Critique : Heart Healing (VOLAGE, LP, 2014)

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Ne vous fiez pas à sa pochette présentant sous des tons sépia un bouquet de fleurs flétries, la gerbe de chansons proposée par Heart Healing est bien vivante et fait vite rimer Volage avec voltage, subordonnant les acceptions du Petit Larousse au grincement de son fuzz.

Certains avaient pu les découvrir via une pub de bagnole, le Lion sochalien ayant posé sa grosse papatte sur l’efficace « Not Enuff » pour une de ses pubs télé, contribuant ainsi à ce que les chansons garage de Volage s’envolent au-delà des murs dudit garage. Deux révolutions solaires après ce premier EP sorti sur K7, et quelques ouvertures scéniques pour JC Satàn, Fuzz (le projet stoner de Ty Segall) ou The Growlers plus tard, Volage creuse le sillon avec un LP qui confirme le satisfecit et maintient le brouillis des genres. Est-ce du garage-pop, du psyché-lofi, du dad-rock ? Une certitude néanmoins : ce sont les ex-fans des sixties qui vont frétiller de contentement. Et ce, même s’ils ne l’écoutent pas « très fort sur le poste cassette de [leur] van, pendant un road trip direction nulle part, avec [leurs] potes qui s’envoient de la codéine à l’arrière avec leurs meilleures copines », comme indiqué dans les méthodes d’incubation par Paul Rannaud, chanteur-slash-compositeur-slash-producteur aux cheveux longs du groupe.

Car Volage continue d’être ce qu’il fut sur Maddie, à savoir un quatuor refondant les Beatles, les Kinks et la compil Nuggets à la sauce actuelle (Ty Segall, The Feeling of Love, etc.), avec des bermudas, des cheveux longs bercés trop près de l’eau oxygénée et une énergie venue du fond des carburateurs. Des branleurs garage-psyché venus d’Indre (Le Blanc, c’est salissant), hébergés par le label Howlin’ Banana, qui, c’est un fait, ne révolutionneront pas l’histoire de la pop culture mais qui, avec moins de prétention que la fille du doubleur de Ned Flanders, balancent un album vitaminé à souhait, à retrouver dans tous les tops rock de fin d’année (si lesdits tops font bien leur boulot).

Enregistré exclusivement en analogique, Heart Healing concilie mélodies pop 60s aux harmonies vocales simili-Beach Boys et rock épais, heavy, dont les triturations électriques viennent du fond des caves. Entre singles évidents (« Owl » et son intro à l’orgue farfisa, « Touched by Grace ») et morceaux plus copieux et costauds (le central « This Ain’t a Walk », jouissif sommet de l’album, qui semble être un single oublié par Ty Segall sur la console de Manipulator), Volage manie avec dextérité le sens de la rupture, de l’oblique, de la variation au sein d’un même morceau. Les moments sont nombreux où, passant outre l’aspect rétroïde qui plane au-dessus de ses compos, le sucre pop et l’acide rock font exploser l’essai dans des tubes d’hier faits aujourd’hui pour demain. Au hasard Balthazar, « Paolina » ou ce « Wait » énorme (du Beatles fuzz virant heavy sur son second versant) qui parait être une tuerie de 1967 tout juste extirpé de la poussière des bacs à vinyle à 1€ par un digger providentiel.

Seule ombre au tableau : l’incongruité instrumentale « Midnight Thoughts » qui dénote du ton général de l’album et dont on comprend d’autant moins la présence qu’il ne dure que soixante-huit petites secondes mais que cela suffit à réduire à l’état de demi-molle le braquemart dressé par l’enchaînement de morceaux qui défouraillent. D’autant que le morceau suivant, le dernier du LP, « Love is All », n’atteint pas des cimes, trop décousu et patchwork-in-progress. Heureusement, ça ne suffit pas à faire oublier l’essentiel.

L’essentiel ? Nous sommes en 2014 et dans la frénésie garage de 1967. Nous sommes en automne et l’été n’en finit pas de s’indianiser. Nous sommes bien, ce son venu de nulle part entre nos deux oreilles captiv(é)es. Volage ne sonne pas nouveau ? Certes. Mais s’ils font du neuf avec du vieux, leur marmite bouillonnante est remplie de la meilleure soupe qui soit pour ceux qui ne sont pas encore sourds comme des pots. Foi de scarabée.

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VOLAGE | Heart Healing | 2014 | Howlin’ Banana Records

Note : 15/20

S’il n’en restait que trois : « This Ain’t a Walk », « Wait », « Owl »

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