THE (HYPOTHETICAL) PROPHETS – Wallenberg (1982)

Si, déçus par la météo primesautière de ce mois d’octobre, vous cherchez quelque chose de glauque, avec un saxophone aussi guilleret qu’un dimanche pluvieux de novembre sur les ruines d’Oradour-sur-Glane, vous êtes à la bonne adresse. Pas à SOS Suicide mais sur le morceau « Wallenberg » des (Hypothetical) Prophets.

Le duo formé de Karel Beer (sous l’alias Norman D. Landing) et Bernard Szajner (renommé Joseph Weil) glisse dans les interstices flous de la culpabilité collective ce morceau polaire. Aussi effrayant que l’apparition du SIDA ou l’émergence de Rose Laurens qui marquent l’époque de sa sortie, « Wallenberg », c’est surtout un climat insidieux, inoculé par la voix grave, robotisée et insensible de Szajner, qui déclame en des tournures cryptiques le combat de Raoul Wallenberg, ce diplomate suédois basé à Budapest qui falsifia des papiers et négocia avec les nazis pour sauver des milliers de déportés juifs de l’holocauste.

Fichée à l’exacte confluence d’une synth-pop glaçante et d’un post-rock sépulcral, on traverse la plaine morbide de ce morceau telle une silhouette angoissée mais résolue dans l’outrenoir du monde. Nous voilà suspendus au-dessus d’un gouffre infini, celui du délire, de la déréliction. Nul prophète en ce pays, cette hypothèse n’est plus de mise, car les messies sont hors du monde, soliloquant des choses vraies et absurdes qu’aucun péquin ne peut comprendre. De ce récit musical désaxé et décharné, à la poésie suintante et zombie, on ne peut que l’écouter pour glisser dans la nuit, hagard, et si besoin est y disparaître. Comme Wallenberg, happé par l’entre-deux incrédule de ces brumes qui nappent les secrets[1].

On peut tracer quelques ramifications de ce morceau sans appel. Serge Teyssot-Gay a dû l’écouter jusqu’à plus ouïr sinon l’apprendre par hypnopédie avant de sortir en 2000 son On Croit Qu’On S’En Est Sorti. On pense aussi au groupe rafraichissant (jusqu’à la congélation absolue) Programme, émanation de Diabologum. On pense qu’il fait froid et gris sombre, alors que, regardez dehors, le temps est clément. Frissons. Ébaudissement. Générique. Tchi tcha.

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[1] On ne sait pas (et on ne saura sans doute jamais) ce qu’il advenu de Raoul Wallenberg après-guerre. Arrêté en janvier 1945 par l’armée rouge QUI LE suspectait vraisemblablement d’être un espion américain, sa mort fut annoncée en 1957 par les autorités soviétiques, selon lesquelles Wallenberg avait succombé à une crise cardiaque en juillet 1947, à l’âge de 34 ans. mais qu’aucune preuve tangible n’est venue corroborer cette version. certains anciens détenus des goulags  affirment même l’avoir vu après 1947, jusque dans les années 80. Sans compter que le silence de ses deux oncles face à ceux qui réclamaient des éclaircissements (jusqu’au président américain henry Truman) n’a pas manqué de susciter davantage de questionnements.

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