KLUB DES LOOSERS – Baise les Gens (2003)

Vive la Vie. Cet album a une place toute particulière pour moi. Outre ses qualités intrinsèques, il s’est imposé, je ne sais trop comment, comme un remède cathartique quand ça va mal. Un disque à écouter rarement, mais intensément, pour que l’exsudat misanthropique se libère à son maximum, déflagrant les certitudes et anéantissant les espoirs amochés. Pour mieux les faire renaître derrière, une fois la cure ultralucide avalée. Bref, un disque qui m’est essentiel. Mais que je ne pouvais écouter que par Grooveshark interposé, car ce classique du hip-hop céfran était introuvable depuis Mathusalem.

Et hier, à l’occas’ des dix ans de la sortie de l’album, une annonce : Vive la Vie va être réédité en CD et vinyle pour janvier 2015. Contentement. Joie. Sauts de cabri youpi lolilol. Répandez la nouvelle, quérez les trouvères et dressez la tablée des festoiements ; mais pas trop, car on parle de Fuzati alors peut-être risquerait-il de ne pas apprécier ces agapes effusives.

Pour preuve, « Baise les Gens » ; sans doute, s’il fallait n’en retenir qu’un, le morceau de l’album, avec son instru énigmatique, son texte au scalpel et l’intervention de Jonathan Lambert (ancien collègue de Fuzati-avant-Fuzati au magazine Clark) en Damien Baïzé sur le refrain.

Se proclamant « feuille de papier-toilette la plus rugueuse qui n’ait jamais existé », le rappeur masqué ne la joue pas douceur triple épaisseur pour décaper, sans aménité, des contemporains qu’il exècre. Installation du périmètre de sécurité face à la médiocrité et aux contingences humanoïdes – les conversations vides, les troupeaux du métro, les autres MC’s … – qui ne lui inspirent que dégoût. Rester à l’écart, voilà le seul leitmotiv.

Fuzati est aussi inadapté qu’implacable. Scandant ses contes de la lose et ses états d’âme adolescent d’un phrasé traînant les pieds, Fuzati (alias Romain Goehrs, concepteur-rédacteur pub dans le civil) parle pour lui mais porte parole résonnant en beaucoup. Ses soliloques de détestations font souvent écho, ont peut-être un jour été les vôtres, si vous avez été, ado suburbain du troisième millénaire, rejeté, angoissé, solitaire. Loser.

Bienvenue au Klub. Il faut savoir s’en sortir mais tu auras toujours une place pour t’y consoler, un moment. Cet album, il faut s’en servir de béquille quand vous saturez, que vous frôlez des pylônes et des canyons, pour évacuer le ras-le-bol. Et, revenant sur le chemin, après avoir trente fois hoché la tête et noirci le regard aux punchlines de « Baise les Gens », trouver des perspectives un peu plus réjouissantes et pouvoir presqu’à nouveau dire : vive la vie.

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