Léo Ferré et Jimi Hendrix, la collaboration impossible

Léo Ferré avec Jimi Hendrix. L’idée paraît aussi farfelue que d’envisager Jean Ferrat tapant le bœuf avec les Rolling Stones. D’ailleurs, ça ne s’est pas fait. Pourtant, aussi vrai qu’Hendrix a ouvert en 66 des concerts pour Jaunie Hallyday, l’interprète de « Paris canaille » est bel et bien passé à un cheveu de sa crinière blanche d’enregistrer un morceau avec le plus iconique guitariste de tous les temps. Comment ?

En 1968, Léo Ferré se prend d’une passion soudaine pour le rock anglo-saxon, allant jusqu’à citer les Moody Blues dans « C’est Extra ». Peut-être lassé d’être cantonné au seul cadre de la chanson française germanopratine, Ferré décide d’aller fureter du côté du bouillonnement pop et jeune (c’est l’époque Mai 68 hippie poplitique) qui lui semble être un bon cadre d’expression pour revivifier sa poésie anarchiste.

En janvier 1970, au sortir d’une tournée au Québec, Léo Ferré a réservé un studio à New-York pour mettre en boîte « Le Chien », incantation spoken-word anticonformiste sur fond rock. Prévu pour tenir la six-cordes : Jimi Hendrix. Rien de moins. Sauf que, dérobade flemmarde ou avanie véritable, Jimi ne peut se rendre au studio, malade. Le larron a filé, l’occasion de ce surprenant croisement ne se représentera plus. Mais l’histoire de cette chanson ne s’arrête pas ici.

Devant la décommande d’Hendrix, Ferré débauche alors deux pros du jazz-rock : le guitariste John McLaughlin (qui a déjà joué avec Miles Davis) et le batteur Billy Cobham[1]. Avant, une fois revenu à Paris, de bazarder la version obtenue (pourquoi ? Mystère …) et de refaire la prise avec un groupe prog-rock du coin, que sa maison de disques Barclay aimerait mettre en avant. Zoo, c’est le nom de l’heureux élu, sera donc son backing band sur Amour Anarchie (1970) et La Solitude (1971).

Sur ce, je vous laisse avec ce « Chien » sur lequel la wah-wah d’Hendrix aurait pu aboyer. Hendrix qui mourra en cette même année 70 ; petite forme, le Jimi. Au contraire du vieux lion Ferré qui rugit son texte en montrant les canines.

Cadeau bonus : la magnifique pochette avec Hendrix à la mitraillette, réalisée en 1975 par le dessinateur Philippe Druillet, figurant sur la réédition française d’Electric Ladyland (cliquez sur l’image pour l’agrandir).

jimi-hendrix_druillet

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[1] Ces deux-là iront plus tard former avec deux autres gusses le Mahavishnu Orchestra, qui est à ce qu’il paraît une pointure du jazz-rock. Mais je ne puis vous garantir l’exactitude de cette réputation flatteuse, n’ayant pas écouté la moindre note dudit Mahavishnu Orchestra et n’ayant aucune appétence pour le jazz-rock (j’ai essayé Bitches Brew de Miles Davis une fois ; bâillements).
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