TALK TALK – Life’s What You Make It (1986)

La vie, c’est ce qu’on en fait. Cette phrase, idiote, a pourtant plus de vertus que sa platitude morale-de-téléfilm-M6 ne le laisse paraître. D’abord, ça incite à ne pas trop regarder l’existence dans le blanc des yeux. Mais surtout, elle sert de pivot à l’une des meilleures chansons de Talk Talk.

Normalement, à l’évocation de ce patronyme à double répétition, pointent dans vos souvenirs brumeux les sonorités kitschs de tubes synthwave réducteurs. « It’s My Life », « Such a Shame » : deux singles plébiscités à l’ère du CD naissant par un Top 50 à peine sorti des limbes.

Crédibilité assassinée par ces succès trop gros pour des morceaux trop faibles, le groupe de Mark Hollis[1] s’en sortira pourtant par le haut. « Par quel prodige ? », me direz-vous d’une voix laissant percer avec des vis à tête Philips votre fougueuse impatience. Eh bien, en sortant en 1986 un bon album (oui, ça a l’air simple dit comme ça mais ça aide vachement !), The Colour of Spring, puis en opérant un virage esthétique à 180° vers le post-rock et l’ambient. Une bretelle radicale qui engendrera deux albums, Spirit of Eden et Laughing Stock, qui personnellement ne m’inspirent qu’un ennui poli mais qui furent (et sont toujours) plébiscités par la critique, contribuant à les réhabiliter. Voilà, tout cela, vous auriez sans doute pu le trouver sur Wikipédia mais puisque vous êtes ici, autant vous offrir le room-service ; plaisir d’offrir.

Posé au milieu de la discographie de Talk Talk, « Life’s What You Make It » est, aux dires de ses concepteurs, un bricolage de dernière minute exigé par la major, bidouillant une partie de batterie quasi-pompée sur « Running up That Hill (A Deal With God) » (Kate Bush), l’orgue de « Green Onions » (Booker T & The MG’s) et un hook acide de guitare. Cela pourrait sonner comme une arnaque, c’est pourtant leur nec-plus-ultra.

« Comment ? », me demanderez-vous alors, si vous n’êtes pas trop vexés que je fasse en cet article les questions et les réponses. Tout réside dans ce groove à la fois atmosphérique et métronomique dont Talk Talk nimbe sa tambouille. Ce qui donne un rouleau compresseur aérien, à mi-chemin de « How Soon is Now » et de Madchester. Et qui, sous couvert d’un frontispice naïf, est une déclaration d’indépendance : ne pas se faire bouffer par la machine, reprendre les commandes. Ce sera, rapidement, chose faite.

Dans la couleur de ce printemps, compromis excellent ni pop-jetablisé ni Télérama-isé, Talk Talk se trace un avenir anti-commercial ; une démarche méritoire. Mais à l’écoute de « Life’s What You Make It », on s’attristerait de voir leur mâture s’éloigner vers les horizons d’une respectabilisation par le silence arty.

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[1] Qui, non, n’est pas le nom de l’acteur principal aux tempes grisonnantes de NCIS-la-série-familiale-qui-lustre-la-psyché-US-dans-le-sens-du-poil (c’est Mark Hammon, vils faquins).
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