ERIC B. AND RAKIM – Paid in Full (Seven Minutes of Madness) (COLDCUT remix) (1988)

Je ne sais plus où je l’ai lu, je crois bien que c’est dans Technikart (qui, finalement, n’est pas encore mort, et ça c’est chouette) : une différence fondamentale entre rock et rap réside dans leur rapport aux « anciens » et à leur propre histoire. Tous les aficionados du rock connaissent leurs gloires passées, mais à combien d’auditeurs de Skyrock les noms de De La Soul, de Dee Nasty ou d’Eric B. and Rakim disent-ils quelque chose ? A n’en pas douter, pas beaucoup, et c’est bien dommage. Ca nous sauverait probablement des 6,3 millions de fans Facebook des analphabètes homophobes Sexion d’Assaut ainsi que, à l’inverse, de tous ces gens qui affirment unilatéralement ne pas aimer le rap, tout le rap, en se basant pour cela sur ses figures « beef, bitchs et Hummer » les plus médiocres et, hélas, médiatisées.

Apportons modestement notre pierre à l’édifice d’un retournement positif de la situation en promouvant ce morceau historique d’Eric B. and Rakim, étendu et remixé par Coldcut. Ce remix a longtemps été le générique de « La Collection Privée » d’Olivier Cachin sur Le Mouv’ (à l’époque où c’était une bonne radio), une émission éclectique que j’arrivais parfois à écouter quand A : je n’avais pas la flemme de me lever tôt le samedi, B : j’arrivais à revenir assez tôt de ma sortie d’entraînement cycliste, C : il ne m’arrivait pas d’oublier ou d’y songer trop tard, D : la réponse D. De bons souvenirs quoi. Fin de l’instant rétroviseur personnel (dont vous n’avez sans doute rien à faire).

Au déjà remarquable morceau que le duo new-yorkais, considéré comme l’une des plus grandes formations hip-hop de l’histoire *bla bla bla laudateur* (street cred’ au taquet), a sorti sur son Paid in Full, l’autre duo, hip-house jazzy et britannique celui-ci, y ajoute de nouvelles couleurs, de nouvelles dimensions, de nouvelles valeurs. Coldcut vient draper l’instru roulante – une boucle de batterie agrémentée d’une basse synthétique, de bongos, d’un échantillon de flûte – d’une gaze orientalisante, entremêlant adroitement le phrasé mat et précis de Rakim avec les voltiges vocales de la chanteuse israélienne Ofra Haza sur les refrains en hébreu de « Im Nin’alu », poème yéménite du XVIIe siècle qu’elle a interprété en 1984.

Résultat de ce remodelage transatlantique ? Un remix cinq étoiles, du (g)old-school 100% pur jus avec juste ce qu’il faut de pulpe, de sucre et de vitamines, tellement subjuguant qu’il s’est substitué dans les mémoires traumatisées à la version originale du morceau. Rakim l’a justement qualifié d’un des meilleurs remixes qu’il ait jamais entendu. Hey, you know it gots soul.

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