KRAFTWERK – Metropolis (1978)

Aujourd’hui, les ramifications de la musique électronique ont phagocyté la quasi-totalité de l’offre musicale. Qu’il s’agisse de Rihanna, dont la carrière musicale aussi navrante que lucrative persiste à rapporter plus d’argent à Kleenex et Sopalin qu’à sa maison de disques ; des guérilleros techno recréant les trompettes de l’apocalypse depuis leur chambre à partir d’un simple ordi portable et d’un adaptateur Midi ; des bobos sages de l’électropop trop mignoninounette conçue dans les blanchisseries des quartiers chics ; qu’il s’agisse même du rock, du rap, de la house ou de la pop, force est de constater que les sonorités électroniques se sont infiltrées partout. Il est donc tant de nous pencher (mais pas trop, vous vous casseriez la gueule, et je n’ai pas d’arnica sur moi) sur ceux qui furent à la naissance pop de cette vague électronique, je veux bien entendu parler de Kraftwerk.

Si vous ne connaissez pas Kraftwerk, d’une, c’est un manquement presqu’intolérable, de deux, je vais vous résumer l’affaire : ce sont les Beatles de l’électronique. Ils ont inspiré des dizaines voire des centaines d’artistes, fait germer des myriades de courants et de sous-courants, créé une psyché et un imaginaire. Même la sonnerie de ton micro-ondes vient de Kraftwerk. En 1968, Philip K. Dick (qui n’écrivait pas comme une bite) se demandait si les androïdes rêvaient de moutons électriques ; une chose est sûre, en 1978, ils avaient des posters de Kraftwerk scotchés aux murs de leur turne.

Et tandis que la France de Guy Lux et du Formica en était encore, les cons, à pleurer la mort de Claude François, blondinet cynique à paillettes HS au-delà de 220 volts, ces quatre Allemands, les quatre membres de Kraftwerk (l’histoire ne dit pas qui faisait les bras et qui faisait les jambes …) continuaient d’inventer une musique du futur.

Oui continuaient. Car The Man-Machine n’était pas le premier album renversant de Kraftwerk. L’avaient précédé Autobahn, Radio-Activity et Trans-Europe Express. Dans leurs studios Kling Klang (à ne pas confondre avec King Kong), Kraftwerk confectionnait une musique avant-gardiste et en même temps d’une lisibilité, d’une netteté incroyables. Même en 2014, ces morceaux pop parfaits et, plus étonnant encore, la texture sonore n’ont pas pris une ride. Ecoutez « The Robots », faramineux morceau d’ouverture, vous serez conquis.

Mais le titre que nous allons ouïr n’est pas le single cité ci-dessus. Il s’agit de « Metropolis », un beau titre nimbé d’une inquiétude latente, d’une durée sensiblement équivalente (six minutes). Avec son intro aux longues flammes de synthés, faisant hurlements-de-loup-à-la-pleine-lune, avant que la rythmique, haussant le tempo, ne se mette en place au bout d’une minute trente. Presque comme sur « Chase », la BO de Midnight Express, film sorti lui aussi en 1978.

Métropolis, une ville, une prison à ciel fermé puisqu’on ne peut pas s’y enfuir, une mégapole froide et insensible, industrielle, lisse, comploteuse, ségrégée, inhabitable mais habitée pourtant, par les esprits de héros prolos morts pour la cause qui ravivent dans les cervelets des ouvriers-presque-robots l’injonction et la nécessité d’une révolte. Métropolis, Fritz Lang, Kraftwerk, 1978, Giorgio Moroder, l’Allemagne, Angela Merkel, l’austérité, 700 milliardaires en plus depuis 2007, l’Union Européenne, la Grèce, 2014. Tout ça. Voilà. Métropolis. On est dans une merde noire mais rassurez-vous, petit conseil mode, le noir ça va avec tout.

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