TAME IMPALA – Let It Happen (2015)

« L’impala est une antilope, athlétique et très gracieuse, réputé pour sa vitesse et son agilité à bondir. » Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est Wikipédia. A chaque nouvelle portée de ce drôle d’animal psyché coincé entre projet solo et vie de groupe, j’en frétille d’avance, avec un niveau d’excitation comparable à celui d’un pseudo-geek devant les prétentieux keynotes des roitelets du verger de la Silly Clone Valley.

Déjà, sans même citer le pourtant excellent Innerspeaker, Lonerism est un de mes albums favoris de ces dernières années. Je suis même certain qu’il sera encore là lorsqu’il faudra, d’ici une poignée d’ans, cristalliser en un classement injuste mais nécessaire les meilleurs bas-morceaux qui furent mis sur les étals du troisième millénaire avant que je ne devienne ce prototype du quinqua, aigri, ventripotent, nostalgique et rongé par les métastases – ou avant que je ne sois mort, tout dépendra du scénario. Et pour en revenir à Kevin Parker et Tame Impala, leurs derniers bondissements depuis Lonerism – la reprise du « Stranger in Moscow » de MJ, le « Daffodils » avec Mark Ronson, ou encore les péripéties de Pond – m’ont toujours régalé, grandes ou petites fussent mes attentes.

Et puis, notons-le pour l’anecdote, ils ont, cocorico-l’ami-Ricoré, un petit bout de France en eux. Non à cause de leur nom – quoique la notion d’animal apprivoisé peut évoquer le Petit Prince de Saint-Ex – mais parce que leur batteur (Julien Barbagallo) vient de Toulouse, et aussi parce que leur leader Kevin Parker est un francophile revendiqué, qui a produit des artistes près-de-chez-vous comme Moodoïd ou Melody’s Echo Chamber (aka Melody Prochet, alors petite amie du Kev’s).

Mais assez de palabres autocentrées ou cocardières, et venons-en à ce morceau[1]. Qui surprend quelque peu, car Tame Impala y infléchit sa recette. Certes la batterie est toujours aussi solide, certes les guitares bavent toujours autant de flanger lorsqu’elles se retroussent les manches, mais les Australiens ont lissés leur son et rogné les angles de leur rythmique carrée. Tournant le dos aux mânes d’un Lennon tombé dans la réservé de reverb et d’acides, ils sont allé frotter leur musique au soleil d’Odessa, s’inspirant du Caribou qui y avait en 2010 élu domicile.

Ajoutant des brassées de bleep-bleep de bon aloi, des claquements de doigts de ci de là, un beat plus rond lorgnant sur les machines, et des cordes pour magnifier le pont à la moitié du morceau, Tame Impala part vers une électro-pop où, l’espace de quatre cent soixante-et-onze secondes, tout s’étale, s’étire, groove sous psychotropes barbouillé de couleurs et de chatoiements, où les voix réverbérées se superposent aux fluo qui dégorgent.

Cela étant, certains pourraient reprocher à ce morceau de manquer de suc, de saleté, d’être trop écrémé, délayé, adouci. On n’intimera pas à ceux qui pensent cela de se bâillonner avec du gros scotch ; après tout il y a bien des gens qui décrètent que Pink Floyd est inaudible dès après 1967. Mais on leur recommande seulement de patienter et de juger sur pièce ce que donnera la figure complète. Let it happen, vieux.

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[1]Un morceau auquel vous pouvez accéder sans même mettre une pièce dans la machine. Si c’est pas beau, ça !
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