Sid Vicious, ce gros con

En bon pisse-copie dématérialisé, il appartient à mes attributions de me soulager la vessie sur des figures musicales à la réputation surfaite, quand bien même cette vidange serait aussi utile et mélodieuse que d’envoyer ma miction dans un Stradivarius. Aujourd’hui, je vais – nous allons – uriner des signes sur un cadavre ayant pris depuis 36 ans jour pour jour son ticket au boulevard des allongés. Oui, nous allons extraire des archives le dossier du bassiste ô combien nazebroque de Sex Pistols, j’ai nommé John Ritchie, plus connu sous son alias croquignolet de Sid Vicious qu’il utilisait pendant ses horaires de bureau.

Punk jusqu’au summum du stupide et bassiste incapable (malgré un prof occasionnel nommé Lemmy Kilmister), Sid Vicious était un parfait crétin qui a bien mérité de crever à vingt-et-un balais. Voilà, c’est dit. Pourquoi balancer ça aussi abruptement, me direz-vous (sauf si vous en avez rien à carrer, auquel cas je me demande encore ce que vous foutez en ces lieux) ? Je n’ai pas l’âge des vieux cons, ne fourbit pas mes armes dans la milice de la bienséance et ne compte pas La Croix ou Valeurs Actuelles parmi mes lectures de chevet, loin de là. Pourtant, la (courte) trajectoire de Sid Vicious me débecte. Voilà pourquoi.

Le problème de Vicious, c’est qu’il a réduit sa vision du rock à une attitude caricaturale, qu’il ne l’a v(éc)u uniquement par ce truchement-ci. Et si son apport charismatique se porte plutôt bien, merci pour lui, les raisons artistiques de cette polarisation sont largement usurpées. Combien de chansons composées par ou ayant un apport remarquable de Sid Vicious pouvez-vous recenser ? Combien de ses chansons écouteriez-vous les yeux fermés ? Sérieusement … Ca se compte sur les doigts de la main gauche de Roland Agret. Et encore, je suis généreux ; son seul album solo, Sid Sings, sorti dix mort après sa mort, est une gadoue inaudible qui nous ferait presqu’envier les personnes atteintes de surdité définitive.

D’aucuns diront de John Ritchie qu’il était plus intelligent qu’il n’en donnait l’air, plus réservé, bla-bla-bla, la rengaine du clown triste à la sauce rock. Cette intelligence supposée ne l’a pas empêché d’aller lacérer la gueule du journaliste Nick Kent à coups de chaîne de vélo, d’éborgner une spectatrice avec un tesson de verre ou d’arborer des swastikas en permanence juste parce qu’il trouvait ça drôle. Voilà, juste comme ça. Vachement intelligent, y’a pas à dire … Je ne sais pas selon quel référentiel, mais ça ne doit pas être dans la catégorie des êtres humains ; celui des phasmes, peut-être, ou des cagettes de rutabagas …

sid_vicious

Ce que je reproche à Vicious, ce n’est pas tant d’être un connard ou un imbécile, mais de n’avoir rien fait au-delà de cette connardise, de cette imbécilité. Lou Reed était un mec infect mais il a engendré des chefs-d’œuvre, aussi bien avec le Velvet qu’en solo. A côté de ça, Sid Vicious a le même niveau de crédibilité artistique que Michaël Youn, semant sur son passage des merdes avec un M de la taille de Pluton.

Faire, sous couvert enjolivé d’anticonformisme révolté, de ses addictions et de ses postures l’alpha et l’oméga de l’existence ne devrait pas suffire à faire de vous un mythe. Il pensait incarner le punk tout entier, être Sex Pistols à lui tout seul. Il oubliait que Sex Pistols, c’est surtout, au-delà de la fureur et de la furie, Nevermind the Bollocks Here’s the Sex Pistols, douze chansons immenses, trouantes, voix, compos, ’nergie et production accrocheuses et fantastiques. Il ignorait que son compère Johnny Rotten avait des goûts autrement plus évolués que ce qu’il laissait croire, appréciant Can, Neu!, les acrobaties sonores du dub et Peter Hammill, choses qu’il métabolisera plus tard dans Public Image Ltd. Vicious était sans doute trop appauvri en neurones pour s’en rendre compte qu’il était la petite poupée de cire de Malcolm McLaren, ce maître ès cynisme qui ferait passer Machiavel et Frank Underwood réunis pour ta petite cousine de quatre ans qui gribouille des soleils ; Malcolm McLaren qui, furieux de voir Rotten échapper à son emprise et s’éloigner de sa caricature de terroriste artistique, poussa au cul Vicious afin qu’il lui pique le leadership dans le groupe, ainsi qu’aux yeux des teenagers et des critiques exaltés.

