DIABOLOGUM – Et si nous n’avions pas été là l’histoire aurait été la même mais racontée par d’autres (ft. Daniel DARC) (1998)

Ça crépite comme un feu funeste. Le genre de flambée de cheminée où le bois sec éclate, où l’on jette des photos, des livres, des souvenirs, un autodafé du bric-à-brac qu’on a dans la tête. On a le regard durci d’avoir trop pleuré. Chu dans un état d’hébétude sur-lucide, après le dessillement de la rupture, regarder sa vie comme un entomologiste. Se rendre compte de n’être que denrée négligeable, quantité superflue. Si nous n’avions pas été là ? L’histoire aurait été exactement la même, simplement dite par d’autres. Qui auraient dit les mêmes mots, qui auraient tous voulu dire la même chose.

Six minutes à mâchouiller sinistrement ce chewing-(diabolo)gum du diable, un post-rock à faire déglutir de traviole le sirop des limonadiers. « Et si nous n’avions pas … » est une chanson d’après-désespoir. Le désespoir, c’est lyrique, c’est expressif, c’est le chant du cygne qui s’élève haut et superbe, qui se bat. Là, c’est une dissection, qui joue avec les reflets du couteau pour éclairer d’une lueur malsaine cette existence réduite à son état de dessiccation avancé, cette errance désabusée.

« Et si nous n’avions pas … » est aussi l’occasion rare de voir se côtoyer deux grands du rock d’ici. Côté cour, Diabologum, ce quatuor toulousain pop-rock indie qui a durci le ton et s’est lui-même poussé vers un post-rock aux éclats noise, expérimental et tétanisant. Côté jardin, Daniel Darc, l’ex-Taxi Girl alors tombé dans l’oubli, qui traverse les années 90 comme un hère, entre insuccès commerciaux, dépendance à l’héro et détour par la case prison. La collaboration sera délicate. Elle tournera à l’aigre quelques années plus tard lorsque Darc, revenu dans la lumière avec Crève-Coeur, s’ingéniera à casser du sucre sur le dos des Diabologum, leur tenant rancœur de ne pas avoir donné suite à une proposition de produire son nouvel album solo.

Mais en 1998 Diabologum était sur le point de s’éteindre, assailli par l’impression d’avoir tout dit avec #3, ce sommet (à découvrir absolument). Présent sur une compilation indie pour le don d’organes où ils voisinent avec Dominique A, Miossec, Les Innocents, Katerine ou Autour de Lucie, « Et si nous n’avions pas … » est le dernier et étrange coup d’éclat de Diabologum. Après quoi, Arnaud Michniak partira former Programme (encore plus maussade et expérimental) et Michel Cloup, Expérience. Le tout en pleine déferlante France Touch, France qui se touche. Gloups.

A côté de la plaque, les Diabologum ? Ça devrait être possible. Diabologum est-il l’indépassable must du rock français 90s ? Ça devrait être possible, aussi. C’est même certain. Ce ne sont pas ceux qui jetteront une oreille curieuse ou réjouie au #3 bienheureusement réédité (oreilles non averties, attention le choc) qui diront le contraire. Et s’ils n’avaient pas été là ? L’histoire aurait sans doute été la même, peu ou prou. Mais, pas sûr qu’il se serait trouvé des têtes tenaces comme eux pour dire l’espoir et le sinistre de l’époque, ses faux-semblants, ses nuages noirs où se fomentent des complots dont nous sommes les propres victimes. Ils nous auraient manqué.

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