MASSIVE ATTACK – Safe from Harm (1991)

En 1991, dans cette ville impossible à placer sur une carte pour quiconque n’habite pas au Royaume-Uni qu’est Bristol, il y avait musicalement deux choses intéressantes. D’un côté, l’indie-pop sensible et bricolo de Sarah Records ; de l’autre, le melting-pot suave du trip-hop, avec Massive Attack et Portishead (qui viendra ensuite) en figures de proue.

Posant les codes de ce genre hybride, parcouru d’influences allant de la soul au rap, du dub au jazz en passant par l’électronica, Blue Lines et sa pochette couleur carton frappée d’un sticker  » produit inflammable  » est un des cent meilleurs disques de n’importe quelle discothèque, fût-elle celle du punk le plus endurci. Le disque qui auraient presque fait croire que les années 90 et l’avenir musical seraient cosmopolites, overground, artistiquement ambitieux et populairement récompensés ; au lieu de ça, à quelques exceptions près, il faudra vite déchanter : les boys band, le cynisme, le marketing comme substitut du talent, les bobos, la culture-déco.

Mais l’interlude fut sublime. Parcouru d’une langueur entre vapeurs de skunk et sensualité métisse, Massive Attack se présente comme un alcyon pas si serein, mais dissimulant ses frayeurs grâce à une musicalité largement au-dessus du niveau de l’amer. Malgré des paroles transpirant l’angoisse, la voix de Shara Nelson vient faire son créneau sur la place envoûteuse, contrebalancé par le phrasé mat de 3D répétant « I was lookin’ back to see if you were lookin’ back at me to see me lookin’ back at you ».

Jamais Massive Attack ne retrouvera ces entrelacements de courants, cette ambiance bienfaisante et chaloupée de soul futuriste ; Mezzanine, qui s’élèvera un septennat plus tard aux mêmes altitudes que Blue Lines, sera beaucoup plus froid, sombre, minéral. Et depuis lors (1998 tout de même), Massive Attack a vu plusieurs membres de son aéropage s’en aller ; le groupe, presque devenu coquille vide (de sens), s’est enlisé dans des vapeurs sonores engourdichiantes et des expérimentations laissant de marbre, melting-popotte qui ne chamboule plus grand monde (le syndrome Albarn ?), fond sonore downtempo pour dîners entre couples trentenaires.

Raison de plus pour remonter le temps. Prendre soin de ce souvenir. Attaque massive tout en subtilité dans trois … deux … un … Clic sur play. Sur ce, je vous laisse ; j’entends les boucles du vent, la basse qui s’épaissit, il est donc temps pour moi de céder le mic’ à Shara et 3D. Vous ne le regretterez pas.

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