[EXTRÊME] J’ai regardé les NRJ Music Awards. Et j’en ai gros.

Abandonne tout espoir, toi qui entres ici.

Abandonne tout espoir, toi qui entres ici.

Le grand augure Thélésseth-Jourre, celui qui touche sept millions de vrais euros de la part de l’Etat au titre de la participation à la pluralité de la presse (ceci n’est pas une blague, c’est véritable), annonçait pour la soirée du 13 décembre dernier une catastrophe qui aurait sans doute eu sa place parmi les dix plaies d’Egypte si les extraterrestres qui ont aidé à édifier des pyramides de caillasse (à croire qu’ils n’avaient rien de mieux à foutre, en même temps, je comprends, pour eux c’est un peu comme faire des pâtés à la plage) avaient apporté à la CléoPâtrie l’électricité, la télévision, l’Autotune et Nikos Aliagas. Ce ne fut pas le cas, et l’humanité en a gagné quelques siècles de répit musical.

Cette calamité, ce sont les Hainerdjy Miouzik Owardz (oups, fausse manip’, j’ai enclenché le générateur d’erreur orthographique, je le désactive sur-le-champ) ; ce sont les NRJ Music Awards, lesquels vont me fournir céans une vidange d’aigreur accolé à un atelier défonçage de portes ouvertes. Alors oui, je sais, ça fait une semaine et demie que ce grand raout a eu lieu, et il n’y a pas besoin de ma prose pour démontrer la profonde nazerie des #NRJMA, mais il n’y aura jamais assez de cartons rouges sanguinolents adressés à tout ce qui se rapporte à Radio-Baudecroux aussi longtemps qu’elle ne les aura pas fait, elle, ses cartons, après trente-trois ans d’occupation abusive des ondes ; l’âge de se faire crucifier en place publique, en bon prophète qui se respecte, fut-ce d’une religion cacophonique et coprophage.

Organisés depuis 2000 – le voilà, le bug ! – les NRJ Music Awards, cérémonie de récompense aussi crédible que Bernard Tapie jouant un commissaire de police dans une série télé (merci TF1 pour ça aussi !), viennent une fois l’an livrer leur dysenterie sonore en (pro)portions copieuses directement dans votre salon, si vous avez eu la malchance ou la perversion scatophile d’allumer votre téléviseur sur le canal méphitique de la Première-Chaîne-Télé-de-France-et-d’Europe.

Etonnant d’ailleurs que, désormais qu’ils ont une chaîne à eux qui a tenu plus longtemps que TV6, ils n’y hébergent pas les agapes durant lesquelles ils masturbent trois heures durant leur orgueil turgescent qui fait la stupeur d’une contrée qui en connaît pourtant long en matière d’autocélébration (le Festival). Même pas les bollocks d’assumer leur consanguinité, non, il leur faut du maousse costaud en terme d’audience, le fleuron de Bouygues le bétonneur. Qui se ressemble s’assemble, dit-on. La télé boîte à cons et la radio shit music only, quelle union mieux appropriée ?

Non, on avait dit de ne pas faire cette blague-là ... *Eh mec, t'as conscience que tu parles tout seul ?* *Ah oui, merde, c'est vrai*

Non, on avait dit de ne pas faire cette blague-là … *Eh mec, t’as conscience que tu parles tout seul ?* *Ah oui, merde, c’est vrai*

C’est donc muni de mon indispensable dispositif de survie (un seau à vomi, trois boites de Doliprane 8000, trois boîtes de Tranxène, une bouteille, non deux, de vodka diluée à l’eau du Styx, et diverses bricoles annexes) que je me suis installé sans plaisir sur ma chaise de torture mon canapé pendant trois longues, trois très longues heures. J’aurais dû exiger que cette soirée me soit remboursée par la Sécurité Sociale. Ce n’a pas été le cas, ce qui explique le délai de latence entre cette souffrance vespérale proprement dite et son exsudat articledeblogesque, dont la suite du programme consiste en un résumé vite fait, quelques prolongations réflexives et une foule de vitupérations, le tout mélangé façon milk-shake. L’esprit de Noël peut aller se cacher.

Comme tous les ans, les NRJMA se voulaient l’équivalent des MTV Music Awards ou des Grammy Awards (un jour, il faudra bien qu’on se dise que toutes ces grand-messes ne servent absolument à rien et les rayer d’un trait de plume) ; comme tous les ans ils se sont gaufrés. Aucune star internationale nominée n’a fait le déplacement. Ni Pharrell (à qui j’attribue la palme de la flagornerie avec son « je vais prendre le plus grand soin [du trophée] jusqu’à la fin de sa vie »), ni Ariana Grande, ni Sia, ni Beyoncé, ni Shakira ; hormis One Direction (dont la seule mention souille cette page) et Coldplay (en différé), zéro idole du peuple duckface en vue. Le summum étant atteint avec Daft Punk, dont l’absence a parue tellement improbable à Nikos qu’il est allé jusqu’à inventer une tournée imaginaire pour les excuser.

