BOW WOW WOW – C30 C60 C90 Go ! (1980)

Il aura tenté, pourtant, Malcolm McLaren, de rendre ce groupe aussi sulfureux que Sex Pistols. Jouant sur les codes de l’exotisme, de la pédophilie (la chanteuse d’origine birmane Annabella Lwin n’a que treize ans lorsqu’elle intègre le groupe), de la piraterie, multipliant coups tordus et manipulations d’un cynisme rare[1], tout a été mobilisé par appâter le chaland et choquer le bourgeois mais rien n’y a fait : l’époque était coldwave, et les aboiements fantaisistes et délurés ne coïncidaient pas vraiment avec l’ambiance de déréliction cafardeuse.

Bow Wow Wow était pourtant, fi de leur expansivité incongrue ou des provocs de McLaren, un combo d’un niveau très honnête. Hélas pour eux, ils étaient sans aucune commune mesure avec la sensationnelle déflagration de Never Mind the Bollocks …. Et comme souvent l’histoire ne repasse pas les plats, McLaren s’est vautré à élever ce groupe au niveau de Sex Pistols, comme il s’était gamellé avant les Pistols avec les New York Dolls et comme il se ramassera en solo au milieu des 80s.

Cependant, si Bow Wow Wow n’a pas mis le rock à ses pieds, ça n’empêche pas, lorsque les playlists y font un crochet, d’apprécier avec un petit sourire aux lèvres ces friandises sans conséquence. Pour ce faire, j’aurais pu ici choisir leur reprise des Strangeloves « I Want Candy » qui est en ce moment habilement récupérée par une pub Candy Crush Saga[2] – ce qui, je n’en doute pas, va faire découvrir Bow Wow Wow à des milliers d’ados – mais mon choix s’est plutôt porté sur une chanson un brin moins connue, la première du groupe que j’ai écouté[3], « C30 C60 C90 Go ! ».

Censément un appel au piratage, en donnant les différents formats de cassette vierge et incitant implicitement les auditeurs à la duplication illicite (car oui, à l’époque, la cassette était l’ennemie), « C30 C60 C90 Go ! » est surtout un sympathique morceau pop-rock piochant, quelques années avant l’engouement pour la world music, dans des rythmiques burundaises, qui rehaussent l’interprétation pleine de vie d’Annabella Lwin, entrecoupée de riffs narquois.

Le morceau échouera pourtant aux portes du top 30 UK, ce qui permettra à McLaren de s’adonner à son péché mignon de manipulation, en instillant l’idée qu’EMI avait truqué les chiffres sous la pression de divers lobbies mécontents de leur appel au piratage sauvage ; Bow Wow Wow ira détruire un bureau d’EMI pour se venger de ce méfait imaginaire. Ah ça oui, il aura vraiment tout tenté, McLaren. Mais leur world-punk goguenarde ne réussira pas à profiter de l’ère Thatcher et de sa politique ultralibérale pour prospérer en anti-modèle[4] à la Dame de Fer.

C’est Kim Dotcom, un autre cynique de haut vol, qui tirera les marrons du feu avec Megaupload, poussant sur un terreau déblayé par Napster et The Pirate Bay. Mais il ne sera plus alors question de création musicale, juste de distribution. Un signe des temps : le pouvoir et l’enjeu ne se trouve plus dans les contenus mais dans leurs canaux de diffusion. Les nouvelles idoles ne sont plus artistiques mais technologiques : Jobs, Stallman, Dotcom, etc. Combien de rockstars crédibles depuis Cobain ?

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[1] Un exemple : persuadé que annabella lwin ne pourrait pas, du haut de l’innocence de ses treize ans, incarner toute la portée séditieuse et choquante que McLaren voulait donner au groupe, le Machiavel du punk a tenté de manœuvrer pour qu’un des trois autres membres du groupe la … dépucèle ! Un tirage au sort fut même organisé pour désigner celui qui devait s’acquitter de cette tâche ; heureusement, cela échoua.
[2] Même si, bon, on ne va pas se voiler la face : le « candy » en question ne désigne pas des confiseries. Ou alors dans le même rayon que les « Sucettes » de France Gall.
[3] Je suis tombé dessus en fin de tracklist d’une compilation punk que j’ai écouté, il y a de cela quelques années, sur YouTube.
[4] Le concept était, via la métaphore filée de la piraterie (d’où les costumes …) de marquer la non-dépendance des chômeurs à la valeur travail. Le propos pouvait se synthétiser comme suit : « Nous n’avons pas de travail ? Qu’importe, nous n’en avons pas besoin ». D’où le piratage, le bricole, le DIY pour subsister et créer une nouvelle manière de vivre, créée par la désolation due du thatchérisme mais s’en servant pour être susceptible de le juguler et de le détruire.
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