THE HUMAN LEAGUE – Don’t You Want Me (1981)

J’ai une connaissance qui aime à présenter mes goûts musicaux particulièrement selon les connivences « années 80 » que nous avons (Pixies, New Order, la coldwave). Si je trouve cette présentation quelque peu réductrice, ce n’est pourtant pas cet article qui va pas m’aider à élargir sa perception de mon prisme mélomane. Mais tant pis – on s’en fout, finalement.

Car parmi les morceaux qui méritent indéniablement qu’on se mouille pour eux, afin de les extirper de l’écueil du ringard dans lequel ils glissent peu à peu, il y a cette chanson : « Don’t You Want Me », indiscutable sommet de ce groupe trop bien peigné qu’est The Human League. Hyper accrocheuse dans sa forme, follement triste dans son propos, elle retranscrit toute l’époque qui s’apprête à se dérouler devant elle. Sous la légèreté de la mélodie, la fluidité synthétique de ce tube, la magie de ces neuf notes initiales, il y a, dans le propos de deux protagonistes de cette historiette (un Pygmalion d’opérette et une péronnelle ambitieuse), de la rancœur, du ressentiment, de l’amertume, un brin de condescendance. Et aussi l’avidité de reconnaissance, la célébrité comme étalon-or, le cynisme, la manipulation, l’opportunisme sous le soleil faux des spotlights et des caméras. Bienvenue dans les 80’s.

Certains, heureusement, en auront des souvenirs plus joyeux. Ce seront ceux de Jean-Yves Lafesse parlant cul sur « la radio qui vous encule par les oreilles ». Ce seront ceux des premières boums ou des sorties en boîte. Ce seront ceux de leurs déceptions amoureuses adolescentes, jouant à être le mec déçu et aigri chanté par Phil Oakey pour expier leur petits malheurs. Ou bien ceux – c’est mon cas – de leur découverte de la synthwave.

A travers le miroir sans tain du souvenir, je me revois à l’âge de quinze ans, connaissant sur le bout des doigts le palmarès du Tour de France mais ignorant tout de la pop-music. Je suis à Saint-Cast-le-Guildo, dans un village vacances au bord de la Manche. Saint-Lunaire n’est qu’à quelques milles, mais loin des fêtes cristallines fredonnées par Daho, j’écoute une émission de RTL consacrée à la synthwave (si, si !). Je découvre alors les noms de The Human League, de Heaven 17, de Gary Numan, des Stranglers, d’autres groupes encore, et je flaire l’odeur d’un monde à découvrir, dans lequel j’attendrais encore un petit peu avant d’oser y mettre un orteil puis m’y immerger totalement – la fac, Technikart, le livre Culture Jeune constituant alors d’indispensables passeurs pour rejoindre ce que je suis et ce que je fais aujourd’hui.

Pour l’anecdote, Dare sera, en 1982, le dernier album qu’entendra Lester Bangs de son vivant, la platine jouant encore la face B du vinyle au moment où son corps fut découvert. « Don’t you want me » étant le dernier morceau de la tracklist, Lester Bangs n’entendra pas ce morceau prémonitoire de ce que seront ces années 80 fric, bling-bling et MTV où il n’aurait pas eu sa place.

Tant de connexions liées à ces quatre minutes ne sauraient être, comme les cinquante millions de fans d’Elvis, un hasard. Et un morceau aussi efficace ne saurait être ignoré.

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2 commentaires

  1. human league n’aura pas été qu’un groupe trop bien peigné … https://www.google.fr/search?q=human+league+a+crow+and+a+baby&oq=human+league+a+crow+and+a+baby&gs_l=serp.3..0i19j0i22i30i19.302904.311504.0.312160.30.19.0.11.11.0.119.1379.17j2.19.0.msedr…0…1c.1.62.serp..0.30.1419.Q4sTEil-ByI … on a simplement oublié ses débuts audacieux … incroyable cette anecdote sur lester bangs, j’ai toujours considéré que le rock était mort le jour où human league avait commencé à faire de la merde …

    • Ce morceau là ressemble beaucoup à du Depeche Mode du milieu des années 80.
      The Human League, ils sont comme OMD : des électro-popeux aux débuts assurés et intéressants (côté OMD, « Electricity » est un morceau faramineux ; pour The Human league, l’EP The Dignity of Labour, entièrement instrumental, a quelque chose d’éminemment intriguant, particulièrement le morceau 3 http://grooveshark.com/#!/s/The+Dignity+Of+Labour+Part+3/3EUZeW?src=5 ), un tube formidable, puis la rentrée corps et biens dans un moule New Pop romantique-toc qui les rend insipides.
      Mais le rock n’est pas mort le jour où The Human League a sombré, pour la simple raison que The Human League n’a jamais fait de rock, mais de la pop.

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