THE DURUTTI COLUMN – Bordeaux (1983)

Le fait que Bordeaux ait un temps été une dépendance cossue de la couronne d’Albion – nous jugerons de sa supposée perfidie ultérieurement – a sans doute laissé des traces plus pérennes que ce que la volatilité du temps, qui souffle au loin les feuilles de l’histoire en les remplaçant par d’autres destinées au même sort, pourrait laisser supposer. Ainsi, peut-être sont-ce ces réminiscences ataviques qui firent que le Mancunien pur jus Vini Reilly a consacré l’intitulé d’une de ses chansons à la capitale du cannelé.

Pièce à part de la Fabrique de Tony Wilson[1], Vini Reilly n’est pas venu à Burdigala pour voir Alain Giresse taper le ballon, pour traîner avec Noirs Désirs (oui, à l’époque ça s’écrivait au pluriel) ou pour se faire une séance œnologie. Si la colonne Durutti s’est rapprochée de la colonne aux Girondins, ce n’est pas pour des prétextes aussi terre-à-terre, palpables. Du moins, on ne se l’imagine pas ainsi. On se figurerait plutôt le scintillement discret d’une idylle adolescente parfaite, sur les bords de Garonne, hors du monde. Dans le cocon douillet d’une réverbération cotonneuse, tout est aussi beau qu’un rêve.

L’oreille y discerne le même balancement doux que sur le trésor des sublimes Field Mice, « Let’s Kiss and Make up ». Une sourdine est cependant mise sur le carillonnement de la guitare, celle-ci venant ici se rapprocher des tessitures graves d’une basse, mais des rajouts cristallins viennent apaiser cette densité avec une délicatesse confondante.

Tout ça donne l’impression d’une joliesse un peu passée, timide, n’osant trop s’exclamer de peur que le bonheur ne se sauve, effrayé par des réjouissances trop démonstrative qui constitueraient une forme d’hybris. Scared to be happy, comme le prétend la compilation[1] ? Non, plutôt une joie tranquille. La belle endormie, gamine sourire aux lèvres. Qu’elle s’appelle Pauline, Sarah (Records), Aliénor (d’Aquitaine) ou n’importe quel prénom de l’éphéméride, l’important n’est pas là. L’important, c’est ce qui parcourt nos oreilles : de l’amour indie-pop envoyé de Bordeaux.

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[1] Fils d’ouvrier au physique de héron exfiltré d’un hôpital psychiatrique pour enregistrer, sans qu’il ne le veuille ni ne le sache vraiment, un album sur Factory (The Return of Durutti Column, 1979), poussé par Martin Hannett, l’artisan du « son Joy Division » (« Hannett devait physiquement me tirer du lit le matin pour m’emmener au studio, c’est vous dire à quel point j’y croyais »). Inadapté notoire, il se réjouit de son succès de niche : « Aucun regret, ça m’a sauvé la vie. Je n’aurais pas supporté le cirque du music business ».

[2] Qui malgré ses cinq disques et 124 morceaux ne fait pas figurer dans leur anthologie indie-pop 1980-1989 The Durutti Column, pas plus que The Field Mice ou The Smiths. Choix étranges …

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