BIKINI KILL – New Radio (1993)

Oui, une meuf peut manier la guitare électrique à fond de dixième en secouant ses cheveux gras (on n’est pas dans une pub L’Oréal, bordel !) pendant qu’une autre fille d’Eve éructe joyeusement des paroles qui envoie chier toute l’assistance. Au début des années 90, il y a même un mouvement qui s’est créé ainsi, frangine frondeuse du grunge[1] : les Riot grrrls. Du punk féministe. Babes in Toyland, Bikini Kill, Hole, L7, avec comme marraines officieuses Kim Gordon (Sonic Youth) et Joan Jett (Runaways).

Resituons le contexte : début juillet 93, la scène Riot grrrl est sous le choc. Mia Zapata, la chanteuse des Gits, a été enlevée, violée et étranglée dans les rues de Seattle[2]. Le traumatisme est immense, d’autant plus que son violeur et assassin ne sera pas identifié avant une décennie[3]. Réagissant à cet évènement, le groupe Bikini Kill, enragé, empoigne micros et guitares pour prôner l’offensive et ouvrir la chasse au riff qui tue.

Publié en septembre, « New Radio » est un single dévastateur, une punk-song mordante qui ferait passer « Rape Me » pour une comptine de cour d’école. Sur un rythme haletant digne d’une course-poursuite et des guitares tellement tranchantes qu’elles pourraient abattre des arbres rien qu’en poussant les potards à mi-volume, Kathleen Hanna libère un chant vociféré qui ne veut pas plier, jamais. En moins de temps qu’il n’en faut à un éjaculateur précoce pour terminer son affaire, Bikini Kill tourne ses paroles malicieuses (le stupre à l’âge des Smarties) en un réquisitoire fulminent, une revendication d’urgence. La liberté, tout de suite, maintenant, sans peur.

Urgence, tension, exaltation. Allons essuyer le sperme sur le lit de nos parents. C’est le son de la nouvelle radio, furieuse et furibarde.

_____________

[1] Anecdote : c’est Kathleen Hanna qui a trouvé la formule « Kurt smells like Teen Spirit », faisant référence à la marque de déodorant qu’utilisait Tobi Vail, batteuse de Bikini Kill et qui sortait à l’époque avec Kurt Cobain.
[2] D’ailleurs, tant qu’on en est à parler de Seattle et des années 90, il est à noter que Mia Zapata fait, comme Kurt Cobain, partie du morbide et légendaire Club 27.
[3] Confondu par son ADN, le poissonnier floridien Jesus Mezquia sera condamné à 36 ans de prison.
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