THE HOUSE OF LOVE – I Don’t Know Why I Love You (1989)

Il y a toujours quelque chose d’à la fois anachronique et savoureux à écouter et aimer un morceau d’indie-pop. Aujourd’hui comme il y a vingt-cinq ans ou dans vingt-cinq ans, ce genre recèlera invariablement des supers morceaux, sans esbroufe, profil bas tenus en haute estime, gardant la saveur d’une madeleine proustienne par la grâce d’un renouvellement générationnel continu, chaque vague d’âge projetant leur jeunesse sur des états d’âme et une mélodicité vulnérable qui servent de dénominateurs à ce courant musical.

A la fin des années 80, les petits princes (et princesses) de l’indie-pop sont légion : The Field Mice, The Wake, The Orchids, The La’s, Heavenly, The Wedding Present, etc. Dans cette kyrielle mêlant le haut (artistique) et le bas (commercial), un groupe londonien au nom fabuleux et inaltérable (et un peu niais, aussi) tire son épingle du jeu. The House of Love. Oui, un intitulé pareil, il faut l’assumer.

Fort d’un premier album (sans titre, ainsi que le suivant) et de singles (« Christine », « Shine On ») remarqués, The House of Love change de crèmerie, passe du label indé fauché Creation à la major pleine aux as Fontana. Changement de statut, accroissement d’audience. Il s’agit donc pour Guy Chadwick, Terry Bickers et leur bande de confirmer les promesses réalisées en 1988. Réaction des indie-popeux concernés ? Balancer un single du tonnerre, qui creuse le sillon des débuts, en faisant encore mieux.

Sur ce titre à la fois frais, franc et puissant, la finesse du duo Chadwick/Bickers est gonflée (mais pas surgonflée, pas encore …) par une production plus riche qu’auparavant, laquelle vient fluidifier des chansons qui sonneraient déjà merveilleuses même sur le plus médiocre des quatre-pistes acheté d’occas’. Alors, comment vous dire quel firmament « I Don’t Know Why I Love You » atteint ici ?

Chaînon manquant entre « Happy When It Rains » des Jesus and Mary Chain et « Hand in Glove » des Smiths, le morceau offre trois minutes trente de pure pop, dynamique, ténébreux, carillonnant et magnifiquement servies par la voix magnétique de Chadwick. C’est splendide, évident, vivant et au niveau des paroles un brin vachard, juste ce qu’il faut. Numéro 2 dans les charts étatsuniens, ce single amorce un deuxième album qui, comme le précédent, regorge de pépites (« In a Room », « Beatles and the Stones »).

Hélas, après cet album papillon, The House of Love va connaître le même funeste sort que l’animal placardé sur leur pochette, à savoir une mort rapide, très rapide. La faute à des violents conflits esthétiques entre le groupe et leur label (qui avait déjà coulé Cocteau Twins), qui furent la cause principale de la banalisation express du groupe, mais la faute aussi, dans le désordre, à des problèmes de drogue, des dépressions et un changement de direction du vent de l’histoire (l’explosion du grunge, du shoegaze, de la techno).

Disparus en 1993, créativité et moral au trente-sixième sous-sol, The House of Love est revenu, quelques ridules en plus mais ravigoté, en 2013 (She Paints Words in Red), avec un premier orteil dans l’eau en 2005 (le raté Days Runs Away). Un retour qui, fait incroyable pour une reformation, ne sent pas l’oseille à pleins naseaux. Et c’est tant mieux ; franchement, on préfère ne jamais avoir à parler d’argent quand il est question d’amour, non ?

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