BJÖRK – Hyper-Ballad (1995)

N’était-elle pas sublime, la Björk des années 90 ? Une femme-fée aux synapses pop bien azimutées. Un lionceau bercé trop près du mur du son. Une coagulation tierce de sexuel et d’ingénuité, de folie et d’innocence, de techno et de folklo, de futuriste et de traditionnel, de cybernétique et d’animiste, d’agressivité et de fragilité.

L’espace de trois albums (Debut, Post, Homogenic), elle a émerveillé tout le monde connu. Avant le délitement, la punition Dancer in the Dark, les piaillements âââârtistes sur des sons électro-ethno-chics qui ne dépareraient pas au rayon CD de Nature & Découvertes. Plus dure aura été la chute.

De chute, il en est d’ailleurs question dans « Hyperballad », un titre qui synthétise à la perfection l’essence de l’elfe islandaise au temps de sa splendeur. Ballade pour le côté doux, tradi, élémentaire, innocent ; hyper pour le versant technologique, moderne, futé, connecté. Le feu, la glace ; en un mot l’Islande.

Ouvrons la boîte à musique de la bachelorette Björk Gudmundsdöttir (son nom complet). Cette chanson commence tout doucement, à la manière d’une berceuse délicate et pleine de raves, qu’un rien pourrait fêler. On se réveille, délicatement, et on suit Björk près de la falaise, là où, lentement, la chanson tournoie, se diapre de reflets et d’aurores, tandis que l’intéressée jette des babioles dans le vide. Le soleil pointe, rose, or et rouge, exilant la nuit indigo et les paillettes d’étoiles.

Petite pièce d’orfèvrerie techno-onirique à la minutie fantasmatique, « Hyper-Ballad » s’étend, se déploie et prend son envol, au-dessus du précipice. Toujours soyeuse, sans heurt et avec grâce. Il y a dans cette chanson quelque chose qui ressemble à un anime japonais, ceux de Miyazaki ou de Takahata. Dans cette « Hyperballad » comme dans ces films flotte en permanence, latente, une sorte de mélancolie heureuse, d’acceptation de l’éphémère, de soumission symbiotique aux lois d’une nature terrible et fascinante. Princesse Mononoké fait une escapade à Reykjavik, sur l’île des geysers.

Mélodies, arrangements, chant, originalité, atmosphère : tout est beau ici. Mais la beauté est fugace. Les années 2000 le prouveront. Aujourd’hui, Björk n’a plus aucun intérêt. Heureusement, ses anciennes chansons (« Bachelorette », « Human Behaviour », « Pluto », etc.) restent là pour réchauffer l’âme ; le temps passe, elles demeurent.

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