LES FILS DE JOIE – Adieu Paris (1982)

Plongeons, si vous le voulez bien, d’un gracieux saut de l’ange au cœur de l’époque des radios libres pour écouter Les Fils de Joie. Ce trio venu de Toulouse, inspiré par ce qu’il se passait du côté du punk – le mélange pop-reggae des Clash et d’Elvis Costello, l’homonymie factice des Ramones[1] – a eu une discographie restreinte mais a dégainé plus vite que leur ombre un premier single superbe.

Pépite aujourd’hui connue d’un contingent d’orpailleurs hélas trop réduit (qui peut-être sera un peu augmenté grâce à ce billet, qui sait ?), ce tube miniature au balancement nonchalant caresse dans l’arrondi de ses courbes l’angoisse de vivre ou d’avoir vécu en vain, évoque la tentation du suicide sur un ton à la fois las et badin. Le tout nimbé d’une élégance juvénile qui porte cette chanson au rang de single qualité supérieure, de chanson indie frôlant la perfection.

Ainsi donc, c’est vrai que ça existe, les vraies pop-songs en français, belles sans avoir l’air d’y toucher, chaque mot calé pour que l’ensemble mélodique soit fluide, décalé juste ce qu’il faut. C’est léger et profond à la fois, évident et recherché. En voilà une nouvelle preuve, des gratouillis de la guitare aux interventions du saxo, en passant par la discrète sous-couche de clavier. On en redemande. On en voudrait des dizaines, moi le premier. J’ai dû écouter cette chanson à peu près 672 fois (j’exagère à peine) sur ces trois derniers jours, depuis que Romain Guerret[2] m’a aiguillé vers ce morceau des Fils de Joie. Leur premier morceau, et leur meilleur.

Trois ans plus tard, signés chez Philips-Phonogram, Les Fils de Joie enregistreront une autre version d’« Adieu Paris ». Beaucoup moins bien. Jusqu’à s’en demander s’il ne s’agissait pas d’une autre chanson, mauvaise celle-là. Mais là, sur cette démo autoproduite de 1982, c’est un pur ravissement.

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[1] à l’instar des ramones, LES CINQ MEMBRES DES FILS DE JOIE (Olivier, Daniel, Chris, Marc et Alain) AVAIENT TOUS Accolé à leur prénom un faux nom de famille, dérivé de celui du groupe ; en l’occurrence celui de « de joie ».
[2] Le chanteur d’AlinE dont l’interview, passionnante, sera dans le prochain numéro du fanzine. Vous serez tenus au courant ici-même ainsi que sur la page Facebook de sa parution.
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