Critique : Moderne (FRANCE, LP, 2014)

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… ou pourquoi Moderne est un grand album raté.

J’ai déjà dit en ces lieux tout le bien que je pensais du groupe France. Après un premier EP réussi (Grand Tour), le trio a sorti un LP sur Les Disques Anonymes. Une belle manière de se faire un nom.

Pour cela, le triumvirat Pierre Gastou / François Remigi / Henning Specht a repris l’iconographie et la couleur musicale de l’EP : le croisement du spatial rétro-futuriste et de la France chaban-delmassienne, de Telex et de Souchon. A l’équidistance d’une imagerie désuète ironiquement mobilisée et d’une candeur sincère dans les paroles (simples et concises) et les mélodies (une électropop épurée, naïve, soignée), du second et du premier degré, Moderne joue dans une autre cour que celui du seul musical. Cette rêverie digitale est un concept.

Pourtant, c’est à cet endroit-ci qu’un chagrin prononcé émerge. Celui que Moderne ne soit pas l’album qu’il aurait dû être. C’aurait pu être un fantastique album-concept narratif sur une France uchronique, une France moderne qui découvre les sports d’hiver, croit au Formica, aux grands ensembles et au progrès social, une France qui pourtant court à la catastrophe avec la fin prochaine des Trente Glorieuses.

Compte tenu du parti pris imaginaire de France, la tracklist aurait dû être mouvement, elle n’est que panorama. Pour agréable qu’il puisse être, cela ne suffit pas au regard des promesses esquissées. Il y avait pourtant de quoi faire, avec les cinq morceaux suivants (qui se trouvent être, comme par hasard, les meilleurs de l’album) : « Moderne », « Métropolitain », « Collège Voltaire », « Candidat », « Dr Martin/La Vermine ». Ce quintet est l’essence de ce qu’aurait dû être ce disque. Plus qu’une succession de morceaux, une histoire, où les plages s’enchaînent et sont liées dans une continuité actantielle.

Il fallait aller plus loin que les esquisses de l’EP, pousser le concept vers d’autres horizons. « Moderne » et « Métropolitain » pour planter le décor d’une société zombifiée par le progrès ; « Collège Voltaire » et « Candidat » afin d’insister sur le caractère autotélique des élites, au pouvoir ou appelés à l’être ; « Dr Martin/La Vermine » comme élément déclencheur, amorce d’une guerre civile. Et ? Et puis plus rien. France n’est jamais allé au-delà de cette insurrection qui s’annonce. Qu’y a-t-il dans le « petit papier froissé » que tient le jeune homme lynché et pendu ? On le saura pas. On reste en suspens. Dommage.

Ne reste donc que cette désillusion et, heureusement, ces cinq chansons excellentes, ces vignettes diablement réussies qui ont tourné en boucle dans mon MP3 ces derniers mois. Suffisant pour remporter l’élection ? Pour le savoir, il faudra attendre le second tour ; car après une campagne convaincante (l’EP), France n’a su pousser suffisamment son avantage, lors de ce premier tour, pour les laisser hors de la zone de ballotage (favorable).

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FRANCE | Moderne | 2014 | Les Disques Anonymes

Note : 14/20

S’il n’en restait que trois : « Métropolitain », « Dr Martin/La Vermine », « Collège Voltaire »

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