VANGELIS – End Titles (« Blade Runner » OST) (1982/1994)

La Grèce et la musique, ce n’est pas seulement le sirtaki et Nikos Aliagas officiant à la bouillie sonore des samedis vespéraux de la boîte à cons télévisée. Déjà qu’ils ont la crise économique et les néo-nazis, ce ne serait pas charitable de les enfermer dans le canevas de cette vision caricaturale et réductrice. Donc, ouvrons le champ et paramétrons-nous sur 1982 pour rejoindre l’ex collègue de l’hirsute Demis Roussos, Evangelis Odysseas Papathanassiou (oooh yeah !). Aka Vangelis ; ça vous parlera sans doute plus. Surtout si en sus j’ajoute : BO de Blade Runner.

Film culte adaptant un roman du même acabit (mais que je n’ai pas lu), Blade Runner, c’est surtout pour moi un score épique[1] qui renvoie la pourtant pas si mal branlée BO de Tron : L’Héritage des deux casqués sur-mythifiés au niveau d’élève timide qui doit lever le doigt avant d’espérer parler. Pinacle de cette BO, « End Titles » est un morceau immense. Et, vous pouvez me croire, je pèse mes mots au trébuchet de précision. Si je ne le faisais pas, je dirais d’« End Titles » qu’il déchire sa maman. Ce qui, formule qui claque (ou pas) mise à part, revient à peu près au même.

Sur les 4 minutes 40 d’« End Titles », tout sonne grandiose. Tout. Mais ça ne tombe jamais dans l’écueil du grandiloquent (qui rime avec gonflant) ; il n’y a pas de boursouflures, rien n’est en trop. L’équilibre est parfait entre la rythmique trépidante, les cordes emphatiques, les scintillements synthétiques, les grosses caisses pour sceller l’affaire d’un implacable martèlement.

Wow. Une belle claque bien massive et angoissante comme il faut, assénée du haut d’un building métanoïaque au cœur de la mégapole carcérale déshumanisée qu’est cette LA 2019 cyberpunk. « End Titles » est une harangue héroïco-digitale à la mesure des enjeux circonstanciels et métaphysiques du métrage dystopique de Ridley Scott. Avec son thème maximal, elle vient accentuer le malaise poisseux de cette ville tentaculaire et corrompue, en souligne ses émanations fuligineuses violet-noir, incite au débat pour s’en défaire avant l’autodestruction pré-programmée (date de péremption au dos du paquet).

Cette mélodie ample, intense et saisissante a traumatisé Kavinsky, Daft Punk (Tron : L’Héritage), Koudlam (Benidorm Dream) et les a transporté vers des visions d’une saison en enfer rebootée, d’un bout du monde, le nôtre. Logos géants apposés sur pyramides opaques, loi du Réseau, flicage ubiquitaire, soupes Liebig arôme mouton électrique, générateurs d’émotions ersatz, GhostRiders sous narcotiques juste pour tenir, panoramas étriqués, humanité robot, particules fines, toxines et caféine. Retour vers la violence contemporaine du (no) futur. Et au milieu de ce vortex cosmopocalyptique, un flux d’énergie ultime, isolé, s’engage dans une quête romantique vouée au droit-dans-le-mur.

C’est fou tout ce que quelques notes agglomérées peuvent suggérer.

______________________

[1] A noter que si Blade Runner est sorti en 1982, la BO du film par Vangelis n’est sorti que douze ans plus tard. La faute au bide commercial du film et à des décisions étranges de Warner, qui ne publièrent dans un premier temps qu’une BO édulcorée du film, rejouée par The New American Orchestra. 
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