SIOUXSIE AND THE BANSHEES – Christine (1980)

La vie, qu’est-ce que c’est ? Ha-haaaah ! Eh bien au début, avant les hommes préhistoriques, les silex et les crêpes au Nutella, c’était les amibes. Organismes monocellulaires, ces micro-machins, aussi appelés eucaryotes par les biologistes qui aiment bien ramener leur fraise même si rien ne les y oblige, ces micro-machins disais-je, amorphes et somme toute assez lénifiants, ont évolués en adolescents b(r)ouillonnants, en glosateurs musicaux et en front(wo)men pop.

Lorsque le calendrier christo-référentiel en est venu à indiquer le chiffre 1980 (l’année mort[1]), ça faisait déjà pas mal de tours de cadran que la latchkey child solitaire Susan Ballion s’était effacée derrière la persona de Siouxsie Sioux. Emancipation totale et affirmation de soi qui passera par le frayage dans la troupe de suiveurs satellitaires de Sex Pistols, le Bromley Contingent[2], avant que, ayant monté son propre groupe, elle ne devienne une diva fantomatique, l’héroïne des corbeaux post-keupons, la meneuse farouche des démons, celle qui consomme ses guitaristes comme une mante religieuse ses amants.

Sulfureuse, extravagante, l’égérie au visage maquillé de vampire a enfanté des classiques pop ombreux, tel ce morceau post-punk tendu à propos d’une fille-fraise schizophrène. Joyau froid à la batterie mate, à la basse aussi riante qu’un cimetière, au chant sobre, aux ajouts pointillistes et palpitants de guitare acoustique (l’apport de John McGeoch, transfuge de Magazine), « Christine » est une chanson d’une évidence folle et d’une astucieuse oblique.

C’est concis, cohérent, et épicé par un court pont incongru sorti de nulle part. On peut, malgré la belle concurrence de « Happy House », décerner derechef à ces trois minutes la palme de meilleur morceau de cet album, de ce groupe-là, de même qu’une place de choix dans les meilleurs morceaux de cette année-là. Joy Division, The Cure,  Chrome : Siouxsie se hisse à ce niveau sans problème aucun.

Et que retiendra-t-on d’elle, au final ? Je pense qu’on pourrait synthétiser cela ainsi : une poignée de chansons déconcertantes et la vision d’une égérie brillante et saillante, raillant, assaillant tout le monde. Une emmerdeuse polarisante qui n’a pas eu besoin d’exhiber son cul à toute la contrée pour revendiquer fièrement son chromosome XX. Il faudrait le dire et le répéter à mesdames Knowles, Minaj, Fenty, ainsi qu’à leurs con(ne)sœurs qui ont bien plus pris de Cindy Lauper que de Mona Soyoc, leur conseiller de forer dans le pergélisol union-jack pour trouver des raisons valables d’exister.

Et ainsi de découvrir, en écoutant Siouxsie narrer les délires psychotique de « Christine », qu’il était une fois la sincérité, la superbe, la musique, l’irréductibilité. Qu’il était une fois la vie.

_________________________

[1] Bon Scott, John Bonham, John Lennon, Ian Curtis. Et on ajoute Jean-Paul Sartre. Et Radio Caroline.
[2] Où traînent également Captain Sensible (batteur et guitariste à béret rouge des Damned et auteur du tube « Wot » en 1982), Billy Idol ou Sid Vicious (premier bassiste de Siouxsie and The Banshees).
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