Concert : Julien GASC / DORIAN PIMPERNEL / MOODOÏD (4/10/2014)

French Pop Festival | IBoat (Bordeaux)

C’est dans la cale de l’IBoat, ce bateau amarré dans les bassins à flots de Bordeaux, que s’est close il y a un cinquante-deuxième d’année (aka une semaine) la deuxième édition du French Pop, parenthèse musicale de trois jours mettant à l’honneur les meilleures pousses de la pop française. Au programme du festival cette année : Superets, Breakbot, Marc Desse et surtout, en conclusion, Julien Gasc, Dorian Pimpernel et Moodoïd (dans cet ordre-là). De quoi se pourlécher les babines.

julien_gasc

C’est donc Julien Gasc qui ouvre le bal, à l’heure de Delahousse à la téloche. Julien Gasc, je ne le connais pas. Ou pas tant que ça ; j’ai certes écouté vite fait quelques chansons de son album Cerf Biche et Faon, mais elles ne m’ont pas accroché l’oreille tant que ça (de la pop trop propre, trop sage, un peu comme Burgalat) et je n’en ai plus trace dans le département musique de mes serveurs mémoriels. Le mec a l’air en tout cas sympathique, Bambi avec une barbe de bûcheron ; il arrive sur scène par le public, encore clairsemé (tout le monde n’est pas encore arrivé, ou traîne encore en terrasse).

Gasc commence, seul, par un morceau mid-tempo en piano électrique/voix ; il finira de la même manière, avec « Jouir ». Un peu poussif, mais cela s’arrangera par la suite, lorsque, trois musiciennes  venues étoffer son backing band (par ordre d’apparition, Fanny Harnay à la batterie, Clémentine March à la basse, Shirley Tang aux claviers) aidant, « sa soul-pop de Castres » (le terme est de lui) s’emballera, emballant le tout comme le papier d’un cadeau qu’on aurait enfin envie d’ouvrir. Il en est ainsi du morceau « Fuck », présenté comme « du grunge, ce qu’il écrivait à quatorze ans », auquel on aurait presqu’envie de demander pourquoi il n’a pas continué dans cette veine énervée (cela dit, le morceau rend bien mieux en live qu’en version studio, où il dénote un peu).

Cependant, je ne voudrais pas trop blâmer Gasc ; c’est juste que, malgré la présence enthousiaste au premier rang de Martial Jésus (l’un des deux disquaires de Total Heaven) en soutien de choix, ce n’était pas marquant. J’ai passé un bon moment mais j’ai peu de souvenirs qui me sont restés, finalement. C’était sympathique, avec tous les corrélats que ce terme induit. En somme, une mise en bouche avant les deux plats de résistance qui s’annonçaient.

dorian-pimpernel

Dorian Pimpernel est le premier de ceux-là. Un groupe que j’adore. Mais, problème : il est manifeste – et ils le concèdent d’ailleurs eux-mêmes – qu’il s’agit bien plus d’un groupe de studio que d’un groupe de scène. Leurs compositions millimétrées s’accordent mal avec l’improvisation du live ; c’est l’éternelle querelle du studio contre la scène, de l’enregistré contre le direct, du pérenne contre le fugace, de l’élaboré contre le viscéral, ou un truc de ce genre-là. Les aspects complexe, formel, sophistiqué, cette élégance détachée dans la conception de leur superbe pop laborantine au clair de lune ne peuvent être traduits avec l’acuité de l’enregistrement studio. Ainsi, les rythmiques électroniques bizarres de l’album, au charme fractal, sont reproduites sur bande et leur bassiste joue assis, une posture en retrait qui ne favorise pas la transmission énergétique.

On notera toutefois une intéressante version d’« Existential Suit » (une des meilleures chansons sorties en 2014), brutalisée par les martèlements de la batterie placés en avant. Ainsi qu’une très belle chanson que j’ignorais, datant de l’EP initial Hollandia, « Octave Héliophone », qui a conclu le set ; merci le coup d’œil au feuillet de la tracklist laissée momentanément sur la scène, près du micro.

