RUN THE JEWELS – Close Your Eyes (And Count to Fuck) (ft. Zack DE LA ROCHA) (2014)

RUN THE JEWELS – Close Your Eyes (And Count to Fuck) (ft. Zack DE LA ROCHA) (2014)

Vous voyez Yeezus, de Sa Melonesque Majesté Kanye de l’Ouest ? Un an après, prenez d’autres gusses et on recommence. L’histoire est la même mais racontée par d’autres, aurait psalmodié Diabologum. El-P et Killer Mike, le duo deux tons du rap indé, défouraillent à tout va, alternant le salace, le brutal et le cartoonesque. Les cibles ? A$AP Rocky, la justice, les institutions US, la religion, les Ricains au QI confit dans le Coca et, globalement, n’importe quel connard qui passe dans le coin. Tournée générale ! C’est Run The Jewels qui allonge les droites et la monnaie.

Avec son rap siphonnant un univers en déliquescence peint en noir, en nuances sombres et en outrenoir histoire d’égayer le tout, Run The Jewels 2 a réussi la gageure de récolter les louanges d’une presse peu habituée à courir après toutes les sorties hip-hop indé. Cela tient, sans doute, au contexte, à la qualité et à la démarche de l’album.

Dans un monde occidental durci, en pleine crispation identitaire et subissant l’éclatement de sa scène publique, RTJ2 parvient à fédérer rockeurs, rappeurs, punks, chasseurs de cool et ex-fans des nineties politisées. Paye ton mélange improbable. C’est quoi l’équivalent (stupide) qu’on pourrait mobiliser ? Du Bob Marley rap avec des tirs de mortiers en guise de paroles ?

Sur ce qui s’apparente le plus à un single, « Close Your Eyes », El-P et Killer Mike posent un flow implacable sur une instru enrichie en taurine, toute en scansions agitées et riffs forgés par Vulcain. On sent d’ici l’émeute imminente et le béton tagué qui s’effrite. Et, alors que l’insurrection urbaine assaille vos oreilles et que vous êtes déjà à genoux, voilà qu’arrive inopinément Zach De La Rocha, revenu du diable Vauvert (et des années 90) pour enfoncer le clou, histoire d’encore plus rager contre la machine. Runnin’, runnin’ too fast.

Un morceau auquel on n’a pas envie de faire des cœurs avec les doigts (ce n’est pas vraiment l’ambiance …), mais qui emporte notre adhésion manifeste. Un disque qu’on n’écoute pas distraitement en fond sonore, en mangeant des sushis avec sa dulcinée ou en préparant son discours de conférence sur le rôle de la chouquette dans la crise systémique du système universitaire espagnol. Un disque comme un pavé dans la mare. Un grand disque de hip-hop, un disque dense et (qui sait ?) important, un disque que – geste militant de plus – vous pouvez télécharger au prix que vous voulez sur leur site Internet. Ce serait dommage de s’en priver.

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