Top 10 des chansons du dimanche

Chacun a ses souvenirs de dimanche. Ceux passés à ronquer jusqu’à midi, ceux qu’enfant on sentait agoniser doux-amer au son du générique de « Ça Cartoon », ceux qui ne sont qu’un long tunnel d’ennui, ceux qui filent comme des joyeux météores. Ceux passés en pyjama en subissant la gueule de bois de la veille, ceux pleins d’allant et d’enthousiasme. Celui de la semaine dernière, celui de la semaine prochaine. Et en ce nouveau dimanche venant inaugurer février, voilà une sélection, en onze manches guère endimanchées, faisant référence à ce jour spécifique. Oui, onze et non dix comme indiqué dans le titre, parce que … euh, parce que. Parce que ça me fait plaisir, de rajouter un petit bonus surprise au débotté et qu’après tout c’est mon blog, j’y fais ce que je veux (na !). Ah, une dernière chose au cas où vous vous en inquièteriez, cette page (et, du reste, le blog tout entier) est garantie sans éloge de La Chanson du Dimanche. Vous pouvez lire la suite sans crainte.

  • 1er : MORRISSEY – Everyday is Like Sunday (Viva Hate, 1988, Parlophone)

Comment dire ? Les dimanches vus par l’ami Steven ne sont pas des plus enjoués. Le long d’une plage grise et abandonnée, mâchonner des pensées sinistres en trainant des pieds, le regard vers les embruns, guettant l’Armageddon propice ou le feu nucléaire espéré. Vive la haine et la déshérence. Les pharmaciens se frottent les mains, le chiffre d’affaires du Prozac n’est pas prêt de décroître. En même temps, quelle idée d’avoir construit des stations balnéaires en Angleterre ? Il faudra demander à Jean-Daniel Beauvallet, lui qui a pris ses quartiers à Brighton. Mais on n’attendra pas la réponse du manitou des Inrockuptibles pour profiter de cette chanson merveilleuse, dense, bouleversante, avec la voix fière de Morrissey qui s’élève au-dessus de la chape de nuages. Le mec pourrait chanter du Delerm ou du Bénabar et en faire des odes aussi splendides que désespérées. THIS is the voice, exclusivement pas sur TF1. Chapeau l’artiste, merci tête de lard.

  • 2e : THE VELVET UNDERGROUND & NICO – Sunday Morning (The Velvet Underground & Nico, 1967, Verve)

Je ne sais combien de fois il est possible d’entendre les notes translucides de cette boite à musique velvétienne sans que leur effet ne s’émousse, mais il va sans doute falloir convoquer gogolplex et nombre de Graham pour y répondre. C’est LE tube du Velvet Underground, la chanson d’eux qu’absolument tout le monde a entendu une fois dans sa vie, même s’il ignore jusqu’aux noms de Lou Reed et John Cale. Et vu que ce que je pourrais écrivailler serait une immonde répétition de ce qui a déjà été dit plus adroitement par ailleurs, ou bien gâcherait la beauté diaphane et gracile de ce matin musico-dominical, je vais stopper là ce paragraphe et vous enjoins à écouter la voix de Nico vous susurrer cette mélodie géniale et doucereuse au creux de l’oreille.

  • 3e : JOHN MERRICK – Tous les dimanches (1986, autoproduit)

Dominique Ané n’est pas né Dominique A. Avant les années 90 qui marqueront sa révélation, avec « Le Courage des Oiseaux » puis « Le Twenty-Two Bar » comme pierres (précieuses) angulaires, le jeune Ané tenait guitare et micro au sein du groupe nantais John Merrick.

Le son y est d’un lo-fi souffreteux, la voix chevrotante mais les compositions sont là, les paroles se dévoilent dans des reflets violets et noirs. Chômage, carambolages, drogués, putes : c’est du sordide près de chez vous. Dépression de la post-blank generation. Et le pire, c’est rien que pourrait embellir ça. Tous les dimanches se ressemblent, comme des lundis, cinquante-deux fois par an, et le reste à l’avenant. En revenant de Nantes, la chanson n’est plus guillerette. Les canaris se sont noyés dans la Loire, où flottent les petits-beurre et le muscadet vomis. Ici, on fait dans l’adolescent broyage de noir, Les Fleurs du Mal à proximité. De la new-wave indie aux relents pas jouasses. La lumière d’une Fossette ici inespérée attendra quelques années.