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Venons-en maintenant au point d’orgue annoncée de la soirée. Moodoïd arrive, paillettes en avant. Le quintet, qui vient de sortir un premier album mi-super mi-bourbeux (lequel succédait à un EP de très haute volée), met tout de suite tout le monde dans sa poche avec le planant « Je suis la Montagne ». Les garçons (et les filles) veulent de la magie ? Ils seront servis. Dans le rôle du magicien en chef, le guitariste de Melody’s Echo Chamber et chanteur-leader de Moodoïd, Pablo Padovani, sorte de coagulation improbable entre Daniel Darc bloqué dans un trip Bisounours et Elie Kakou barbotant dans une piscine olympique de LSD.

Le charme opère merveilleusement – interaction avec le public, osmose entre les musiciens, etc. – jusqu’à ce des impondérables techniques ne s’en mêlent. Le micro décide de s’éteindre au beau milieu de « Bongo Bongo Club » (un morceau que je trouve pas terrible, mais qui « passait » dans l’ambiance), ce qui a cassé le rythme et sans doute nui, pour votre serviteur en tout cas, à l’envol du concert.

D’ailleurs, à propos de concert, j’ai constaté, du haut de mon expérience très limitée en matière de live[1] (Gamine/Les Olivensteins, Punish Yourself, Fortune), que c’était la première fois qu’un live n’inverse pas mes préférences d’un album studio mais les confirment. Les morceaux que j’avais appréciés sur Le Monde Möö sont géniaux en live, tandis que je m’ennuie au moment des chansons moins marquantes. Au rang des satisfactions, « Je suis la Montagne », « Machine Métal », « Yes & You », « La Lune », « De Folie Pure ». Avec un bonus pour cette dernière qui a conclu la soirée d’une magnifique façon.

Moodoïd a en effet livré une version orgiaque de ce mini-tube mixant pop Bollywood et samba française, une interprétation qui a étiré le temps. Le morceau live a duré bien huit minutes, peut-être dix, mais il aurait pu en durer facilement le double sans que le concept même de lassitude ne se fraye un chemin jusqu’à nos synapses tant la relecture était enthousiasmante, dansante, jouissive. Une note finale superbe, avant que Pablo n’invite tout le monde à venir à la boum secrète du French Pop Festival ; le seul hic, c’est que c’était réservé aux happy few détenteurs d’une invit’, que je n’avais pas en ma possession. Bah, tant pis. L’allégresse de « De Folie Pure » vaudra toutes les boums du monde.

Pour les flemmards qui n’auraient pas eu le courage de parcourir les lignes qui ont précédé, petit bilan de ce live sous forme de bulletin scolaire :

  • Julien Gasc : bon élève, altruiste (quelques conseils sur le son de Dorian Pimpernel), mais trop timoré.
  • Dorian Pimpernel : excellent élève, mais qui peine à s’exprimer à l’oral. Mention passable donc, mais avec des circonstances atténuantes. On sent que la spécialité théâtre n’est pas son fort, et qu’il se sent plus à l’aise dans les laboratoires, où tous les professeurs ont loué son travail.
  • Moodoïd : élève brillant, joyeux, capable de très bonnes dissertations (20/20 au dernier contrôle), mais encore un peu irrégulier. Peut à l’avenir faire de très belles choses, s’il ne se disperse pas. Doit faire attention à son matériel (casser son stylo en plein devoir peut être préjudiciable).

Je sors. Dehors, le froid me cueille avec ses coulis de vent froid. L’automne est arrivé. J’attends le tram, griffonne quelques notes sur mon cahier de fortune, réécoute Dorian Pimpernel dans mon MP3. C’était une chouette soirée. Merci Julian, merci Dorian, merci Moo, merci le French Pop.

______________________

[1] Sur ce point, je rejoins l’avis de Simon Reynolds : je privilégie le support enregistré (EP, single, album, etc.) au processus de restitution/réinterprétation du live, qui est souvent d’une qualité bien moindre que la production musicale originale.
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