MODERNE – Vers l’Est (1980)

U2 qui remercie Christian Estrosi, Rising Star et Nouvelle Star qui commencent, la neutralité du Net remise en question aux Etats-Unis et un secrétaire d’Etat soi-disant pauvre pitite victime de « phobie administrative » (excuse invoquée par Thomas Thévenoud pour justifier le non-paiement de ses impôts depuis neuf ans)  le monde actuel fait tout pour gentiment nous inciter à nous taillader les poignets à la scie sauteuse. Heureusement, une alternative un chouia plus constructive est possible face au délabrement du contemporain : écouter Moderne.

Moderne, un quatuor tourangeau, des french növö tombés dans l’oubli. Dommage. Mais Internet permet d’éclairer les contre-allées de cette synth-pop rétro-kitsch, une minimal wave qui a de jolis moments. Exemple, ce « Vers l’Est », qui prend racine dans une Guerre Froide mélancolique, partagée en zones d’influences qui s’interpénètrent : contre-espionnage, fatalisme, futurisme, idéologies.

Moderne le dira plus tard, leur objectif était, toutes proportions gardées, de « créer une nouvelle Renaissance [NDLA : l’influence du cadre, Tours, les châteaux de la Loire, etc.] en suivant l’exemple de Kraftwerk et en utilisant des synthétiseurs. » A chacun son Tours. Leur tour n’est jamais vraiment venu, malgré leur insertion dans un peloton conséquent de combos talentueux, parfois naïfs, mais novateurs : Taxi Girl, Mathématiques Modernes, Ruth, Elli & Jacno, KaS Product, Trisomie 21, Nini Raviolette, Cha Cha Guitri, émanations so young but so cold d’une France réfrigérée, qui, sauf exceptions remarquables, ne parviendront pas à récolter autre chose que les lauriers d’un underground branché et un culte a posteriori (leurs chansons n’ayant rien perdu de leur éclat).

Puisqu’en 1980, dans les débris de la post-apocalypse punk, il ne semble n’y avoir à l’ouest rien de nouveau, ce morceau s’enfonce toujours plus loin vers l’est, sans retour. Entre JO moscovites et futurisme presque défait, la fin de l’histoire rode. La nostalgie, déjà, une soudaine émotion, une mort annoncée, inéluctable, avec cette tristesse qui sert de toile de fond presqu’irréelle, nimbée d’une atmosphère étrange de flottaison, la croisée des mondes propre aux checkpoints. Une mélancolie résignée, un calme pouvant se déchirer d’une sifflement de balle.

Nous voilà à la conclusion d’un film d’espionnage ambigu, où le manichéisme et le clinquant jamesbondiens sont disqualifiés d’office. Scène finale : la séparation. L’espionne aimait la musique (si c’est celle-ci, elle a bon goût) mais il faut se quitter et partir, fi des alliances circonstancielles. Le soleil se lève à l’est mais il fait froid dans nos cœurs. L’horizon avale les silhouettes, pas de preuves, les lettres se sont autodétruites ; ne restent que les souvenirs, vignettes colorées rangées hermétiquement dans les crânes, à l’abri des sérums. Quelque chose de précieux. De merveilleux. Et d’un peu triste.

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