TAXI GIRL – Treizième Section (1982)

En 1982, Taxi Girl, alter-ego des Stranglers, est tellement au-dessus de la mêlée musicale tricolore que c’en est indécent. Textes, compos, look, attitude : ils ont tout bon. Et le côté dark pour épicer le tout. Pas besoin de se forcer, les malheurs leur tombent sur la gueule à tire-larigot. Entre leurs provocs[1], leurs défonces, les royalties de leur tube « Cherchez le garçon » qui n’arrivent pas (ils se font escroquer par leur manager Alexis Quinlin) et, pire encore, leur batteur Pierre Wolfsohn qui crève de la dope en juillet 81, le climat est peu propice à la pantalonnade.

C’est à ce moment pourtant que sort que sera leur unique LP. Seppuku. L’autre nom du hara-kiri, le suicide traditionnel nippon. L’artwork, lui, représente une jeune Japonaise s’apprêtant, dans une thébaïde nocturne, à se perforer le bide selon ladite méthode, à l’aide d’une grand sabre dont la rutilance frappe. A cela, il faut ajouter que la pochette vinyle de Seppuku a les quatre côtés scellés ; il faut l’ouvrir avec une lame de rasoir (que Daniel Darc voulait fournir avec l’album ; refus du label) pour accéder enfin au disque en lui-même. Ambiance.

Et la musique, dans tout ça ? Neuf bombinettes synthwave qui causent de sang, de nuit et d’amour. Neuf chansons pop à l’exsudat malsain, qui s’échappe en volutes noirâtres des mélodies chantournées par ces claviers sautillants, presque allègres mais en même temps d’une impeccable froideur. Tiens, le clavier, comme les Stranglers. D’ailleurs, le batteur et le bassiste dudit groupe sont crédités, l’un à la batterie (Jet Black), l’autre à la prod[2] (Jean-Jacques Burnel). Nunchakus et synthwave impitoyable, les deux étaient faits pour se rencontrer.

En conclusion fabuleuse de ce sommital Seppuku, la « Treizième Section » débarque (Al Grundy appelle ! Al Grundy appelle !) pour faire faire à la flopée des crimes de cette ville-lumière en panne d’électricité.

Et quel sera ton cri quand la nuit t’enfermera ? Bonne question.

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[1] Darc qui s’ouvre les veines lors d’un concert au Palace (en novembre 1979) en première partie de Talking Heads ;

[2] Une production qui ne sera pas du goût de tout le monde. Daniel Darc, dans une interview aux Inrockuptibles en mars 1989, balancera : « Tu serais étonné d’écouter les maquettes avant le travail de Jean-Jacques [Burnel]. Il a voulu une unité dans le son mais n’a apporté qu’une monotonie. En plus, il a atténué le côté sombre. […] Ce devait être un disque de guitares, mais la sympathie qui s’était créée entre Laurent [Sinclair, le claviériste] et Burnel a privilégié les claviers. Burnel a été néfaste commercialement et artistiquement, mais je n’ai rien contre lui, même si je n’aime pas son disque. »

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