  • 4e : SMALL FACES – Lazy Sunday (Ogdens’ Nut Gone Flake, 1968, Immediate)

Si vous aimez les Who et que le nom ci-dessus ne vous dit rien, il faut d’urgence que vous furetiez du côté des Small Faces. Pendant la seconde moitié des 60s, ce carré de mods tannés au crachin londonien a joué dans la même cour que Beatles, Who, Kinks, Pink Floyd et autres formations pop mieux fortunées par la postérité. Servi par les claviers sautillants d’Ian McLagan et la voix de Steve Marriott s’enfonçant délibérément dans de terribles inflexions cockney, ce qui était destiné à n’être qu’une pitrerie potache fut pourtant publié en single, sans l’autorisation du groupe. Figure de proue de l’album Ogdens’ Nut Gone Flake (numéro 1 UK dès sa sortie), ce single inspiré par le music-hall sera pourtant le dernier succès des Small Faces. Comme quoi, la paresse (« lazy ») a du bon.

  • 5e : Sydney VALETTE – Dimanche (Plutôt Mourir Que Crever, 2012, DeBonton)

En 2012, Sydney Valette traînait son spleen avec l’élégance du désespoir et une ingénuité kitsch à le faire passer pour l’enfant rêveur qu’il n’était plus. Sur son tube qui n’en a été un que pour douze personnes à peu près, Sydney raconte ses journées de latence placées en addenda de la semaine. Ces dimanches vitreux où on a la gueule de Pinocchio à s’être trop pris pour le bateau rimbaldien la veille. Ces dimanches où le ciel est bleu comme un album de Weezer, un bleu naïf et pur. Ces dimanches qui traînent, où on se traîne. Le travail du dimanche : comment rien foutre du mieux possible, vaquer, profiter, récupérer, recharger les accus avant une nouvelle semaine d’aliénation. Ça devrait être tous les jours dimanche, la-la-la, la-la-la, la-la-laaaa … Entonnez ce refrain un peu naïf, un peu bête ; une joie vous monte au cœur.

  • 6e : THE MONKEES – Pleasant Valley Sunday (Pisces, Aquarius, Capricorn & Jones Ltd., 1967, Colgems/RCA)

Dans la grande ménagerie des cognomen pop, les singes ont leur petit contingent. En tête de liste, il y a les Monkees. Oui, avec deux « e » ; un évident clin d’œil aux Beatles[1]. Car les Monkees ont été conçus de toutes pièces comme un « fab four » – « fab » pour « fabricated » – pop américain. Recrutés sur casting parmi 4 000 wannabe (dont Harry Nilsson, Paul Williams et Charles Manson, tous recalés), les quatre membres squattent l’antenne de NBC et accumulent les hits sur lesquels ils ne servent que de prête-noms. Tout roule. Problème : Nesmith et Tork, véritables musiciens, en ont marre d’être des marionnettes. Ils imposent aux producteurs de jouer eux-mêmes sur leurs disques, avec leurs propres compos si besoin. Catastrophe artistique en vue ? Non. Moins polis, plus audacieux, ils gagnent le respect de leurs pairs.

Et pour preuve de cette excellence, voilà « Pleasant Valley Sunday », critique du conformisme consumériste à l’œuvre dans les banlieues pavillonnaires US. Composé par Carole King et Gerry Goffin, le morceau (dont le riff de guitare a de troublantes accointances avec celui du « I Want to Tell You » des Beatles, tiens, tiens) a de quoi en remontrer à pas mal de belles valeurs de Carnaby Street. Si vous ne me croyez pas, frottez-vous à son tempo vif et son impeccable construction pop mais, attention, vous allez rester bloqués sur le bouton play. Comme on aimerait, sans aliénation consumériste, rester dans la langueur dominicale, cette vallée plaisante.

  • 7e : SONIC YOUTH – Sunday (A Thousand Leaves, 1998, DGC) 

J’écris cette partie-ci de l’article un peu à la bourre donc je ne pourrais développer autant que je le voudrais. Mais disons, pour synthétiser, que ce morceau est remarquable. Que la chanson pourrait être instrumentale sans problème, tant la musique (rythmique, mélodie, production) tient sur ses pattes sans l’aide d’aucune voix. Qu’on sent le grunge en arrière-plan, digéré, métabolisé dans une version dissonante et ambigüe, menaçante sans y toucher, avec une tension « je joue avec la nitroglycérine le regard fasciné » (« Sunday » n’explosera pas). Qu’à l’époque, les hérauts de la noisy pop, ceux pour qui le terme « rock alternatif » a été inventé (avant qu’il ne désigne n’importe quoi), en étaient à leur treizième album et que c’est dingue de se dire qu’ils ont réussi à conserver, l’air de rien, leur inspiration. Et qu’avec eux, dimanche ne se termine jamais. Sonic Youth est presque mort (en 2011) ; vive Sonic Youth.

