CARL ET LES HOMMES BOITES – Le Chanteur (2014) (Daniel BALAVOINE cover)

Pour appâter « les filles de 73 » devenues ménagères[1] gibiers-de-pub-télé, rien de mieux que de reprendre une chanson de Daniel B. Non, pas Bevilacqua, Balavoine. Tapie dans l’hypogée d’une compilation curieuse (La Souterraine #4[2]), c’est, vous l’aurez deviné si vous avez lu l’intitulé de ce billet, l’homme-groupe belge Carl et les Hommes Boîtes qui s’est attaché à brosser les quadras divorcées dans le sens des cheveux abreuvés de shampooing antipelliculaire.

Quoique … Pas dit qu’ils ne soit pas plutôt poil à gratter. A l’heure où Facebook et Google se proposent de congeler les ovocytes de leurs employées (comme ça, de rien, ça fait plaisir !), Carl et les Hommes Boites ramènent eux aussi le mercure à zéro le temps de cette relecture flippée. Laquelle souligne, avec une évidence jusqu’ici dissimulée, que la carrière de l’hélicophile-du-Ténéré a étrangement concordée avec les années cold, celles du post-punk, de la new wave, de la cold-wave ; et que « Le Chanteur », une fois débarrassée de ses atours variétisants (les plus notables : la trompette claironnante qui ouvre le morceau original, et le chant même de Balavoine), est une chanson sordide, avec gloire factice, trahisons, déchéance, alcoolisme, prostitution, et tout le tremblement. Sympa, hein ?

Le morceau commence lent, traînant, éteint, tel un Hibernatus sortant d’une cryogénisation longue de trente-six ans, anachronisme provenant d’une époque où l’on décapitait pour rendre la justice, où Giscard était président et où Michel Platini buvait du Fruité à Nancy. Une époque lointaine, trèèèès lointaine. Voilà qui légitime un temps de réadaptation, pour que les muscles se dérouillent et que les cadenas se déverrouillent, ouvrant sur un crescendo synthétique ; un crescendo fataliste, qui sait que la Roche Tarpéienne attend derrière le Capitole, et ne s’en offusque pas. C’est comme ça, c’est tout. Les idées même de drame, de glorieux et de tragique, de déchirement qui parsèment la chanson originale (qui n’est d’ailleurs pas si mal, à la réécoute) sont abolies. Les choses se passent ainsi, point barre.

Il se murmure qu’après avoir écouté ce morceau les filles de 73 se sont fait porter pâles (d’hélicoptère ?). On leur laisse de bon gré les boîtes d’antidépresseurs, en attendant qu’elles rejoignent d’autres boîtes, plus grandes et qui sentent le sapin (pas désodorisant). Quant à nous, on savoure cette drôle de blague belge, en se disant (c’est bientôt Halloween) que Balavoine y fait un bien beau zombie.

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[1] D’ailleurs, il est amusant de constater qu’il n’existe pas dans la langue française d’équivalent masculin au terme ménagère. Etonnant, non ?
[2] Compilation sur laquelle on note également la présence de Dorian Pimpernel (rebaptisé pour l’occasion Doria Pamphilj), Rhume ou encore Laetitia Sadier (de Stereolab).
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