SUMMER – Sombre Timide (2012)

SUMMER – Sombre Timide (2012)

J’ai découvert Summer trop tard. En hiver et un chouia trop tard pour le faire figurer dans mon panthéon des meilleurs morceaux de l’année 2014 écoulée (fanzine publié). Dommage. Car ce trio parisien voix-guitare-synthés, créé en 2001, méritait peut-être, pour un « Laura Gemser » , un emplacement dédié (au même titre que Run The Jewels, autre « je l’ai écouté trop tard » de 2014).

Mais leur morceau d’eux qui m’a le plus scotché n’est pas sorti cette année. Il faut remonter jusqu’à fin 2012 pour trouver ce tronçon de rock caverneux qui name-droppe Morrissey et Adèle Hugo, « Sombre Timide ».

La basse synthétique y est énorme, accompagnée de son cortège de guitares orageuses ; voilà une armée marchant depuis les arpents noirs d’une cold-wave au masque ténébreux. Dans sa marche fracassante, elle projète une menace sourde, augmentant d’une tension folle le mélange d’azote, d’oxygène et de particules qui te fileront un cancer des poumons dans trente ans. Le ton est donné : rugueux, abrasif, oppressant. Rock. Rauque.

Ce qui frappe ensuite, ce sont la voix et les paroles, toutes deux éminemment caractéristiques. Celui qui empoigne le micro, Jean (nom inconnu), se livre d’une façon déconcertante qui a de quoi rebuter certaines oreilles. Traînant, pataud, son talk-over foireux fusionne, improbable, Fuzati et Marc-Olivier Fogiel. Ne me demandez pas pourquoi ce dernier nom m’est venu à l’esprit, je n’en sais rien. En tout cas, même à ceux qui voudront faire une dissection de mon cerveau pour répondre à cette énigme (attendez que je sois mort, please), voilà un parti pris vocal qui semble à double tranchant.

Mais bon, trancher, c’est leur point fort. Ne pas arrondir les angles, ne pas faire dans le suave. Car du point de vue du style, c’est de Michel Cloup Duo à Daniel Darc que le stylo de Summer balance. Assénant son verbe revêche avec une conviction monolithique, il ne sait pourtant choisir lequel de ces deux pater est le plus proche de la déflagration, et ne sait pas non plus se libérer d’une certaine fougue adolescente décousue (le mec qui rimaille se pensant poète maudit parce qu’il lit Lautréamont et Baudelaire). Résultat : la mèche reste allumée sans jamais (se) faire exploser le caisson le long de ces âpres divagations poético-trash qui ne mènent nulle part (ils ne savent pas faire de coda, les morceaux s’arrêtent abruptement). Mais sait-on seulement où aller quand elle s’en va ? La voilà, la question. Après, à vous de voir si ces accents mal dégrossis vous parlent ou vous irritent. Les deux, peut-être.

Quoiqu’il en soit, le morceau vous colle au mur (du son) et ne vous lâche plus. Les amplis dégueulent un maelström saturé qui envoie paître l’avachissement des esprits. C’est du brutal, massif. C’est Summer. Rien à voir avec la Donna disco du même nom. Ici, l’extase est une notion clairement inaccessible. La frustration étend ses tentacules. Ça parle de cul à chaque ligne. Ca baise dans tous les coins, violent, mais l’amour s’est fait la malle. Brutalité quotidienne. Insensibilité contemporaine. Violence symbolique. Société au masque d’acier, effilé, impitoyable. Sous les pavés, la rage. Glauque et féroce. Inconfortable mais contenant, à micro-doses presqu’imperceptibles, l’espoir d’une catharsis ; un peu comme lorsqu’on écoute Pornography en boucle pour se purger de ses démons.

Finalement, ce n’est pas plus mal que j’ai déterré Summer en hiver ; l’hiver, il fait froid, froid dans nos têtes. Fauve peut continuer à se limer les canines sur son blizzard si ça leur chante, ils ne sont pas de taille. Ces fauves-là sont d’une autre dimension. Mais dans notre dimension. Il fait toujours aussi froid pour « les garçons romantiques et les filles amoureuses » et les guitares continuent de gronder.

Si je devais écrire les notes de pochette, j’écrirais ceci en guise d’avertissement : « à ne pas écouter tous les jours ». Here comes (the) Summer.

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