DAFT PUNK – Television Rules the Nation / Crescendolls (live, 2007)

Aujourd’hui, c’est le 11 septembre, un jour tout à fait banal qui est dans le calendrier républicain celui de l’écrevisse. Sinon, inutile de le leur souhaiter parce qu’ils sont morts mais c’est aussi l’anniversaire de Pierre de Ronsard et Theodor Adorno, deux hommes qui marqueront l’histoire de l’humanité à tout jamais, mais moins que Christophe Dechavanne pour la ménagère de moins de cinquante neurones qui s’empiffre de cordons bleus premier prix devant son écran plasma acheté à crédit. Je ne juge pas, j’aime moi-même beaucoup regarder des cordons bleus et manger des écrans plasma, ou l’inverse ; en revanche si je tombais sur Christophe Dechavanne agonisant dans le caniveau en face de chez moi, il serait difficile de me retenir d’aller l’achever d’un grand coup de pelle derrière la nuque.

Et puisque l’on parle télévision, parlons de ce morceau de Daft Punk. « Television Rules the Nation », en live au POPB[1]. Bercy, à quelques encablures de la « boîte à cons » chère à Martin Bouygues. Tour TF1 contre pyramide daftpunkienne, le choix est vite fait : on prend le parti des casqués, et certainement pas de ceux qui commandent aux casques de chantier. Notre temps de cerveau disponible est de toute façon dédié à des causes autrement plus importantes (et agréables) que la coprophagie cathodique quotidienne, comme écouter le dernier album de Ty Segall, tomber amoureux, manger des Granola ou dormir jusqu’à deux heures de l’après-midi ; et en plus je n’aime pas le Coca, quand bien même Daft Punk en aurait, à l’occasion, designé des bouteilles.

Après un Human After All raté, Daft Punk se lance dans une grande tournée mondiale. Dix ans après Homework, qui a rendu maboul toute une génération avec sa techno-house hautement dosée en rock et en disco, on retrouve un peu de ce cocktail Molotov bouillant, bruyant, frappadingue, dans Alive 2007, album témoin de cette série de concerts déments. Les morceaux plutôt plats d’Human After All, troisième album studio bâclé, y prennent une dimension nouvelle, ravageuse. Bye-bye les chrysalides, voici des papillons à rotors. Les époques, les albums, les ambiances et les influences s’entremêlent dans un tout cohérent, orgiaque ; un shaker qui vous décolle la pulpe du fond, un grand mash-up qui met à terre tous les sceptiques qui n’auraient pas été dans la fosse ce jour-là.

Et pendant que la télévision règne sur la nation autour du monde, la joie jolie de « Crescendolls » vient s’y fondre, faire écran, faire l’écran, étant tout à la fois expression de, dérivatif à et protestation vis-à-vis de notre meilleur des mondes moribond où tout le monde se tire dans la tronche sans sommation. Victimes et complices, nous sommes complices et nous nous débattons dans nos propres contradictions, tentant de vivre heureux, mais certains cyniques, aussi habiles que méprisables, savent comment tirer les marrons de ce feu, dont on déplorera qu’il n’en finisse pas de brûler ; sauf s’il s’agit de « Burnin’ », BO d’alerte de la révolution (909) à venir. De toute façon, Gil Scott-Heron le disait : « revolution will be not televised ».

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[1] Oui, en version live, parce qu’en version studio, le morceau est emmerdant comme une conférence sur l’histoire des législations régissant le droit de succession dans le Haut-Karabagh depuis 1822, un lundi matin pluvieux de novembre.

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