VIET CONG – Dark Entries (BAUHAUS cover) (2014)

Bien sûr, j’aurais pu, afin de contenter vos oreilles aussi pointues que celles de Leonard Nimoy, vous parler de leur album homonyme sorti en début d’année. Une salutaire galette remue-ménage qui, piochant chez Frank Black, Syd Barrett ou Sonic Youth, a donné un vigoureux coup de pied au cul d’un indie-rock affalé dans sa chambre. Voilà qui mérite amplement tous les colliers de tiaré et les louanges qu’il a reçus.

J’aurais pu vous parler de « March of Progress », peut-être la meilleure pièce de l’ensemble, qui démarre comme du drone, se déploie dans une pop-song venue du pays où vit Syd Barrett et s’infléchit en une coda brillante. Une structure triptyque qui en fait le petit frérot du « Station to Station » de l’autre grand duc blanc. Oui, j’aurais pu user mon clavier là-dessus, car il y avait à dire et à féliciter.

Mais j’ai préféré, pour évoquer les Canadiens de Viet Cong, vous causer de la reprise qu’ils ont fait de « Dark Entries », le second single pondu par les ténébreux zigues de Bauhaus[1]. La base, quoi. Une reprise plutôt fidèle à l’originale du groupe de Northampton, à un détail près : elle semble avoir été faite sous speed au milieu d’un incendie. Ça va vite, ça dévale la pente toutes sirènes hurlantes, ça accélère encore à l’instant même où il semblerait suicidaire d’aller plus vite. Là où Bauhaus pouvait être engoncé dans une posture trop altière et théâtrale, Viet Cong se fait viscéral, violent, frénétique. Urgent.

Loin des dégénérescences du gothique (en vrac, Indochine, Mylène Farmer, Évanescence, Twilight, les emos), Viet Cong refait de ce cold case alternatif une batcave où souffle le blizzard, radicale, en rupture, pas aimable. Les délires Nosferatu ou les poses sophistiquées sont mis sur la touche. Viet Cong se concentre sur la foudroyante restitution des portails obscurs, diamants noirs intacts. Neige carbonique, perturbation des ondes, effet larsen, Viet Cong fait imploser et revivifie la magie noire initiale, hors de la poussière et des fanfreluches compassées, dans une impétuosité bienvenue, produit de l’improvisation. « On adore ce morceau, dira le bassiste et chanteur Matt Flegel. On a essayé un peu au hasard dans le local de répète et on a décidé de la jouer deux fois plus vite. Ça sonnait bien donc on l’a gardé. » C’est simple, le rock, non ?[2]

Et si la New Pop d’aujourd’hui continue artistiquement à se casser la gueule telle une Madonna ayant oublié sa carte Vermeil, Viet Cong peut faire espérer à une alternative pour décrasser nos oreilles plus efficacement qu’un coton-tige. Tendu, fauché, inspiré : assisterait-on au retour de l’indie-rock, à son idéologie impécunieuse et franc du collier ? Je ne crois pas hélas. Quand on voit Imagine Dragons se revendiquer de ce qualificatif qui, fut un temps, désignait Pixies, Melvins, REM, Hüsker Dü, MBV période Dave Conway, cela donne, un, une belle leçon sur le glissement sémantique, deux, une sérieuse envie de pousser lesdits Imagine Dragons du trentième étage d’un gratte-ciel. Toutefois, si le temps où les groupes tournaient l’estomac creux, la nuque endolori d’avoir dormi sur la caisse claire mais avec un putain d’idéal chevillé au corps, a été relégué dans les albums photos, Viet Cong constitue musicalement une très belle exception[3], une raison d’y croire pour tous les Rock & Folkeux des squats et des campus. J’aime l’odeur de l’ampli grillé au petit matin.

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[1] Quand on sait que leur tout premier single de Bauhaus est « Bela Lugosi’s Dead » et ses neuf minutes funéraires, on se dit que Bauhaus n’a pas lésiné sur les grandes chansons à ses débuts.
[2] A l’éternelle question sur l’origine du nom du groupe, Viet Cong a une réponse qui frappe par sa simplicité : « Il n’y a pas vraiment d’histoire derrière ce nom. On avait un concert de prévu, et on cherchait un nom à la dernière minute. Notre batteur Mike a suggéré ce nom en salle de répétition. On l’a gardé. »
[3] Avec les excellents Français de Venera 4, dont on reparlera par ici.
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