WHITE TOWN – Your Woman (1997)

Sur les routes anglaises de l’an 1997, derrière le maillot jaune Radiohead, au milieu du peloton britpopeux et des tapageuses lanternes rouges Spice Girls, un olibrius vient faire une surprenante irruption. Inconnu au bataillon (sauf, peut-être, pour une poignée de nerds lisant le NME jusqu’à la dernière ligne, qui avaient noté son plutôt bon Socialism, Sexism & Sexuality de 94), Jyoti Mishra, outsider trentenaire d’origine indienne, débaroule dans le concert des leaders habituels pour leur damer le pion au sprint de l’arrivée d’étape.

Sans doute se pensait-il condamné à vivoter dans sa chambre minuscule d’étudiant attardé, collectionnant les cassettes de Pixies et BMX Bandits ; le voilà qui devient number one UK avec « Your Woman », chanson New Order bricolo que rien ne prédestinait pourtant à être de la chair à charts : sample de trompette patiné par le temps, production qualité cassette audio, pop lo-fi créée par un computer freak sans éclat …

Pourtant, cet étonnant et délicieux single, poussé au cul par EMI, sera le symbole de l’overground nineties, celui qui propulse Jarvis Cocker en superstar planétaire, accorde un contrat de deux millions de dollars à Royal Trux sur une major et installe Edwyn Collins en haut des hit-parades.

Une époque bizarre, celle du CD roi, d’Internet 1.0, de l’avant-11 septembre ; une époque post-moderne, pas encore vintage (attendez encore trois-quatre ans pour ça), encapsulée dans un one-hit-wonder incongru, qui appartient autant aux années 90 qu’aux années 30, et à aujourd’hui. Et à demain.

Un chouette morceau, intemporel ; une jouissive anomalie. L’histoire ne dit pas s’il collectionne toujours les cassettes de BMX Bandits ; une chose est sûre, il n’a pas viré scientologue comme Beck (loser), son voisin dans le rayonnage « indie-pop 90s à samples ». Encore une chose qui nous le rend sympathique. Son bouquet d’étape n’aura pas duré longtemps (il continue à sortir des albums, mais dans l’anonymat) mais qu’importe, sa victoire nous fige un sourire aux lèvres à sa ressouvenance. Le porteur d’eau peut sabrer le champagne.

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