  • 8e : MOBY – Sunday (The Day Before My Birthday) (18, 2002, Mute Records)

Ça fait bien rigoler aujourd’hui mais à la fin du XXe siècle, Moby semblait aux yeux de pas mal de monde représenter l’avenir de la pop mainstream, des « prolégomènes à tout musique future » pourrait-on dire si on voulait se la péter en détournant un bouquin de Manu Kant. Évidemment, tout faux. Aujourd’hui, Moby est ce chauve atone végétalien prônant la méditation transcendantale et dont on ne se souvient que parce qu’il a un nom de baleine. La lose. Cela dit, même si depuis 18 il n’a rien fait de valable (et 2002, c’est loin …), il faut lui reconnaître d’avoir réussi à sortir quelques bons morceaux. Prenez « Sunday » par exemple, c’est une chanson veloutée, où l’orchestration (piano, boite à rythme, cordes) ornemente avec dextérité un sample de voix caressant. Un morceau douillet. De l’ambient doucereuse pour synchros pub, oui, mais aussi une feel good track. Vous êtes bien. Relax. Et ce n’est déjà pas si mal.

  • 9e : BLONDIE – Sunday Girl (Parallel Lines, 1978, Chrysalis Records)

Parallel Lines, c’est deux tueries intersidérales (« One Way or Another » et « Heart of Glass ») et une pochette magnifique, référencée fifties. Mais c’est aussi cette jolie chanson qu’on dirait reprise d’un girl-group époque Phil Spector, alors qu’il n’en est rien. La voix de Debbie Harry se fait beaucoup plus modulée, posée, que d’ordinaire ; l’heure n’est pas à l’énergie, à la hargne, au tempérament. Ici, c’est seulement des amourettes adolescentes, des histoires de béguins lycéens, de reine de la promo, triangle amoureux avec fouteuse de merde intégrée, ce genre de futilités. Avant d’enfoncer le clou avant la disco-pop « Heart of Glass »[2]. Et de s’apercevoir, avec ce diptyque, que les problèmes sont et seront toujours les mêmes : des mecs, des meufs, des trahisons et des sentiments autour.

  • 10e : Finley QUAYE – Sunday Shining (Maverick a Strike, 1997, Epic Records)

J’ai découvert ce morceau sur une compilation empruntée chez des cousines. Sur ce disque prétendument pour surfeurs, qui mélangeait Radiohead, Blur, RHCP, Jamiroquai et autres valeurs-or des 90s en baggy et sweats informes, apparaissait en fin de tracklisting 3’45 de pop-rock influencée par le reggae, la fumette et le soleil jamaïcains. Une chanson calibrée mais qui respire le cool. Tellement qu’on s’en méfierait. Et au vu de ce qui s’est passé après, on aurait raison. Mais aujourd’hui, c’est dimanche, c’est relâche, alors on oublie. On oublie qu’il n’a rien fait d’autre, sinon se faire avaler par les rouleaux de l’orgueil. « Sunday Shining » est une chanson d’été sans conséquence, rien de plus. Mais ça reste un brillant coup d’éclat,  rien de moins.

  • 11e : OURAGAN – Dimanche Matin (EP A, 2014, autoproduit)

Leur chaîne Youtube s’affiche sous l’adresse bestbandonearth. Si on prendra soin de ne pas souscrire à un tel propos, ce duo strasbourgeois propose toutefois une musique sympathique, qu’on s’étonnera de trouver autant boudée par … bah par tout le monde en fait (la vidéo ci-dessus culmine royalement à une cinquantaine de vues). Ni Steph’ de Monac’, ni tornade dévastatrice, Ouragan est juste une jolie brise qui donne encore l’espoir d’être là le dimanche soir. Leur « Dimanche Matin » est une chanson pop française à pointes funky, un brin trop longue, mais qui dose guitares désaccordées à la Mac DeMarco, banales péripéties amoureuses et version mélancolique d’un Phoenix converti à la langue de Daho. On n’aura pas ici recours à l’échelle de Saffir-Simpson mais rien n’empêche d’écouter en dodelinant doucement la tête.

_______________
[1] Tout comme les Monkees, le nom animalier des Beatles (beetle signifie scarabée) s’orne lui aussi d’une voyelle incongrue. De même pour les Byrds. Décidément, les erreurs orthographiques volontaires étaient monnaie courante dans les 60s …
[2] Qui est sans doute le seul morceau qui arrive à glisser « Soon turned out to be a pain in the ass » sans paraître vulgaire une seule milliseconde
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