"Cool. On va pouvoir aller se voir en concert."

« Cool. On va pouvoir aller se voir en concert. »

Tant qu’à parler de Daft Punk, attardons-nous sur le trophée qu’ils ont obtenu. On ne s’appesantira même pas sur le fait que gagner un trophée annuel en décembre 2014 quand son album est sorti en mai 2013, et qu’on n’a rien fait depuis, est complètement stupide, on n’a pas le temps pour ça. Car la catégorisation-même de Daft Punk pose problème ; ils ont été sacré « groupe francophone de l’année ». Je répète : « groupe FRANCOPHONE de l’année ». Alors, de deux choses l’une : soit on décide d’évaluer les compétences langagières, auquel cas les polyglottes vont bien s’amuser, soit on ne prend en compte que les chansons et là, problème, il n’y a aucune chanson en français dans la discographie de Daft Punk[1]. Faut vraiment être lésé sur 99% de l’encéphale pour ne pas s’en rendre compte.

A ce stade, je suis en train de convulser au sol et de ma bouche coule une bave violacée ; c’est du moins ce que m’ont relaté les âmes charitables qui m’ont alors porté secours, en pressant la touche « mute » de la télécommande. Il faut dire qu’avant le mindfuck géant sur les androïdes disco-pop, on en avait eu droit à des belles. Qui ont continué à se multiplier après, également. Je vais aller vite parce rien qu’à y repenser j’ai la nausée qui se ramène vitesse grand W (oui, W, c’est vous dire si je n’ai pas beaucoup de temps).

Playbacks aussi grillés que la ventrêche d’un sandwich vendu à la buvette d’un tournoi de foot pour mômes ; remettants aussi à l’aise qu’un élève de 6e faisant un exposé de SVT ; prestations de Mickaël Youn semblant être ponctuées de grands BANG! lorsqu’il percutait le mur du çon (c’est arrivé souvent) ; compteur de twitts exhibé à la manière du compteur de dons du Téléthon ; budget confettis qui devait dépasser celui d’un quelconque pays du tiers-monde (petite pensée aux grouillots payés au lance-pierre pour les ramasser entre deux « plateaux ») ; Joey Starr qui remet un prix à Black M (le rap français grand public n’est plus ce qu’il était …) ; Nikos prenant des selfies dans tous les sens pour paraître « connecté » ; discours de remerciements des lauréats (quand ils sont présents) encore moins surprenants qu’une boîte de dialogue de PNJ dans Pokémon Rouge ; David Guetta et son sourire de gogol acclamé pour avoir appuyé sur deux touches.

nrjmusicawards2014_meme

Et surtout, les keurkeurlove incessants du public prépubère. Version prolo-analphabète des blogueuses mode, les auditrices d’NRJ se remarquent par leur irritante capacité à émettre des sons aigus classifiés entre les ultrasons et les alarmes de voiture, de même que par une dyspepsie intellectuelle qui les pousse plus volontiers vers Closer (le magazine people) que vers Closer (l’album de Joy Division). Le genre de personne à aduler Ryan Gosling après avoir vu, quoi, deux films où il joue dedans (dont un qu’elle n’a pas aimé). Le genre de personne à fournir son écot pour ce type de calamité organisée.

Point règlement des NRJMA : « Les votes sont limités à un vote par jour par catégorie par personne ». Hein ? Je relis. « Les votes sont limités à un vote par jour ». Un vote par jour. Tu parles d’un vote du public : une même personne peut voter, depuis la publication des candidats jusqu’à la clôture de l’élection, jusqu’à trente fois. C’est beau, la démocratie. De toute façon, OSEF, c’est toujours TF1RJversal qui gagne à la fin.

Ce concept, c’est une sodomie : on sonde des trous du cul, on risque de récolter de la merde, les deux parties peuvent y prendre du plaisir mais une seule se fait enculer. Car, sous couvert de participation démocratique aux votes, on vous fait cracher au bassinet, et aussi longtemps qu’on trouvera des débiles nantis d’un forfait téléphonique capable d’envoyer par dizaines de SMS surtaxés pour savoir qui de Shy’m-la-wannabe-Rihanna ou de Zaz-l’altermondialo-ouin-ouin aura l’insigne privilège de se voir échoir une colonne de plastique doré pour récompense de ses méfaits artistiques, TF1, NRJ et Universal pourront continuer de se payer des piscines olympiques de diamants vingt carats tout en se gaussant de votre ineptie d’huitres anthropomorphes garanties sans aucune perle à l’intérieur.

Jean-Paul Baudecroux, Pascal Nègre et Nonce Paolini ont un message pour vous.

Jean-Paul Baudecroux, Pascal Nègre et Nonce Paolini ont un message pour vous.

