THE LA’S – There She Goes (1990)

En entretien d’embauche, quand on demande au candidat de citer un de ses défauts, il répond souvent « perfectionniste ».  Abruti. Perfectionniste, ce n’est pas un gentil défaut qu’on revendique pour se faire mousser. Perfectionniste, c’est vouloir que tout soit mieux que mieux que mieux que bien, c’est n’être jamais satisfait, c’est le tonneau des Danaïdes. Ca pourrit l’existence, c’est invivable, ça ruine une vie. Lee Mavers, leader des La’s, était perfectionniste.

Il a pourtant sorti « There She Goes », la pop-song immédiate, accrocheuse, parfaite. Une chanson que chacun fait sienne dès la première écoute, les premières secondes, les premières notes. Ces trois minutes sont un classique instantané, absolu qu’ils sont rares à avoir atteint ; les La’s côtoient Beatles, Kinks, T-Rex, The Smiths. Des influences qui, en pleine explosion baggy d’un côté et shoegaze de l’autre, préfigurent la brit-pop.

Lee Mavers et les La’s ne pourront pas en profiter. Plongé dans une quête du « son parfait », quête aussi absconse qu’inachevée, Mavers reniera tour à tour les différentes versions de son chef d’œuvre, qui selon lui ne lui rendent pas grâce.

Sortie initialement en single en 1988, The La’s useront une palanquée de producteurs qui tous se casseront les dents sur les obsessions, parfois délirantes, de Mavers[1]. Excédé, leur label Go! Team demande au dernier producteur aux manettes, Steve Lillywhite, de mixer une version définitive des multiples sessions réalisées avec les La’s. L’album The La’s sort enfin, en octobre 1990, sans l’approbation du groupe.

Résultat : succès critique et commercial. Et un album resté à la postérité. Un génial coup d’essai coup de maître qui ne connaîtra pas de suite.  Furieux d’avoir été dépossédé de la maîtrise de sa création, Mavers détesta cet album, ne cessera de le renier et d’inciter ses fans à ne pas l’acheter. Heureusement, à peu près personne n’a écouté ses conseils ; heureusement, car le mix de « There She Goes » par Lillywhite touche au génie.

Ne pas être prophète en son esprit, voilà un destin aussi injuste que pathétique. Être perfectionniste, vous disais-je, est une tare. The La’s se dissoudra en 1992. Et Lee Mavers n’a pas sorti de morceau depuis 1990. There he goes … There he goes away …

________________________

{1] Lee Mavers ira jusqu’à détruire le mastering des sessions de The La’s réalisées avec le producteur émérite Mike Hedges (lequel œuvra sur les trois premiers Cure et des albums de Siouxsie, Bauhaus, Everything But The Girl, etc.), au motif qu’une inversion de polarisation des pôles aurait de facto dépolarisé les bandes. Heuuuu … okééééé …

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s