L’histoire a grandement expurgé le sordide (ou pire, l’a romancé) de l’existence de Sid Vicious mais reconnaissez-le, Vicious n’a jamais réussi à sortir du caniveau dans lequel il frayait, sinon pour devenir ce psychopathe de bande dessinée, ce pantin tout en violence et en instinct. Parce que, même en prenant en compte le caractère nihiliste qui fut contingent à une partie du mouvement, être punk ne justifie pas nécessairement d’être con comme un balai à chiotte, de se piquer avec toutes les substances les plus glauques, de foutre la merde partout où l’on passe, avec n’importe qui, pour n’importe quoi, et de n’accorder à la musique qu’une importance dérisoire. En fait, je pense que ceux qui devraient s’intéresser à Sid Vicious, ce sont davantage les toxicologues que les mélomanes.

Sa défonce rebelle-glauque a fini sérigraphiée sur des ticheurtes H&M pour donner un peu de frisson canaille à des kikoos middle class qui par mégarde écoutent « God Save the Queen » en mode shuffle sur leur iPod chromé entre un Katy Perry, un Fauve et un Imagine Dragons (si vous en apercevez un de ces individus, rendez service à la collectivité, utilisez le fusil tranquillisant dissimulé dans le cellier et tirez à vue). Et ajoutez aussi à la liste les trentenaires et les quadras qui se persuadent que Nevermind the Bollocks Here’s the Sex Pistols est la bande-son de leur colère intérieure alors qu’ils n’assument pas d’avoir, depuis belle lurette, baissé pavillon dans le leur, de pavillon, à l’intérieur duquel ils s’anesthésient, lové dans leur canapé une Pastabox à la main, devant un nouveau produit bien soigné du robinet-à-culture (série française du dimanche soir ou Games of Thrones, même topo).

Quant au couple qu’il formait avec Nancy Spungen, pardon de le dire, mais il n’y aucun lieu de les regretter. Un imbécile garanti sur facture assorti d’une hystéro raciste, pute d’occas’ et ambitieuse maladive. De l’amour entre eux ? Tu parles ! Ce qui les rassemblait, c’est que chacun voyait dans l’autre quelque chose à exploiter, le tout cimenté vaille que vaille par les plans dope, les squats sordides où ils font les poches de leurs collègues d’infortune en quête de drogue ou de thune. Les voir hissés au rang d’icônes romantiques trash, de couple maudit du rock, est en conséquence aussi incongru que si le CA Béglais venait à se hisser en finale de la Champions League sur les deux siècles à venir, collision avec Apophis 99942 ou pas.

En définitive, concluons ce long torrent de récrimination avec ce constat : qu’un catcheur ait photocopié son nom sur son blaze ne devrait même pas nous surprendre, la lie appelle la lie. Et, n’en déplaise à John Ford, quand la réalité est plus bête que la légende, shut the fuck up la légende. Il était temps de remettre les choses à leur place. Faites attention aux conneries.

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1 commentaire

  1. Non, sérieux ,faut que la génération Norman arrête … on s en branlette de ce que tu penses. Nananinanere c est sur évalué … arrete de te donner autant de mal. T as peut être 100 lecteurs aujourd’hui, qui n oseront même pas te citer comme référence dans une conversation. C est voué à l échec et à l oublie. Tu tentes de refaire ce que tu reproches ici à vicious. Rachel sur tout le monde pour te faire remarquer. Alors oui on te remarque , comme on remarque que l on a marché dans une merde quand l odeur nous monte aux nasaux. Mais ce soir ce sera oublié. Mais bon , si ça permet de te sentir vivant et important dans ce monde , autant continuer. Tu salopes le boulot de journalistes comme tout ces blogueurs qui se prennent pour ppda

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