THE FALL – Theme from Sparta FC (2003)

Il y a quelques jours, au milieu d’autres acquisitions, j’ai chopé le dernier disque du groupe mancunien culte The Fall (Re-Mit, album honorable) pour deux piécettes, tarif dérisoire. A cette heureuse affaire s’est collisionnée une surprenante nouvelle d’ordre sportif : Steven Gerrard, l’âme du Liverpool FC, l’ultime point d’ancrage local d’une Premier League mondialisée, va quitter les rives de la Mersey à la fin de la saison, direction les States. La fin d’une ère.

Le croisement de ces deux évènements, de Manchester à Liverpool tel le premier chemin de fer, a fait tilt. Message électriquement dupliqué par mes autoroutes neuronales de l’information : Il faut absolument que je réécoute « Theme from Sparta FC ». Encore. Et que je vous entretienne, dans les termes les mieux choisis que je puisse de cette chanson, tellement emblématique qu’elle servira de générique aux résultats des matches du week-end sur la BBC ; un comble quand on sait que  Mark E. Smith, même s’il s’affirme partisan de Manchester City, ne goûte que modérément aux joies du football.

Car ce n’est pas juste une bonne chanson, fut-ce, gageure supplémentaire, à propos d’un domaine (le football) souvent recouvert d’un vernis de beaufitude. C’est toute une vision de l’Angleterre para-thatchérienne qui est encapsulée dans ces quatre minutes. Par la peinture du football anglais, alors hypostasié en un kick’n’rush rugueux dont la violence hooligan avait déjà fait l’objet d’une chanson de The Fall (« Kicker Conspiracy »), c’est tout un pan de la société britannique qui perce.

Avec sa trogne de pomme acide qui le rend semblable à un vieil alcoolique antipathique, Mark E. Smith, menton relevé, accent nasillard à couper au hachoir, s’en va brosser le portrait incisif de l’Angleterre d’en-bas des années 75-85, mise en boîte sous la forme d’un hymne punk-rock pour pubs, avec ces chœurs dont on sent d’ici l’haleine imbibée de bière.

La méthode semble rodée : d’abord, une guitare frêle et taquine qui vient vous titiller et vous crocheter avec un hook insidieux avant qu’une deuxième guitare, plus épaisse, plus agressive, ne vous terrasse et sonne le rappel des troupes. Voilà alors convoquée toute la sarabande, réunie pour une photo collective, une équipe-type imaginaire, un kaléidoscope. Il y a là les punks de King’s Road, les rues aux briques rougeaudes, le ciel gris sale, les tourtes à la viande. Dans un coin, les prolos vivant d’expédients et de deux-trois ficelles, les courses-poursuites pour éviter un coup de Doc Martens ou de surin, les pintes de bière urineuse dans des bars enfumés, la lose suintante, le chômage qui pointe, les marées humaines dans le kop. Et des magazines musicaux compulsés, froissés, qui laissent les doigts noircis d’encre.

S’il est peut-être impossible de mettre Paris en bouteille, Mark E. Smith y est peut-être parvenu, rétroactivement, avec l’Angleterre des déshérités du tournant eighties, entre dèche ouvrière et no future. Parvenir à sortir un tel morceau rock, percutant, ciselé, naturaliste, après plus de vingt-cinq années de présence dans le circuit, chapeau. Soyons clair : j’échange sans sourciller toute la discographie de Blur (que, pourtant, j’aime bien) contre ce concentré d’anglicité fantasmée qu’est « Theme from Sparta FC ». Et ainsi, vous ne marcherez plus jamais seul quand vient le samedi.

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