PINK FLOYD – Dogs (1977)

L’annonce a été faite hier : vingt ans après le déjà bien anachronique The Division Bell, Pink Floyd revient avec un nouvel album. Ca sortira en octobre, ça s’appellera The Endless River et ça sera construit autour de morceaux composés par Rick Wright (décédé en 2010) lors de l’enregistrement de The Division Bell, morceaux réarrangés pour l’occasion. Fin du communiqué.

Et merde. Pourquoi, bordel, pourquoi ? Pourquoi s’obstiner à user sa légende, belle mais passée, sur l’impitoyable sévérité du temps présent, qui ne tolère aucune lassitude ? Vous avez tant de mal que ça à payer vos impôts ou quoi ? « Money, get away ! » ? Ouais, c’est ça, à d’autres …

Bref, au moins ça nous donnera une occasion d’écouter le vrai Floyd, celui avec Waters, Wright, Mason, Gilmour (et, quand il était encore là, Barrett[1]), le quatuor qui composait le Floyd jusqu’à The Wall[2], double album concept surestimé qui marquera la fin de l’âge d’or du groupe cambridgien. Revenons dans les années 70.

Influencé par le climat latent de violence dans la Grande-Bretagne de 1976 (les punks), Pink Floyd ressort des démos de 74 (« Raving and Drolling » et « You’ve Got to Be Crazy ») pour en faire un album-concept inspiré du livre La Ferme des Animaux, de George Orwell. Cela donnera Animals, disque aussi immense qu’injustement méconnu des profanes (tout le contraire de The Wall, en somme). Trois grandes compos, la population épinglée en trois castes (les moutons, les chiens, les porcs) dans trois charges virulentes et conceptuelles.

« Dogs » est l’ambitieuse pièce centrale de cet album. Loin du dinosaure planant et ébaubi caricaturé par les punks – Johnny Rotten et son T-shirt « I hate Pink Floyd » en tête[3] -, Pink Floyd s’y révèle sombre (pochette comprise, magnifique mais ocre jusqu’à l’âcreté), lourd, acrimonieux, cynique. La critique politique est frontale, assumée ; la musique, ample, progressive toujours mais empreinte d’une âpreté inédite. Le chant de Waters est poignant, les riffs et les soli de Gilmour se muent en fusées déchirantes.

Les chiens aboient, la caravane de l’histoire passe. Elle se fracassera sur un mur et ne repassera jamais plus pour le Floyd. Même en octobre prochain.

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[1] Coïncidence volontaire ou non, il est à noter que l’annonce inattendue du retour de Pink Floyd a été faite un 7 juillet, date anniversaire de la mort de Syd Barrett (décédé en 2006).

[2] Rick Wright sera viré par l’autocratique Roger Waters au cours des sessions d’enregistrement de The Wall et ne sera présent qu’en tant que musicien additionnel. Ironie de l’histoire, il sera le seul à ne pas perdre d’argent lors de la pharaonique tournée qui suivra la sortie de l’album.

[3] John Lydon qui avouera plus tard qu’il appréciait Pink Floyd. Et, tant qu’à parler des liens unissant Pink Floyd au punk, il est encore plus surprenant de constater que Nick Mason a produit le deuxième album du groupe punk The Damned, Music for Pleasures (qui sera un four), en 1977 même !

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