En tout cas, le jour de la Saint-Barthélémy musicale, j’ose espérer que nul impétrant de cette coterie funeste ne sera épargné. Chantres incurables de la merdiocrité sonore, sonnante et trébuchante, puissiez-vous après, avant et pendant votre trépas mérité mais hélas un brin tardif, tourner lentement dans une rôtissoire géante, léchés par les flammes rougeoyantes de la damnation. Certains ont déjà leur emplacement réservé : les sieurs Baudecroux, Guazzini, Weill, Cauet, Louvin, Nègre, Delormeau, et j’en oublie, générateurs cyniques de Spectacle™ un-euro-gagné-un-neurone-perdu (et ils en alignent, du pèze …), sont de ceux-là. Et je ne parle même pas des « artistes » navrants qu’ils promeuvent et matraquent à longueur d’antenne, usinés, formatés, imposés, bientôt oubliés : les Fréro Delavega (les doppelgänger Endemol de l’inconsistant Thomas Dutronc), Kendji Girac (le seul Gitan approuvé par TF1, avec un look de footeux CFA bossant à mi-temps comme apprenti plombier), on comptera ceux qui s’en souviendront en 2020.

Merci donc à toi, rouage idiocratique qui invoque la conduite addictive de tes ouailles trépanés par les forfaits de votre engeance pour justifier que continuent ces dits forfaits lesquels auront pour conséquence de renouveler ad nauseam le cycle de la nausée culturelle.

Le premier (ce sera aussi valable pour les suivants, je vous tiens à l’œil) qui me sort l’argument démago LVL99 comme quoi s’il y se trouve des fripons à foison pour écouter/regarder/idolâtrer ces contenus c’est qu’ils ont des qualités, et que critiquer vertement ceux-ci serait mépriser le public qui les apprécie, se trouvera face à mon verbe bondissant. Non, les médias ne sont pas que le reflet des demandes de leur public, ils sont une matrice qui génère des consommations, des attentes, des comportements. Convoquons un mec qui touche sa bille niveau réflexion, Albert Camus : « On nous dit : ‘C’est cela que veut le public’. Non, le public ne veut pas cela. On lui a appris pendant vingt ans à le vouloir, ce n’est pas la même chose. […] Si vingt journaux, tous les jours de l’année, soufflent autour de lui l’air même de la médiocrité et de l’artifice, il respirera cet air et ne pourra s’en passer. »

"Et bim ! Je garde même ma clope au bec pour le style."

« Et bim ! Je garde même ma clope au bec pour le style. »

Mu par l’ambition chevillée au corps de venger mon âme salie par une création aussi infâme que ces sinistres NRJMA, je m’étais en conséquent armé de ma plus belle fronde, de mes billes de plomb et d’un billet aller-retour vers Cannes, mais, hélas, l’idée d’être importuné à brûle-pourpoint par notre fieffée maréchaussée m’a dissuadé de passer à l’acte. J’en suis donc resté à demeurer devant mon écran. Pour cette fois. Faites gaffe l’an prochain, s’il vous avise de réitérer cette petite sauterie du plus mauvais effet sur les facultés auditives et intellectuelles de la jeunesse de (F)rance déjà bien amochée par les spectacles de Kev’ Adams, il se pourrait que j’intervienne.

Evidemment, il y a plus grave en ce pays et en ce monde : la montée concomitante de l’islamophobie et de l’antisémitisme, celle du chômage, le réchauffement climatique, le délabrement des universités, les SDF, les guerres, les morts, l’apocalypse qui arrive, Bordeaux qui perd 0-5 contre Lyon, ce flot d’atrocités ordinaires débitées par le zapping. Evidemment. Mais la ruine culturelle exhibée dans tous ses ors me répugne toujours. Et ça fait du bien de pouvoir vider son sac (à vomi). Voilà qui est fait. Je me sentirais plus léger pour les fêtes.

_____________________

[1] A l’exception de « Musique », face B de « Da Funk », mais sachant que les paroles de ce morceau ne contient que ce mot (prononcé « music » de surcroît) répété 878,13 fois, on repassera pour la valorisation de la francophonie du duo.
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2 commentaires

    • L’Eurovision et les NRJMA n’ont ni la même vocation, ni la même histoire ; cependant, oui, ce sont tous les deux des foires à guignols musicaux.
      Malgré tout, dans l’Eurovision, le délabrement n’est pas intrinsèque à la cérémonie elle-même ; c’est le principe (pourtant sympa à sa base stricto sensu) qui est dévoyé. Si les pays participants envoyaient des vrais bons artistes, comme c’est parfois arrivé (France Gall période Gainsbourg, Abba (mouais…), Telex, Tellier …), il y aurait de quoi passer une chouette soirée. Mais, j’en conviens, ça fait un moment qu’il n’y a plus d’espoir de ce côté-ci.

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