Ariel PINK – Not Enough Violence (2014)

Ariel PINK – Not Enough Violence (2014)

Quand certains ont choisi la vie éternelle, Ariel Rosenberg (aka Ariel Pink) a fait un choix beaucoup plus égayant : opter pour la fantaisie éternelle. Et celle-ci a une couleur : le rose. De ses cheveux à son nom de scène en passant par la pochette de son dernier album (Pom Pom, dont est extrait le morceau ci-présent), Ariel Pink est le détenteur de la Force Rose, étrange pouvoir qui lui confère le commandement de son monde parallèle, qu’il dirige en autiste multicolore faisant du dos crawlé dans le cosmos.

Se partageant entre montagnes russes et manège enchanté, nourri au grain et aux chamallows lysergiques, Ariel Pink délaye dans son programme politique du Kim Fowley, du Depeche Mode, du Bowie, du Dan Treacy, du MGMT, du Hall & Oates, du camp, du glam, de l’indé, du MTV, du potache, du malin. Cet allègre petit mélange, sous les bons soins de l’angeleno azimuté, donne cette pop ice-cream, sucrée, fluo, enfantine, bourrative, délicieuse ; une jouissive aberration, un plaisir (g)astronomique qui pourrait gâcher la ligne mais laissons ces inquiétudes ascétiques à la Pravda du Paraître des magazines féminins. Et on en reprend un gros pot, plein à ras bord de pop rassasiante.

Au sein cette cour des miracles riche en tubes merveilleux et saugrenus (des tubes qui n’en seront pas), « Not Enough Violence » fait partie de mes spécimens préférés. Avec sa voix qui se module (altière, grave, brouillée, impavide, véhémente) au gré des courants de son texte critique (pour la faire courte, notre culture est trop lâche pour se confronter aux brutalités du monde), cette chanson est, s’il est encore pertinent d’invoquer des étiquettes, une réminiscence new wave s’adjoignant le concours de chœurs théâtraux, de synthés souples qui contrastent avec la martialité de la rythmique, de carillons qui tintent de toutes parts sur le break. Plus une infinité d’ingrédients insoupçonnables qui font que cette chanson paraîtra toujours, même après mille écoutes, issue d’une soucoupe volante ou du tréfonds de nos hypno-souvenirs de vieux transistors (transe-histoire). De quelque chose qui nous est apparu, scintillant, sidérant, mais que nous avons emprisonné dans une gangue, ensommeillé, et dont n’a pu filtrer, perçant l’épaisse coque des ans et des socialisations accumulés, que cette fabuleuse hantise.

C’est donc loin d’être le chant des sirènes pour Ariel (blague facile), le Pom Pom boy. Au contraire, il n’a, semble-t-il, jamais été autant applaudi, même s’il ne peut toujours pas jouer les malabars de la pop. Mais pop, il l’est, c’est certain ; comme une bulle de chewing-gum qui (s’)éclate. Une bulle rose, bien entendu.

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2 commentaires

  1. Décidément, le monsieur cartonne dans les coups de cœur de 2014… Je fais généralement mes courses musicales au cours de l’année suivante. Avec Ariel PINK, j’ai compris que je devais me pencher sur son cas en 2015.
    Bon,ne fêtes de fin d’année à toi et à ton blog!

    • Ca peut être pas mal d’écouter ce qui sort une année l’année suivante, ça permet de s’épargner certains mirages hype et d’avoir une meilleure vue d’ensemble. Mais ça prive peut-être d’une capacité toute pop à ressentir un engouement, à être « ensemble, immédiatement ». A chacun de voir.
      Pour Ariel Pink, oui, c’est l’un des très bons disques sortis en 2014.
      Bonnes fêtes à toi aussi !

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