Charlotte LESLIE – Les Filles C’est Fait pour Faire l’Amour (1967)

Maintenant qu’on s’est installé dans le cœur du chaudron sixties, on va y rester encore un petit peu pour apprécier le décor. Après Évariste, passons de l’autre côté, non de la frontière mais des chromosomes, pour parler de Charlotte Leslie, autre trublionne fulgurante de cette rebelle époque.

J’ai croisé cette adaptation du « We Got a Thing That’s in a Groove » des Capitols (qui était sorti l’année précédente) plusieurs fois dans ma courte vie de passionné zical, sous la forme d’une bulle de chewing-gum éclatant sur les ondes du Mouv’, d’une référence maligne glissée au détour d’une page de Rêves de Gloire[1]ou d’une présence campée dans la compil Wizzz Psychorama 1966-1971 de Born Bad Records. Mais ne confondons pas Charlotte Leslie avec un vulgaire Sarkozy qui revient : sa présence (à elle) est fort appréciable[2] car, à l’inverse de nombre de ses congénères masculins s’étant livré à l’exercice de l’emprunt francisé (Johnny, Eddy, Dick et tutti quanti), Charlotte (pas aux fraises) Leslie ne diminue pas l’originale. Elle en fournit un nouveau modèle, vivifié, de haute volée.

Gorgée d’un fuzz capable d’arracher le plancher de votre chambre pour l’électriser,  le chant convaincu de Charlotte Leslie assortit sa remuante reprise d’un commentaire plutôt acerbe (et intelligemment glissé en sous-main) sur le patriarcat libidineux du zeitgeist pré-soixante-huitard. Une chape tellement étouffante que le personnage finit par s’y rallier à contrecœur. Cynique, désabusé mais 100% féministe avec un message double : pour la libération sexuelle et contre le déterminisme genré. Une audace remarquable dans un pays qui venait à peine d’autoriser les femmes à disposer de la pilule contraceptive et à avoir un compte bancaire à leur nom.

N’allez surtout pas à la faire écouter à des bas-du-front de 4chan, ils ne comprendraient pas ; et s’ils comprenaient ils essaieraient de leaker des photos de Charlotte Leslie à poil par vengeance. Vu qu’elle a pas loin de 70 ans aujourd’hui, ça ne serait une bonne chose pour personne. Tout le contraire de ces trois minutes, en somme.

Posons la question en conclusion : et si, finalement, les filles étaient faites pour faire de bonnes chansons ? Ca ne serait pas pour me déplaire.

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[1] Une remarquable uchronie polyphonique mêlant contre-culture rock, LSD, guerre d’Algérie et enquête autour d’un mystérieux vinyle pour lequel on tue, un livre aussi massif que réjouissant que je vous recommande chaudement, tel le libraire que je ne suis pas (mais vous pouvez y aller en confiance). Ce fut, hélas, le dernier roman de Son auteur, Roland C. Wagner, décédé en août 2012 dans un accident de voiture.
[2] Quant à Paul Bismuth … euh … Nicolas Sarkozy, son avenir devrait, considérant la quantité de casseroles arrimées à ses basques, être moins dans la politique dans la quincaillerie (judiciaire). Mais les logiques retorses de la justice font malheureusement que si Sarkozy (et je mets aussi copé dans le lot) ne passe ne serait-ce qu’un seul jour derrière les barreaux, je pense que je pourrais plonger tout nu dans une piscine de cadmium LIQUIDE pour jouer au water-polo avec des hippocampes.
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