MORRISSEY – Alsatian Cousin (1988)

Le Moz’ a passé son adolescence à attendre des réponses. Pétri de pop-music jusqu’au trognon, le jeune Steven Patrick Morrissey a envoyé depuis sa banlieue mancunienne des sacs postaux entiers de missives à destination des journalistes et des magazines musicaux, NME et Melody Maker en tête. Jusqu’au jour où il deviendra à son tour une icône pop, comme ses idoles New York Dolls, Buzzcocks ou The Cramps.

En 1988, Morrissey vient de défragmenter The Smiths après cinq années de lutte empanachée pour hisser, solitaire et altier, le pavillon de la haine. Viva Hate, mec. Besoin d’autres explications ? Non, je ne pense pas. Malgré tout, Morrissey ouvre son album en en demandant, en en exigeant. Appel à une mise au point conjugale, « Alsatian Cousin » tranche dans le vif avec la guitare saillante et torturée de Vini Reilly, le leader de The Durutti Column, débauché pour remplacer Johnny Marr.

Tournoyant et incisif, retourner le médiator dans la plaie. Cracher ces questions à la face de l’accusée[1], la trompeuse, la traîtresse, celle qui a mis un coup de canif dans le contrat et un couteau dans le dos de celui qui lui faisait confiance.

Rupture, maître mot. Rupture dans le propos de la chanson, rupture dans son ton. Le feeling smithien s’est évanoui, perdu dans la nature (il reviendra au galop sur le reste de l’album) ; on est ici plus proche du rock froid et flippé de Killing Joke. Demeure le chant fier de Morrissey comme une balise dans la tourmente. Tout le reste a été siphonné par la trouille, la rage, l’adrénaline, la rancœur, tout ce qui affleure. Au cœur dans cette tempête sous un crâne, Morrissey attend une réponse qu’il connaît déjà.

I don’t mind if you forget me, précise pourtant Morrissey plus loin dans l’album, une fois la rupture consommée et la haine devenue plus moqueuse. Une fois tout ça digéré, une fois passées les torsions perçantes. Quand Morrissey pourra redevenir vachard et exilé céleste, ce qu’il n’a jamais cessé d’être.

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[1] Oui, je sais, Morrissey parle sans nul doute d’un mec vu qu’il est gay mais comme je ne le suis pas et que les chansons dudit Morrissey ont cet avantage de laisser le choix de la sexualisation des personnages confrontés aux péripéties amoureuses, j’interprète cette chanson comme une apostrophe d’un mec à sa meuf. Fin de l’aparté. 

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