Voyez le clip de ce morceau. Regardez-le, vous aurez l’impression d’avoir pris place dans un Tardis direction l’époque des Game Boy et du CD roi. Tout y est : les coupes de cheveux de slackers, les cartoons, la saturation dans les guitares et dans l’image, les pogos en costumes de Star Trek, la désinvolture bruyante qui donne envie de sauter partout. Du cool noisy, du pop-punk avec un côté esprit frappeur typique des années 90.

Urusei Yatsura, Buzzcocks des nineties ? Peut-être bien. Ou l’équivalent sonore d’un hangar entier de barres chocolatées à l’épinéphrine. Une bonne dose de fun écorne-muse dans les amplis. Oui, j’essaye de trouver la meilleure formule pour vous convaincre du pouvoir magique de ce son vigoureux et insolent, de cette comète efficace en diable qui a disparu à l’orée du troisième millénaire. J’espère y être parvenu.

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